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NOTICE
SUR LA COMÉDIE DES MÉPRISES

Il est peu de comédies qui aient été aussi souvent et aussi diversement reproduites sur la scène que les Ménechmes de Plaute; c’est la seule dette que Shakspeare ait contractée envers les auteurs dramatiques de l’antiquité. Mais il a su enrichir l’idée du poëte latin par l’apparence nouvelle qu’il lui donne et les incidents qu’il a multipliés. Les Méprises sont un vrai modèle d’intrigue. Tout le comique des situations résulte, il est vrai, d’une invraisemblance exagérée encore par Shakspeare; car les deux frères jumeaux ont deux esclaves jumeaux comme eux, et qui portent le même nom. Mais, ainsi que l’observe très-bien M. Schlegel, il n’y a pas de degrés dans l’incroyable; si l’on accorde une des ressemblances, on aura tort de faire des difficultés pour l’autre; et si les spectateurs s’amusent des méprises, elles ne pourront jamais se croiser et se combiner trop diversement. La variété des événements et des rencontres imprévues des quatre frères; le danger que court celui qui se voit arrêté pour dettes, et qui est ensuite enfermé comme fou, tandis que l’autre, voyant sa vie attaquée, est obligé de se réfugier dans une abbaye; deux scènes d’amour et de jalousie sauvent la pièce de l’ennui que pourrait amener l’éclaircissement trop longtemps différé. Malgré toutes les intrigues qui s’entre-croisent, tout est lié dans la fiction, tout s’y développe de la manière la plus heureuse, et le dénoûment a quelque chose de solennel par la reconnaissance qui a lieu devant un tribunal auquel préside le prince.

Shakspeare a eu l’art de motiver son exposition; dans les Ménechmes de Plaute, elle est faite au moyen d’un prologue; mais ici elle consiste dans le grave récit des douleurs d’un père à qui la constance de ses regrets va coûter la vie.

Peut-être devons-nous être fâchés que Shakspeare n’ait pas conservé le personnage du parasite de Plaute; mais Shakspeare ne connaissait tout au plus Plaute que par une traduction anglaise, et son génie indépendant et capricieux ne pouvait s’astreindre à imiter servilement un modèle. Comme Regnard, de nos jours, il a su introduire dans le cadre de l’auteur latin la peinture de son siècle, en conservant des noms classiques à ses personnages. Il serait plutôt à désirer que, moins entraîné par le vice de son sujet, il eût évité l’écueil des trivialités et quelques plaisanteries grossières, qui cependant sont toujours empreintes de ce cachet d’originalité dont Shakspeare marque ses défauts comme ses beautés.

L’aventure de Dromio avec la Maritome d’Antipholus de Syracuse rappelle naturellement les scènes si comiques de Cléanthis et de Sosie dans Amphitryon.

Le reproche de liberté, adressé par quelques critiques à Molière, qui cependant écrivait pour une cour jalouse des convenances jusqu’à la pruderie, prouve combien il était difficile de conserver le décorum dans un sujet aussi épineux; et Shakspeare, favori de la cour, était encore plus le poëte du peuple.

Si cette comédie, moins intéressante par la peinture des caractères que par la variété des surprises où conduit la ressemblance des jumeaux, est inférieure aux autres comédies de Shakspeare, il faut autant l’attribuer au vice du sujet qu’à la jeunesse de l’auteur; car ce fut une de ses premières pièces. Plusieurs critiques ont même prétendu qu’elle n’avait été que retouchée par lui. Mais il suffirait, pour y reconnaître Shakspeare, de quelques traits de morale qui attestent sa profonde connaissance du coeur humain. Avec quelle adresse l’abbesse qu’Adriana va consulter arrache à sa jalousie l’aveu de ses torts! quels sages avis pour toutes les femmes!

Selon Malone, cette comédie aurait été écrite en 1593; et selon Chalmers, en 159l.—La traduction anglaise des Ménechmes de Plaute, par W. Warner, ne fut imprimée qu’en 1595; mais dans Hall et Hollingshed il est fait mention d’une jolie comédie de Plaute, qu’on dit avoir été jouée dès l’an 1520, et quelques-uns prétendent que c’étaient les Ménechmes.

En Allemagne, ce sujet a été traité aussi dès l’origine du théâtre; mais c’est surtout en Italie que ce canevas a été souvent employé.

Nous citerons parmi les imitations françaises celles de Rotrou et de Regnard.

Donner l’analyse de la pièce de Rotrou, c’est donner en même temps l’extrait de celle de Plaute; sa comédie est plutôt une traduction qu’une imitation.

Ménechme Sosicle arrive à Épidamne, lieu de la résidence de son frère, sans savoir qu’il y est établi. Il est émerveillé de s’y voir connu et nommé par tout le monde, accablé des reproches d’une femme qui veut être la sienne, et des caresses d’une autre qui se contente d’un titre plus doux.

Rotrou a un peu adouci le personnage de la courtisane Érotie, dont il fait une jeune veuve qui met de la pruderie dans ses épanchements, et qui permet que Ménechme lui fasse la cour, pourvu, lui dit-elle,

Qu’elle demeure aux termes de l’honneur,

Que mon honnêteté ne soit point offensée,

Et qu’un but vertueux borne votre pensée.

Elle n’ignore pas cependant que Ménechme est marié. Shakspeare a été plus fidèle aux vraisemblances en conservant à ce personnage le caractère de courtisane que lui donne le poëte latin.

Regnard a imaginé une autre fable. Ses Ménechmes ne sont point mariés, tous deux veulent l’être et sont rivaux. L’un est un provincial grossier et brutal, qui vient à Paris recueillir la succession d’un oncle. Il a été institué légataire universel, parce que le défunt ignorait la destinée du second de ses neveux, qui avait quitté dès l’enfance la maison paternelle.

Cependant le chevalier Ménechme est à Paris, aux prises avec la mauvaise fortune; une vieille douairière se sent toute portée à changer son sort en l’épousant, et le chevalier ne fait pas le difficile, lorsque son amour pour Isabelle, la propre nièce d’Araminte, lui ouvre les jeux sur l’âge de sa tante. C’est cette même Isabelle que son frère doit épouser, et que Démophon son père a promise à Ménechme, en considération de la succession qu’il vient recueillir. Le hasard instruit le chevalier de cette aventure, et il ne songe plus qu’à souffler à son frère sa maîtresse et son héritage. Peut-être n’est-ce pas là une intention très-morale, et le chevalier nous semble friser un peu les chevaliers des brelans, quoiqu’il se donne, lors de la reconnaissance, un air de générosité en partageant la fortune de l’oncle avec Ménéchme, et en lui cédant une de ses deux maîtresses.

On a aussi reproché à Regnard d’être trivial et bas; reproche peu fondé, son comique nous semble au niveau de son sujet; en voulant s’élever, il risquait, comme ses devanciers, de devenir froid et de cesser d’être plaisant. La comédie des Ménechmes est une de celles qui servent de fondement à sa réputation.

Nous ne citerons pas la comédie des Deux Arlequins de Le Noble, ni les Deux Jumeaux de Bergame. Les personnages de nos Arlequins nous semblent fort heureusement choisis pour donner un air de vérité à ces sortes de pièces, à cause du masque qui fait indispensablement partie de leur costume, et de ce costume lui-même, qui prête à l’illusion plus que tout autre.

LA COMÉDIE
DES MÉPRISES

PERSONNAGES

SOLINUS, duc d’Éphèse.

ÆGÉON, marchand de Syracuse.

ANTIPHOLUS d’Éphèse,

ANTIPHOLUS de Syracuse, frères jumeaux et fils d’Ægéon et d’Emilie, mais inconnus l’un à l’autre.

DROMIO d’Éphèse,

DROMIO de Syracuse, frères jumeaux et esclaves des deux Antipholus.

BALTASAR, marchand.

ANGÉLO, orfèvre.

UN COMMERÇANT, ami d’Antipholus de Syracuse.

PINCH, maître d’école et magicien.

ÉMILIE, femme d’Ægéon, abbesse d’une communauté d’Éphèse.

ADRIANA, femme d’Antipholus d’Éphèse.

LUCIANA, soeur d’Adriana.

LUCE, SUIVANTE DE LUCIANA.

UNE COURTISANE.

UN GEOLIER.

OFFICIERS DE JUSTICE ET AUTRES.

La scène est à Éphèse.

ACTE PREMIER

SCÈNE I

Salle dans le palais du duc.

LE DUC D’ÉPHÈSE, ÆGÉON, UN GEOLIER, des officiers et autres gens de la suite du duc.

ÆGÉON—Poursuivez, Solinus; accomplissez ma perte, et par votre arrêt de mort, terminez mes malheurs et ma vie.

LE DUC.—Marchand de Syracuse, cesse de plaider ta cause; je ne suis pas assez partial pour enfreindre nos lois. La haine et la discorde, récemment excitées par l’outrage barbare que votre duc a fait à ces marchands, nos honnêtes compatriotes, qui, faute d’or pour racheter leurs vies, ont scellé de leur sang ses décrets rigoureux, défendent toute pitié à nos regards menaçants; car depuis les querelles intestines et mortelles élevées entre tes séditieux compatriotes et nous, il a été arrêté dans des conseils solennels, par nous et par les Syracusains, de ne permettre aucune espèce de négoce entre nos villes ennemies. Bien plus, si un homme, né dans Éphèse, est rencontré dans les marchés et les foires de Syracuse; ou si un homme, né dans Syracuse, aborde à la baie d’Éphèse, il meurt, et ses marchandises sont confisquées à la disposition du duc, à moins qu’il ne trouve une somme de mille marcs pour acquitter la peine et lui servir de rançon. Tes denrées, estimées au plus haut prix, ne peuvent monter à cent marcs; ainsi la loi te condamne à mourir.

ÆGÉON.—Eh bien! ce qui me console, c’est que, par l’exécution de votre sentence, mes maux finiront avec le soleil couchant.

LE DUC.—Allons, Syracusain, dis-nous brièvement pourquoi tu as quitté ta ville natale, et quel sujet t’a amené dans Éphèse.

ÆGÉON.—On ne pouvait m’imposer une tâche plus cruelle que de m’enjoindre de raconter des maux indicibles. Cependant, afin, que le monde sache que ma mort doit être attribuée à la nature et non à un crime honteux1, je dirai tout ce que la douleur me permettra de dire.—Je suis né dans Syracuse, et j’épousai une femme qui eût été heureuse sans moi, et par moi aussi sans notre mauvaise destinée. Je vivais content avec elle; notre fortune s’augmentait par les fructueux voyages que je faisais souvent à Épidaure, jusqu’à la mort de mon homme d’affaires. Sa perte, ayant laissé le soin de grands biens à l’abandon, me força de m’arracher aux tendres embrassements de mon épouse. A peine six mois d’absence s’étaient écoulés, que prête à succomber sous le doux fardeau que portent les femmes, elle fit ses préparatifs pour me suivre, et arriva en sûreté aux lieux où j’étais. Bientôt après son arrivée elle devint l’heureuse mère de deux beaux garçons; et, ce qu’il y a d’étrange, tous deux si pareils l’un à l’autre, qu’on ne pouvait les distinguer que par leurs noms. A la même heure et dans la même hôtellerie, une pauvre femme fut délivrée d’un semblable fardeau, et mit au monde deux jumeaux mâles qui se ressemblaient parfaitement. J’achetai ces deux enfants de leurs parents, qui étaient dans l’extrême indigence, et je les élevai pour servir mes fils. Ma femme, qui n’était pas peu fière de ces deux garçons, me pressait chaque jour de retourner dans notre patrie: j’y consentis à regret, trop tôt, hélas! Nous nous embarquâmes.—Nous étions déjà éloignés d’une lieue d’Épidaure avant que la mer, esclave soumise aux vents, nous eût menacés d’aucun accident tragique; mais nous ne conservâmes pas plus longtemps grande espérance. Le peu de clarté que nous prêtait le ciel obscurci ne servait qu’à montrer à nos âmes effrayées le gage douteux d’une mort immédiate: pour moi, je l’aurais embrassée avec joie, si les larmes incessantes de ma femme, qui pleurait d’avance le malheur qu’elle voyait venir, et les gémissements plaintifs des deux petits enfants qui pleuraient par imitation, dans l’ignorance de ce qu’il fallait craindre, ne m’eussent forcé de chercher à reculer l’instant fatal pour eux et pour moi; et voici quelle était notre ressource,—il n’en restait point d’autre:—les matelots cherchèrent leur salut dans notre chaloupe, et nous abandonnèrent, à nous, le vaisseau qui allait s’abîmer. Ma femme, plus attentive à veiller sur son dernier né, l’avait attaché au petit mât de réserve dont se munissent les marins pour les tempêtes; avec lui était lié un des jumeaux esclaves; et moi j’avais eu le même soin des deux autres enfants. Cela fait, ma femme et moi, les yeux fixés sur les objets chers à nos coeurs, nous nous attachâmes à chacune des extrémités du mât; et flottant aussitôt au gré des vagues, nous fûmes portés par elles vers Corinthe, à ce que nous jugeâmes. A la fin, le soleil, se montrant à la terre, dissipa les vapeurs qui avaient causé nos maux; sous l’influence bienfaisante de sa lumière désirée, les mers se calmèrent par degrés, et nous découvrîmes au loin deux vaisseaux qui cinglaient sur nous, l’un de Corinthe, l’autre d’Épidaure. Mais avant qu’ils nous eussent atteints…… Oh! ne me forcez pas de vous dire le reste; devinez ce qui suivit par ce que vous venez d’entendre.

Niote 1: (retour)C’était jadis une superstition universelle de croire qu’un grand revers inattendu était l’effet de la vengeance céleste qui punissait l’homme d’un crime caché. Ægéon veut persuader à ceux qui l’entendent que son malheur n’est ici l’effet que de la destinée humaine, et non la peine d’un crime. WARBURTON.

D’après cette note, Letourneur traduit:

That my end

Was wrought by nature and not by vile offense,

par cette phrase: Ma perte est l’ouvrage de la nature et non la peine d’un crime honteux et caché. Nous avons adopté une explication plus simple de ce mot natureNature est ici pour affection naturelle… Ægéon est victime de son amour paternel; c’est ce sentiment qui le conduit à Éphèse et qui cause sa mort.

LE DUC.—Poursuis, vieillard: n’interromps point ton récit: nous pouvons du moins te plaindre si nous ne pouvons te pardonner.

ÆGÉON.—Oh! si les dieux nous avaient témoigné cette pitié, je ne les aurais pas nommés à si juste titre impitoyables envers nous! Avant que les deux vaisseaux se fussent avancés à dix lieues de nous, nous donnâmes sur un grand rocher; poussé avec violence sur cet écueil, notre navire secourable fut fendu par le milieu; de sorte que, dans cet injuste divorce, la fortune nous laissa à tous deux de quoi nous réjouir et de quoi pleurer. La moitié qui la portait, la pauvre infortunée, et qui paraissait chargée d’un moindre poids, mais non d’une moindre douleur, fut poussée avec plus de vitesse devant les vents: et ils furent recueillis tous trois à notre vue par des pêcheurs de Corinthe, à ce qu’il nous sembla. A la fin, un autre navire s’était emparé de nous; les gens de l’équipage, venant à connaître ceux que le sort les avait amenés à sauver, accueillirent avec bienveillance leurs hôtes naufragés: et ils seraient parvenus à enlever aux pêcheurs leur proie, si leur vaisseau n’avait pas été mauvais voilier; ils furent donc obligés de diriger leur route vers leur patrie.—Vous avez entendu comment j’ai été séparé de mon bonheur, et comment, par malheur, ma vie a été prolongée pour vous faire les tristes récits de mes douleurs.

LE DUC.—Et au nom de ceux que tu pleures, accorde-moi la faveur de me dire en détail ce qu’il vous est arrivé, à eux et à toi, jusqu’à ce jour.

ÆGÉON.—Mon plus jeune fils, et l’aîné dans ma tendresse, parvenu à l’âge de dix-huit ans, s’est montré empressé de faire la recherche de son frère: et il m’a prié, avec importunité, de permettre que son jeune esclave (car les deux enfants avaient partagé le même sort: et celui-ci, séparé de son frère, en avait conservé le nom,) pût l’accompagner dans cette recherche. Pour tenter de retrouver un des objets de ma tendresse, je hasardai de perdre l’autre. J’ai parcouru pendant cinq étés les extrémités les plus reculées de la Grèce, errant jusque près des côtes de l’Asie; et revenant vers ma patrie, j’ai abordé à Éphèse, sans espoir de les trouver, mais répugnant à passer sans parcourir ce lieu ou tout autre, où habitent des hommes. C’est ici enfin que doit se terminer l’histoire de ma vie; et je serais heureux de cette mort propice, si tous mes voyages avaient pu m’apprendre du moins que mes enfants vivent.

LE DUC.—Infortuné Ægéon, que les destins ont marqué pour éprouver le comble du malheur, crois-moi, si je le pouvais sans violer nos lois, sans offenser ma couronne, mon serment et ma dignité, que les princes ne peuvent annuler, quand ils le voudraient, mon âme plaiderait ta cause. Mais, quoique tu sois dévoué à la mort, et que la sentence prononcée ne puisse se révoquer qu’en faisant grand tort à notre honneur, cependant je te favoriserai tant que je le pourrai. Ainsi, marchand, je t’accorderai ce jour pour chercher ton salut dans un secours bienfaisant: emploie tous les amis que tu as dans Éphèse; mendie ou emprunte, pour recueillir la somme, et vis; sinon ta mort est inévitable.—Geôlier, prends-le sous ta garde.

LE GEOLIER.—Oui, seigneur.

(Le duc sort avec sa suite.)

ÆGÉON.—Ægéon se retire sans espoir et sans secours et sa mort n’est que différée.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

Place publique.

ANTIPHOLUS ET DROMIO de Syracuse; UN MARCHAND.

LE MARCHAND.—Ayez donc soin de répandre que vous êtes d’Épidaure, si vous ne voulez pas voir tous vos biens confisqués. Ce jour même, un marchand de Syracuse vient d’être arrêté, pour avoir abordé ici, et, n’étant pas en état de racheter sa vie, il doit périr, d’après les statuts de la ville, avant que le soleil fatigué se couche à l’occident.—Voilà votre argent, que j’avais en dépôt.

ANTIPHOLUS, à Dromio.—Va le porter au Centaure, où nous logeons, Dromio, et tu attendras là que j’aille t’y rejoindre. Dans une heure il sera temps de dîner: jusque-là, je vais jeter un coup d’oeil sur les coutumes de la ville, parcourir les marchands, considérer les édifices; après quoi je retournerai prendre quelque repos dans mon hôtellerie: car je suis las et excédé de ce long voyage. Va-t’en.

DROMIO.—Plus d’un homme vous prendrait volontiers au mot, et s’en irait en effet, en ayant un si bon moyen de partir.

(Dromio sort.)

ANTIPHOLUS, au marchand.—C’est un valet de confiance, monsieur, qui souvent, lorsque je suis accablé par l’inquiétude et la mélancolie, égaye mon humeur par ses propos plaisants.—Allons, voulez-vous vous promener avec moi dans la ville, et venir ensuite à mon auberge dîner avec moi?

LE MARCHAND.—Je suis invité, monsieur, chez certains négociants, dont j’espère de grands bénéfices. Je vous prie de m’excuser.—Mais bientôt, si vous voulez, à cinq heures, je vous rejoindrai sur la place du marché, et de ce moment je vous tiendrai fidèle compagnie jusqu’à l’heure du coucher: mes affaires pour cet instant m’appellent loin de vous.

ANTIPHOLUS.—Adieu donc, jusqu’à tantôt.—Moi, je vais aller me perdre, et errer çà et là pour voir la ville.

LE MARCHAND.—Monsieur, je vous souhaite beaucoup de satisfaction.

(Le marchand sort.)

ANTIPHOLUS seul.—Celui qui me souhaite la satisfaction me souhaite ce que je ne puis obtenir. Je suis dans le monde comme une goutte d’eau qui cherche dans l’Océan une autre goutte; et qui, ne pouvant y retrouver sa compagne, se perd elle-même errante et inaperçue. C’est ainsi que moi, infortuné, pour trouver une mère et un frère, je me perds moi-même en les cherchant.

(Entre Dromio d’Éphèse.)

ANTIPHOLUS, apercevant Dromio.—Voici l’almanach de mes dates—Comment? par quel hasard es-tu de retour si tôt?

DROMIO d’Éphèse.—De retour si tôt, dites-vous? je viens plutôt trop tard. Le chapon brûle, le cochon de lait tombe de la broche: l’horloge a déjà sonné douze coups: et ma maîtresse a fait sonner une heure sur ma joue, tant elle est enflammée de colère, parce que le dîner refroidit. Le dîner refroidit parce que vous n’arrivez point au logis; vous n’arrivez point au logis, parce que vous n’avez point d’appétit; vous n’avez point d’appétit, parce que vous avez bien déjeuné: mais nous autres, qui savons ce que c’est que de jeûner et de prier, nous faisons pénitence aujourd’hui de votre faute.

ANTIPHOLUS.—Gardez votre souffle, monsieur, et répondez à ceci, je vous prie: où avez-vous laissé l’argent que je vous ai remis?

DROMIO.—Oh!—Quoi? les six sous que j’ai eus mercredi dernier, pour payer au sellier la croupière de ma maîtresse?—C’est le sellier qui les a eus, monsieur; je ne les ai pas gardés.

ANTIPHOLUS.—Je ne suis pas en ce moment d’humeur à plaisanter: dis-moi, et sans tergiverser, où est l’argent? Nous sommes étrangers ici; comment oses-tu te fier à d’autres qu’à toi, pour garder une si grosse somme?

DROMIO.—Je vous en prie, monsieur, plaisantez quand vous serez assis à table pour dîner: j’accours en poste vous chercher de la part de ma maîtresse: si je retourne sans vous, je serai un vrai poteau de boutique2: car elle m’écrira votre faute sur le museau.—Il me semble que votre estomac devrait, comme le mien, vous tenir lieu d’horloge, et vous rappeler au logis, sans autre messager.

Niote 2: (retour)

I come in post,

I retour, I shall be in post indeed.

L’équivoque roule sur le mot post, qui veut dire poste dans le premier vers et poteau dans le second. Avant que l’écriture fût un talent universel, il y avait, dans les boutiques, un poteau sur lequel on notait avec de la craie les marchandises débitées. La manière dont les boulangers comptent encore le pain qu’ils fournissent a quelque chose d’analogue à cet ancien usage.

ANTIPHOLUS.—Allons, allons, Dromio, ces plaisanteries sont hors de raison. Garde-les pour une heure plus gaie que celle-ci: où est l’or que j’ai confié à ta garde?

DROMIO.—A moi, monsieur? mais vous ne m’avez point donné d’or!

ANTIPHOLUS.—Allons, monsieur le coquin, laissez-là vos folies, et dites-moi comment vous avez disposé de ce dont je vous ai chargé?

DROMIO.—Tout ce dont je suis chargé, monsieur, c’est de vous ramener du marché chez vous, au Phénix, pour dîner: ma maîtresse et sa soeur vous attendent.

ANTIPHOLUS.—Aussi vrai que je suis un chrétien, veux-tu me répondre et me dire en quel lieu de sûreté tu as déposé mon argent, ou je vais briser ta tête folle, qui s’obstine au badinage, quand je n’y suis pas disposé, où sont les mille marcs, que tu as reçus de moi?

DROMIO.—J’ai reçu de vous quelques marques3 sur ma tête, quelques autres de ma maîtresse sur mes épaules; mais pas mille marques entre vous deux.—Et si je les rendais à Votre Seigneurie, peut-être que vous ne les supporteriez pas patiemment.

Niote 3: (retour) Mark, marc et marque. Le calembour est plus exact en anglais.

ANTIPHOLUS.—Les marcs de ta maîtresse! et quelle maîtresse as-tu, esclave?

DROMIO.—La femme de Votre Seigneurie, ma maîtresse, qui est au Phénix; celle qui jeûne jusqu’à ce que vous veniez dîner, et qui vous prie de revenir au plus tôt pour dîner.

ANTIPHOLUS.—Comment! tu veux ainsi me railler en face, après que je te l’ai défendu?….. Tiens, prends cela, monsieur le coquin.

DROMIO.—Eh! que voulez-vous dire, monsieur? Au nom de Dieu, tenez vos mains tranquilles; ou, si vous ne le voulez pas, moi, je vais avoir recours à mes jambes.

(Dromio s’enfuit.)

ANTIPHOLUS.—Sur ma vie, par un tour ou un autre, ce coquin se sera laissé escamoter tout mon argent. On dit que cette ville est remplie4 de fripons, d’escamoteurs adroits, qui abusent les yeux; de sorciers travaillant dans l’ombre, qui changent l’esprit; de sorcières assassines de l’âme, qui déforment le corps; de trompeurs déguisés, de charlatans babillards, et de mille autres crimes autorisés. Si cela est ainsi, je n’en partirai que plus tôt. Je vais aller au Centaure, pour chercher cet esclave: je crains bien que mon argent ne soit pas en sûreté.

(Il sort.)

Niote 4: (retour) C’était le reproche que les anciens faisaient à cette ville, qu’ils appelaient proverbialement (Greek: Ephesia alexipharmaka.)

FIN DU PREMIER ACTE.

ACTE DEUXIÈME

SCÈNE I

Place publique.

ADRIANA ET LUCIANA entrent

ADRIANA.—Ni mon mari ni l’esclave que j’avais chargé de ramener promptement son maître ne sont revenus. Sûrement, Luciana, il est deux heures.

LUCIANA.—Peut-être que quelque commerçant l’aura invité, et il sera allé du marché dîner quelque part. Chère soeur, dînons, et ne vous agitez pas. Les hommes sont maîtres de leur liberté. Il n’y a que le temps qui soit leur maître; et, quand ils voient le temps, ils s’en vont ou ils viennent. Ainsi, prenez patience, ma chère soeur.

ADRIANA.—Eh! pourquoi leur liberté serait-elle plus étendue que la nôtre?

LUCIANA.—Parce que leurs affaires sont toujours hors du logis.

ADRIANA.—Et voyez, lorsque je lui en fais autant, il le prend mal.

LUCIANA.—Oh! sachez qu’il est la bride de votre volonté.

ADRIANA.—Il n’y a que des ânes qui se laissent brider ainsi.

LUCIANA.—Une liberté récalcitrante est frappée par le malheur.—Il n’est rien sous l’oeil des cieux, sur la terre, dans la mer et dans le firmament, qui n’ait ses bornes.—Les animaux, les poissons et les oiseaux ailés sont soumis à leurs mâles et sujets à leur autorité; les hommes, plus près de la divinité, maîtres de toutes les créatures, souverains du vaste monde et de l’humide empire des mers, doués d’âmes et d’intelligences, d’un rang bien au-dessus des poissons et des oiseaux, sont les maîtres de leurs femmes et leurs seigneurs: que votre volonté soit donc soumise à leur convenance.

ADRIANA.—C’est cette servitude qui vous empêche de vous marier?

LUCIANA.—Non pas cela, mais les embarras du lit conjugal.

ADRIANA.—Mais, si vous étiez mariée, il faudrait supporter l’autorité.

LUCIANA.—Avant que j’apprenne à aimer, je veux m’exercer à obéir.

ADRIANA.—Et si votre mari allait faire quelque incartade ailleurs?

LUCIANA.—Jusqu’à ce qu’il fût revenu à moi, je prendrais patience.

ADRIANA.—Tant que la patience n’est pas troublée, il n’est pas étonnant qu’elle reste calme. Il est aisé d’être doux quand rien ne contrarie. Une âme est-elle malheureuse, écrasée sous l’adversité, nous lui conseillons d’être tranquille, quand nous l’entendons gémir. Mais si nous étions chargés du même fardeau de douleur, nous nous plaindrions nous-mêmes tout autant, ou plus encore. Ainsi, vous qui n’avez point de méchant mari qui vous chagrine, vous prétendez me consoler en me recommandant une patience qui ne donne aucun secours; mais si vous vivez assez pour vous voir traitée comme moi, vous mettrez bientôt de côté cette absurde patience.

LUCIANA.—Allons, je veux me marier un jour, ne fût-ce que pour en essayer.—Mais voilà votre esclave qui revient; votre mari n’est pas loin.

(Entre Dromio d’Éphèse.)

ADRIANA.—Eh bien! ton maître tardif est-il sous la main5?

DROMIO.—Vraiment, il est sous deux mains avec moi. C’est ce que peuvent attester mes deux oreilles.

Niote 5: (retour) At hand, c’est-à-dire sur tes pas.

ADRIANA.—Dis-moi, lui as-tu parlé? sais-tu son intention?

DROMIO.—Oui, oui; il a expliqué son intention sur mon oreille. Maudite soit sa main; j’ai eu peine à la comprendre!

LUCIANA.—A-t-il donc parle d’une manière si équivoque, que tu n’aies pu sentir sa pensée?

DROMIO.—Oh! il a parlé si clair, que je n’ai senti que trop bien ses coups; et malgré cela si confusément, que je les ai à peine compris6.

Niote 6: (retour) Stand et under stand. Stand under, être dessous et comprendre.

ADRIANA.—Mais, dis-moi, je te prie, est-il en chemin pour revenir au logis? Il paraît qu’il se soucie bien de plaire à sa femme!

DROMIO.—Tenez, ma maîtresse, mon maître est sûrement de l’ordre du croissant.

ADRIANA.—De l’ordre du croissant, coquin!

DROMIO.—Je ne veux pas dire qu’il soit déshonoré; mais, certes, il est tout à fait lunatique7.—Quand je l’ai pressé de venir dîner, il m’a redemandé mille marcs d’or.—Il est temps de dîner, lui ai-je dit.—Mon or, a-t-il répondu.—Vos viandes brûlent, ai-je dit.—Mon or, a-t-il dit.—Allez-vous venir? ai-je dit.—Mon or, a-t-il dit, où sont les mille marcs que je t’ai donnés, scélérat?—Le cochon de lait, ai-je dit, est tout brûlé.—Mon or, dit-il.—Ma maîtresse, monsieur, ai-je dit.—Qu’elle aille se pendre ta maîtresse! je ne connais point ta maîtresse! au diable ta maîtresse!

Niote 7: (retour)Nous avons traduit horn mad par: être de l’ordre du croissant, pour donner le sens de ce jeu de mots dont voici le texte:

DROM. My master is horn mad, ADR. Horn mad, thou villain! DROM. I mean not cuckhold mad, but sure he is stark mad.

LUCIANA.—Qui a dit cela?

DROMIO.—C’est mon maître qui l’a dit. Je ne connais, dit-il, ni maison, ni femme, ni maîtresse.—En sorte que, grâce à lui, je vous rapporte sur mes épaules le message dont ma langue devait naturellement être chargée; car, pour conclure, il m’a battu sur la place.

ADRIANA.—Retourne vers lui, misérable, et ramène-le au logis.

DROMIO.—Oui, retourne vers lui, pour te faire renvoyer encore au logis avec des coups! Au nom de Dieu! envoyez-y quelque autre messager.

ADRIANA.—Retourne, esclave, ou je vais te fendre la tête en quatre8.

Niote 8: (retour)I will break thy pate a cross,

DROM. And he will bless that cross with other beating.

DROMIO.—Et lui bénira cette croix avec d’autres coups; entre vous deux j’aurai une tête bien sainte.

ADRIANA.—Va-t’en, rustre babillard; ramène ton maître à la maison.

DROMIO.—Suis-je aussi rond avec vous que vous l’êtes avec moi, pour que vous me repoussiez comme une balle de paume? Vous me repoussez vers lui et lui me repoussera de nouveau vers vous. Si je continue longtemps ce service, vous ferez bien de me recouvrir de cuir9.

(Il sort.)

Niote 9: (retour) On comprend que rond est ici synonyme de sphérique.

LUCIANA.—Fi! comme l’impatience rembrunit votre visage!

ADRIANA.—Il faut donc qu’il gratifie de sa compagnie ses favorites, tandis que moi je languis au logis après un sourire. Le temps importun a-t-il ravi la beauté séduisante de mon pauvre visage? Alors, c’est lui qui l’a flétri. Ma conversation est-elle ennuyeuse, mon esprit stérile? Si je n’ai plus une conversation vive et piquante, c’est sa dureté pire que celle du marbre qui l’a émoussée. Leur brillante parure attire-t-elle ses affections? Ce n’est pas ma faute: il est le maître de mes biens. Quels ravages y a-t-il en moi qu’il n’ait causés? Oui, c’est lui seul qui a altéré mes traits.—Un regard joyeux ranimerait bientôt ma beauté; mais, cerf indomptable, il franchit les palissades et va chercher pâture loin de ses foyers. Pauvre infortunée, je ne suis plus pour lui qu’une vieille surannée.

LUCIANA.—Jalousie qui se déchire elle-même! Fi donc! chassez-la d’ici.

ADRIANA.—Des folles insensibles peuvent seules supporter de pareils torts. Je sais que ses yeux portent ailleurs leur hommage; autrement, quelle cause l’empêcherait d’être ici? Ma soeur, vous le savez, il m’a promis une chaîne.—Plût à Dieu que ce fût la seule chose qu’il me refusât! il ne déserterait pas alors sa couche légitime. Je vois que le bijou le mieux émaillé perd son lustre; que si l’or résiste longtemps au frottement, à la fin il s’use sous le toucher; de même, il n’est point d’homme, ayant un nom, que la fausseté et la corruption ne déshonorent. Puisque ma beauté n’a plus de charme à ses yeux, j’userai dans les larmes ce qui m’en reste, et je mourrai dans les pleurs.

LUCIANA.—Que d’amantes insensées se dévouent à la jalousie furieuse!

SCÈNE II

Place publique.

Entre ANTIPHOLUS de Syracuse.

ANTIPHOLUS.—L’or que j’ai remis à Dromio est déposé en sûreté au Centaure, et mon esclave soigneux est allé errer dans la ville à la quête de son maître… D’après mon calcul et le rapport de l’hôte, je n’ai pu parler à Dromio depuis que je l’ai envoyé du marché… Mais, le voilà qui vient. (Entre Dromio de Syracuse.) Eh bien! monsieur, avez-vous perdu votre belle humeur? Si vous aimez les coups, vous n’avez qu’à recommencer votre badinage avec moi. Vous ne connaissiez pas le Centaure? vous n’aviez pas reçu d’argent? votre maîtresse vous avait envoyé me chercher pour diner? mon logement était au Phénix?—Aviez-vous donc perdu la raison pour me faire des réponses si extravagantes?

DROMIO.—Quelles réponses, monsieur? Quand vous ai-je parlé ainsi?

ANTIPHOLUS.—Il n’y a qu’un moment, ici même; il n’y a pas une demi-heure.

DROMIO.—Je ne vous ai pas revu depuis que vous m’avez envoyé d’ici au Centaure, avec l’or que vous m’aviez confié.

ANTIPHOLUS.—Coquin, tu m’as nié avoir reçu ce dépôt, et tu m’as parlé d’une maîtresse et d’un dîner, ce qui me déplaisait fort, comme tu l’as senti, j’espère.

DROMIO.—Je suis fort aise de vous voir dans cette veine de bonne humeur: mais que veut dire cette plaisanterie? Je vous en prie, mon maître, expliquez-vous.

ANTIPHOLUS.—Quoi! veux-tu me railler encore, et me braver en face? Penses-tu que je plaisante? Tiens, prends ceci et cela.

(Il le frappe.)

DROMIO.—Arrêtez, monsieur, au nom de Dieu! votre badinage devient un jeu sérieux. Quelle est votre raison pour me frapper ainsi?

ANTIPHOLUS.—Parce que je te prends quelquefois pour mon bouffon, et que je cause familièrement avec toi, ton insolence se moquera de mon affection, et interrompra sans façon mes heures sérieuses! Quand le soleil brille, que les moucherons folâtrent; mais dès qu’il cache ses rayons, qu’ils se glissent dans les crevasses des murs. Quand tu voudras plaisanter avec moi, étudie mon visage, et conforme tes manières à ma physionomie, ou bien je te ferai entrer à force de coups cette méthode dans ta calotte.

DROMIO.—Dans ma calotte, dites-vous? Si vous cessez votre batterie, je préfère que ce soit une tête; mais si vous faites durer longtemps ces coups, il faudra me procurer une calotte pour ma tête, et la mettre à l’abri, sans quoi il me faudra chercher mon esprit dans mes épaules.—Mais, de grâce, monsieur, pourquoi me battez-vous?

ANTIPHOLUS.—Ne le sais-tu pas?

DROMIO.—Je ne sais rien, monsieur, si ce n’est que je suis battu.

ANTIPHOLUS.—Te dirai-je pourquoi?

DROMIO.—Oui, monsieur, et le parce que. Car on dit que tout pourquoi a son parce que.

ANTIPHOLUS.—D’abord, pour avoir osé me railler; et pourquoi encore?—Pour venir me railler une seconde fois.

DROMIO.—A-t-on jamais battu un homme si mal à propos, quand dans le pourquoi et le parce que, il n’y a ni rime ni raison?—Allons, monsieur, je vous rends grâces.

ANTIPHOLUS.—Tu me remercies, et pourquoi?

DROMIO.—Eh! mais, monsieur, pour quelque chose que vous m’avez donné pour rien10.

Niote 10: (retour) Il veut parler des coups qu’il a reçus sans raison.

ANTIPHOLUS.—Je te payerai bientôt cela, en te donnant rien pour quelque chose.—Mais, dis-moi, est-ce l’heure de dîner?

DROMIO.—Non, monsieur; je crois que le dîner manque de ce que j’ai…..

ANTIPHOLUS.—Voyons, qu’est-ce?…

DROMIO.—De sauce11.

Niote 11: (retour) Basting, du verbe baste, arroser et rosser.

ANTIPHOLUS.—Eh bien! alors, il sera sec.

DROMIO.—Si cela est, Monsieur, je vous prie de n’y pas goûter.

ANTIPHOLUS.—Et la raison?

DROMIO.—De peur qu’il ne vous mette en colère, et ne me vaille une autre sauce de coups de bâtons12.

Niote 12: (retour) C’est toujours le mot basting qui fournit l’équivoque.

ANTIPHOLUS.—Allons, apprends à plaisanter à propos; il est un temps pour toute chose.

DROMIO.—J’aurais nié cela, avant que vous fussiez devenu si colère.

ANTIPHOLUS.—D’après quelle règle?

DROMIO.—Diable, monsieur! d’après une règle aussi simple que la tête chauve du vieux père le Temps lui-même.

ANTIPHOLUS.—Voyons-la.

DROMIO.—Il n’y a point de temps pour recouvrer ses cheveux, quand l’homme devient naturellement chauve.

ANTIPHOLUS.—Ne peut-il pas les recouvrer par amende et recouvrement?

DROMIO.—Oui, en payant une amende pour porter perruque, et en recouvrant les cheveux qu’a perdus un autre homme.

ANTIPHOLUS.—Pourquoi le temps est-il si pauvre en cheveux, puisque c’est une sécrétion si abondante?

DROMIO.—Parce que c’est un don qu’il prodigue aux animaux; et ce qu’il ôte aux hommes en cheveux il le leur rend en esprit.

ANTIPHOLUS.—Comment! mais il y a bien des hommes qui ont plus de cheveux que d’esprit.

DROMIO.—Aucun de ces hommes-là qui n’ait l’esprit de perdre les cheveux.

ANTIPHOLUS.—Quoi donc! tu as dit tout à l’heure que les hommes dont les cheveux sont abondants sont de bonnes gens sans esprit.

DROMIO.—Plus un homme est simple, plus il perd vite. Toutefois il perd avec une sorte de gaieté.

ANTIPHOLUS.—Pour quelle raison?

DROMIO.—Pour deux raisons, et deux bonnes.

ANTIPHOLUS.—Non, ne dis pas bonnes, je t’en prie.

DROMIO.—Alors, pour deux raisons sûres.

ANTIPHOLUS.—Non, pas sûres dans une chose fausse.

DROMIO.—Alors, pour des raisons certaines.

ANTIPHOLUS.—Nomme-les.

DROMIO.—L’une pour épargner l’argent que lui coûterait sa frisure; l’autre, afin qu’à dîner ses cheveux ne tombent pas dans sa soupe.

ANTIPHOLUS.—Tu cherches à prouver, n’est-ce pas, qu’il n’y a pas de temps pour tout?

DROMIO.—Malepeste! Et ne l’ai-je pas fait, monsieur? et surtout n’ai-je pas prouvé qu’il n’y a pas de temps pour recouvrer les cheveux qu’on a perdus naturellement?

ANTIPHOLUS.—Mais tu n’as pas donné une raison solide, pour prouver qu’il n’y a aucun temps pour les recouvrer.

DROMIO.—Je vais y remédier. Le Temps lui-même est chauve; ainsi donc, jusqu’à la fin du monde, il aura un cortège d’hommes chauves.

ANTIPHOLUS.—Je savais que la conclusion serait chauve. Mais, doucement, qui nous fait signe là-bas?…

(Entrent Adriana, Luciana.)

ADRIANA.—Oui, oui, Antipholus; prends un air étonné et mécontent: tu réserves tes doux regards pour quelque autre maîtresse: je ne suis plus ton Adriana, ton épouse. Il fut un temps où, de toi-même, tu faisais serment qu’il n’était point de musique aussi agréable à ton oreille que le son de ma voix; point d’objet aussi charmant à tes yeux que mes regards; point de toucher aussi flatteur pour ta main que lorsqu’elle touchait la mienne; point de mets délicieux qui te plût que ceux que je te servais. Comment arrive-t-il aujourd’hui, mon époux, oh! comment arrive-t-il que tu te sois ainsi éloigné de toi-même? Oui, je dis éloigné de toi-même, l’étant de moi qui, étant incorporée avec toi, inséparable de toi, suis plus que la meilleure partie de toi-même. Ah! ne te sépare pas violemment de moi; car sois sûr, mon bien-aimé, qu’il te serait aussi aisé de laisser tomber une goutte d’eau dans l’océan, et de la puiser ensuite sans mélange, sans addition ni diminution quelconque, qu’il te l’est de te séparer de moi, sans m’entraîner aussi. Oh! combien ton coeur serait blessé au vif, si tu entendais seulement dire que je suis infidèle, et que ce corps, qui t’est consacré, est souillé par une grossière volupté. Ne me cracherais-tu pas au visage? ne me repousserais-tu pas? ne me jetterais-tu pas le nom de mari à la face? ne déchirerais-tu pas la peau peinte de mon front de courtisane? n’arracherais-tu pas l’anneau nuptial à ma main perfide? et ne le briserais-tu pas avec le serment du divorce? Je sais que tu le peux: eh bien! fais-le donc dès ce moment….. Je suis couverte d’une tache adultère; mon sang est souillé du crime de l’impudicité; car si nous deux ne formons qu’une seule chair, et que tu sois infidèle, je reçois le poison mêlé dans tes veines, et je suis prostituée par ta contagion.—Sois constant et fidèle à ta couche légitime, alors je vis sans souillure, et toi sans déshonneur.

ANTIPHOLUS.—Est-ce à moi que vous parlez, belle dame? Je ne vous connais pas. Il n’y a pas deux heures que je suis dans Éphèse, aussi étranger à votre ville qu’à vos discours; et j’ai beau employer tout mon esprit pour étudier chacune de vos paroles, je ne puis comprendre un seul mot de ce que vous me dites.

LUCIANA.—Fi! mon frère; comme le monde est changé pour vous! Quand donc avez-vous jamais traité ainsi ma soeur? Elle vous a envoyé chercher par Dromio pour dîner.

ANTIPHOLUS.—Par Dromio?

DROMIO.—Par moi?

ADRIANA.—Par toi. Et voici la réponse que tu m’as rapportée, qu’il t’avait souffleté et qu’en te battant il avait renié ma maison pour la sienne, et moi pour sa femme.

ANTIPHOLUS, à Dromio.—Avez-vous parlé à cette dame? Quel est donc le noeud et le but de cette intrigue?

DROMIO.—Moi, monsieur! je ne l’ai jamais vue jusqu’à ce moment.

ANTIPHOLUS.—Coquin, tu mens: car tu m’as répété sur la place les propres paroles qu’elle vient de dire.

DROMIO.—Jamais je ne lui ai parlé de ma vie.

ANTIPHOLUS.—Comment se fait-il donc qu’elle nous appelle ainsi par nos noms, à moins que ce ne soit par inspiration?

ADRIANA.—Qu’il sied mal à votre gravité de feindre si grossièrement, de concert avec votre esclave, et de l’exciter à me contrarier! Je veux bien que vous ayez le droit de me négliger; mais n’aggravez pas cet outrage par le mépris.—Allons, je vais m’attacher à ton bras: tu es l’ormeau, mon mari, et moi je suis la vigne13, dont la faiblesse mariée à ta force partage ta vigueur: si quelque objet te détache de moi, ce ne peut être qu’une vile plante, un lierre usurpateur, ou une mousse inutile, qui, faute d’être élaguée, pénètre dans ta sève, l’infecte et vit aux dépens de ton honneur.

Niote 13: (retour)Lenta qui velut asoitas,
Vitis implicat arbores,
Implicabitur in tuum
Complexum
…..
CATULLE.

ANTIPHOLUS.—C’est à moi qu’elle parle! elle me prend pour le sujet de ses discours. Quoi! l’aurais-je épousée en songe? ou suis-je endormi en ce moment, et m’imaginai-je entendre tout ceci? Quelle erreur trompe nos oreilles et nos yeux?—Jusqu’à ce que je sois éclairci de cette incertitude, je veux entretenir l’erreur qui m’est offerte.

LUCIANA.—Dromio, va dire aux domestiques de servir le dîner.

DROMIO.—Oh! si j’avais mon chapelet! Je me signe comme un pécheur. C’est ici le pays des fées. O malice des malices! Nous parlons à des fantômes, à des hiboux, à des esprits fantasques. Si nous ne leur obéissons pas, voici ce qui en arrivera: ils nous suceront le sang ou nous pinceront jusqu’à nous faire des bleus et des noirs.

LUCIANA.—Que marmottes-tu là en toi-même, au lieu de répondre, Dromio, frelon, limaçon, fainéant, sot que tu es?

DROMIO.—Je suis métamorphosé, mon maître; n’est-ce pas?

ANTIPHOLUS.—Je crois que tu l’es, dans ton âme, et je le suis aussi.

DROMIO.—Ma foi, mon maître, tout, l’âme et le corps.

ANTIPHOLUS.—Tu conserves ta forme ordinaire.

DROMIO.—-Non; je suis un singe.

LUCIANA.—Si tu es changé en quelque chose, c’est en âne.

DROMIO.—Cela est vrai: elle me mène par le licou, et j’aspire à paître le gazon.—C’est vrai, je suis un âne; autrement pourrait-il se faire que je ne la connusse pas aussi bien qu’elle me connaît?

ADRIANA.—Allons, allons, je ne veux plus être si folle que de me mettre le doigt dans l’oeil et de pleurer, tandis que le valet et le maître se moquent de mes maux en riant.—Allons, monsieur, venez dîner: Dromio, songe à garder la porte.—Mon mari, je dînerai en haut avec vous aujourd’hui, et je vous forcerai à faire la confession de tous vos tours.—Toi, drôle, si quelqu’un vient demander ton maître, dis qu’il dîne dehors, et ne laisse entrer âme qui vive.—Venez, ma soeur.—Dromio, fais bien ton devoir de portier.

ANTIPHOLUS.—Suis-je sur la terre, ou dans le ciel, ou dans l’enfer? Suis-je endormi ou éveillé? fou ou dans mon bon sens? Connu de celles-ci, et déguisé pour moi-même, je dirai comme elles, je le soutiendrai avec persévérance, et me laisserai aller à l’aventure dans ce brouillard.

DROMIO.—Mon maître, ferai-je le portier à la porte?

ANTIPHOLUS.—Oui, ne laisse entrer personne, si tu ne veux que je te casse la tête.

LUCIANA.—Allons, venez, Antipholus. Nous dînons trop tard.

(Ils sortent.)

FIN DU DEUXIÈME ACTE.

ACTE TROISIÈME

SCÈNE I

On voit la rue qui passe devant la maison d’Antipholus d’Éphèse.

ANTIPHOLUS d’Éphèse, DROMIO d’Éphèse, ANGELO
ET BALTASAR.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Honnête seigneur Angelo, il faut que vous nous excusiez tous: ma femme est de mauvaise humeur, quand je ne suis pas exact. Dites que je me suis amusé dans votre boutique à voir travailler à sa chaîne, et que demain vous l’apporterez à la maison.—Mais voici un maraud qui voudrait me soutenir en face qu’il m’a joint sur la place et que je l’ai battu, que je l’ai chargé de mille marcs en or, et que j’ai renié ma maison et ma femme.—Ivrogne que tu es, que voulais-tu dire par là?

DROMIO d’Éphèse.—Vous direz ce que voudrez, monsieur; mais je sais ce que je sais. J’ai les marques de votre main pour prouver que vous m’avez battu sur la place. Si ma peau était un parchemin et vos coups de l’encre, votre propre écriture attesterait ce que je pense.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Moi, je pense que tu es un âne.

DROMIO.—Peste! il y paraît aux mauvais traitements que j’essuie et aux coups que je supporte. Je devrais répondre à un coup de pied par un coup de pied, et à ce compte vous vous tiendriez à l’abri de mes talons, et vous prendriez garde à l’âne.

ANTIPHOLUS.—Vous êtes triste, seigneur Baltasar. Je prie Dieu que notre bonne chère réponde à ma bonne volonté et au bon accueil que vous recevrez ici.

BALTASAR.—Je fais peu de cas de votre bonne chère, monsieur, et beaucoup de votre bon accueil.

ANTIPHOLUS.—Oh! seigneur Baltasar, chair ou poisson, une table pleine de bon accueil vaut à peine un bon plat.

BALTASAR.—La bonne chère est commune, monsieur; on la trouve chez tous les rustres.

ANTIPHOLUS.—Et un bon accueil l’est encore plus; car, enfin, ce ne sont là que des mots.

BALTASAR.—Petite chère et bon accueil font un joyeux festin.

ANTIPHOLUS.—Oui, pour un hôte avare et un convive encore plus ladre. Mais, quoique mes provisions soient minces, acceptez-les de bonne grâce: vous pouvez trouver meilleure chère, mais non offerte de meilleur coeur. —Mais, doucement; ma porte est fermée. (A Dromio.) Va dire qu’on nous ouvre.

DROMIO appelant.—Holà. Madeleine, Brigite, Marianne, Cécile, Gillette, Jenny.

DROMIO de Syracuse, en dedans.—Momon14, cheval de moulin, chapon, faquin, idiot, fou, ou éloigne-toi de la porte, ou assieds-toi sur le seuil. Veux-tu évoquer des filles que tu en appelles une telle quantité à la fois, quand une seule est déjà une de trop? Allons, va-t’en de cette porte.

Niote 14: (retour) Dans l’anglais mome. Ce mot doit son origine au mot français momon, nom d’un jeu de dés dont la règle est d’observer un silence absolu; d’où vient aussi le mot anglais mum, silence.

DROMIO d’Éphèse.—Quel bélître a-t-on fait notre portier?—Mon maître attend dans la rue.

DROMIO de Syracuse.—Qu’il retourne là d’où il vient, de peur qu’il ne prenne froid aux pieds.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Qui donc parle là dedans?—Holà! ouvrez la porte.

DROMIO de Syracuse.—Fort bien, monsieur; je vous dirai quand je pourrai vous ouvrir, si vous voulez me dire pourquoi!

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Pourquoi? pour me faire dîner; je n’ai pas dîné aujourd’hui.

DROMIO de Syracuse.—Et vous ne dînerez pas ici aujourd’hui: revenez quand vous pourrez.

ANTIPHOLUS.—Qui es-tu donc pour me fermer la porte de ma maison?

DROMIO de Syracuse.—Je suis portier pour le moment, monsieur, et mon nom est Dromio.

DROMIO d’Éphèse.—Ah! fripon, tu m’as volé à la fois mon nom et mon emploi. L’un ne m’a jamais fait honneur, et l’autre m’a attiré beaucoup de reproches. Si tu avais été Dromio aujourd’hui, et que tu eusses été à ma place, tu aurais volontiers changé ta face pour un nom, ou ton nom pour celui d’un âne.

LUCE, de l’intérieur de la maison.—Quel est donc ce vacarme que j’entends là? Dromio, qui sont ces gens à la porte?

DROMIO d’Éphèse.—Fais donc entrer mon maître, Luce.

LUCE.—Non, certes: il vient trop tard; tu peux le dire à ton maître.

DROMIO d’Éphèse.—O seigneur! il faut que je rie.—À vous le proverbe. Dois-je placer mon bâton15?

Niote 15: (retour)Have at you with a proverb! shall I set my staff, Luce, Have at you with another, that is—when? can you tell?

Il paraît que ceci fait allusion à quelque jeu de proverbe. Les commentateurs se taisent sur cet incompréhensible passage.

LUCE.—En voici un autre; c’est-à-dire, quand?—pouvez-vous le dire?

DROMIO de Syracuse.—Si ton nom est Luce, Luce, tu lui as bien répondu.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Entendez-vous, petite sotte? vous nous laisserez entrer, j’espère?

LUCE.—Je pensais à vous le demander.

DROMIO de Syracuse.—Et vous avez dit non.

DROMIO d’Éphèse.—Allons, c’est bien, bien frappé; c’est coup pour coup.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Allons, drôlesse, laisse-moi entrer.

LUCE.—Pourriez-vous dire au nom de qui?

DROMIO d’Éphèse.—Mon maître, frappez fort à la porte.

LUCE.—Qu’il frappe, jusqu’à ce que sa main s’en sente.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Vous pleurerez de ce tour, petite sotte, quand je devrais jeter la porte à bas.

LUCE.—Comment fait-on tout ce bruit quand il y a un pilori dans la ville!

ADRIANA, de l’intérieur de la maison.—Qui donc fait tout ce vacarme à la porte?

DROMIO de Syracuse.—Sur ma parole, votre ville est troublée par des garçons bien désordonnés.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Êtes-vous là, ma femme? Vous auriez pu venir un peu plus tôt.

ADRIANA.—Votre femme, monsieur le coquin?—Allons; éloignez-vous de cette porte.

DROMIO d’Éphèse.—Si vous étiez venu malade, monsieur, ce coquin-là, ne s’en irait pas bien portant.

ANGELO, à Antipholus d’Éphèse.—Il n’y a ici ni bonne chère, monsieur, ni bon accueil: nous voudrions bien avoir l’une ou l’autre.

BALTASAR.—En discutant ce qui valait le mieux nous n’aurons ni l’un ni l’autre.

DROMIO d’Éphèse, à Antipholus.—Ces messieurs sont à la porte, mon maître; dites-leur donc d’entrer.

ANTIPHOLUS.—Il y a quelque chose dans le vent qui nous empêchera d’entrer.

DROMIO d’Éphèse.—C’est ce que vous diriez, monsieur, si vos habits étaient légers. Votre cuisine est chaude là dedans; et vous restez ici exposé au froid. Il y aurait de quoi rendre un homme furieux comme un cerf en rut, d’être ainsi vendu et acheté.

ANTIPHOLUS.—Va me chercher quelque chose, je briserai la porte.

DROMIO de Syracuse.—Brisez quelque chose ici, et moi je vous briserai votre tête de fripon.

DROMIO d’Éphèse.—Un homme, peut briser une parole avec vous, monsieur, une parole n’est que du vent, et il peut vous la briser en face; pourvu qu’il ne la brise pas par derrière.

DROMIO de Syracuse.—Il parait que tu as besoin de briser; allons, va-t’en d’ici, rustre.

DROMIO de Éphèse.—C’en est trop, va-t’en plutôt! Je t’en prie, laisse-moi entrer…

DROMIO de Syracuse.—Oui, quand les oiseaux n’auront plus de plumes, et les poissons plus de nageoires.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Allons, je veux entrer de force: va m’emprunter une grue.

DROMIO d’Éphèse.—Une grue sans plumes16, monsieur, est-ce là ce que vous voulez dire? pour un poisson sans nageoires, voilà un oiseau sans plumes; si un oiseau peut nous faire entrer, maraud, nous plumerons un corbeau ensemble.

Niote 16: (retour) Crow, en anglais, veut dire un corbeau et un levier. Nous nous sommes permis de substituer le mot de grue à celui de corbeau pour rendre le jeu de mots, bien qu’on se serve rarement d’une grue pour ouvrir les portes.

ANTIPHOLUS.—Va vite me chercher une grue de fer.

BALTASAR.—Prenez patience, monsieur: oh! n’en venez pas à cette extrémité. Vous faites ici la guerre à votre réputation, et vous allez exposer à l’atteinte des soupçons l’honneur intact de votre épouse. Encore un mot:—Votre longue expérience de sa sagesse, de sa chaste vertu, de plusieurs années de modestie, plaident en sa faveur, et vous commandent de supposer quelque raison qui vous est inconnue; n’en doutez pas, monsieur: si les portes se trouvent aujourd’hui fermées pour vous, elle aura quelque excuse légitime à vous donner: laissez-vous guider par moi, quittez ce lieu avec patience, et allons tous dîner ensemble à l’hôtellerie du Tigre; sur le soir, revenez seul savoir la raison de cette conduite étrange. Si vous voulez entrer de force au milieu dû mouvement de la journée, on fera là-dessus de vulgaires commentaires. Les suppositions du public arriveront jusqu’à votre réputation encore sans tache, et survivront sur votre tombeau quand vous serez mort. Car la médisance vit héréditairement et s’établit pour toujours là où elle prend une fois possession.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Vous l’emportez. Je vais me retirer tranquillement, et en dépit de la joie, je prétends être gai.—Je connais une fille de charmante humeur, jolie et spirituelle, un peu écervelée, et douce pourtant.—Nous dînerons là: ma femme m’a souvent fait la guerre, mais sans sujet, je le proteste, à propos de cette fille; nous irons dîner chez elle.—Retournez chez vous, et rapportez la chaîne.—Elle est finie à l’heure qu’il est, j’en suis sûr. Apportez-la, je vous prie, au Porc-Épic, car c’est là où nous allons. Je veux faire présent de cette chaîne à ma belle hôtesse, ne fût-ce que pour piquer ma femme: mon cher ami, mon cher ami, dépêchez-vous: puisque ma maison refuse de me recevoir, j’irai frapper ailleurs, et nous verrons si l’on me rebutera de même.

ANGELO.—J’irai vous trouver à ce rendez-vous dans quelque temps d’ici.

ANTIPHOLUS.—Faites-le: cette plaisanterie me coûtera quelques frais.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

La maison d’Antipholus d’Éphèse.

LUCIANA paraît avec ANTIPHOLUS de Syracuse.

LUCIANA.—Eh! serait-il possible que vous eussiez tout à fait oublié les devoirs d’un mari? Quoi, Antipholus, la haine viendra-t-elle, dès le printemps de l’amour, corrompre les sources de votre amour? L’amour, en commençant de bâtir, menacera-t-il déjà ruine? Si vous avez épousé ma soeur pour sa fortune, du moins, en considération de sa fortune, traitez-la avec plus de douceur. Si vous aimez ailleurs, faites-le en secret; masquez votre amour perfide de quelque apparence de mystère, et que ma soeur ne le lise pas dans vos yeux. Que votre langue ne soit pas elle-même le héraut de votre honte; un tendre regard, de douces paroles, conviennent à la déloyauté; parez le vice de la livrée de la vertu; conservez le maintien de l’innocence, quoique votre coeur soit coupable; apprenez au crime à porter l’extérieur de la sainteté; soyez perfide en silence: quel besoin a-t-elle de savoir vos fautes? Quel voleur est assez insensé pour se vanter de ses larcins? C’est une double injure de négliger votre lit et de le lui laisser deviner dans vos regards à table. Il est pour le vice une sorte de renommée bâtarde qu’il peut se ménager. Les mauvaises actions sont doublées par les mauvaises paroles. Hélas! pauvres femmes! Faites-nous croire au moins, puisqu’il est aisé de nous en faire accroire, que vous nous aimez. Si les autres ont le bras, montrez-nous du moins la manche, nous sommes asservies à tous vos mouvements, et vous nous faites mouvoir comme vous voulez. Allons, mon cher frère, rentrez dans la maison; consolez ma soeur, réjouissez-la, appelez-la votre épouse. C’est un saint mensonge que de manquer un peu de sincérité, quand la douce voix de la flatterie dompte la discorde.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Ma chère dame (car je ne sais pas votre nom; et j’ignore par quel prodige vous avez pu deviner le mien), votre science et votre bonne grâce ne font de vous rien moins qu’une merveille du monde; vous êtes une créature divine: enseignez-moi, et ce que je dois penser, et ce que je dois dire. Manifestez à mon intelligence grossière, terrestre, étouffée sous les erreurs, faible, légère et superficielle, le sens de l’énigme cachée dans vos paroles obscures: pourquoi travaillez-vous contre la simple droiture de mon âme pour l’égarer dans des espaces inconnus? Êtes-vous un dieu? Voulez-vous me créer de nouveau? Transformez-moi donc, et je céderai à votre puissance. Mais si je suis bien moi, je sais bien alors que votre soeur éplorée n’est point mon épouse, et je ne dois aucun hommage à sa couche. Je me sens bien plus, bien plus entraîné vers vous. Ah! ne m’attirez pas par vos chants, douce sirène, pour me noyer dans le déluge de larmes que répand votre soeur; chante, enchanteresse, pour toi-même; et je t’adorerai: déploie sur l’onde argentée ta chevelure adorée, et tu seras le lit où je me coucherai. Dans cette supposition brillante, je croirai que la mort est un bien pour celui qui a de tels moyens de mourir, que l’amour, cet être léger, se noie si elle s’enfonce sous l’eau.

LUCIANA.—Quoi, êtes-vous fou de me tenir ce discours?

ANTIPHOLUS.—Non, je ne suis point fou, mais je suis confondu; je ne sais comment.

LUCIANA.—Cette illusion vient de vos yeux.

ANTIPHOLUS.—C’est pour avoir regardé de trop près vos rayons, brillant soleil.

LUCIANA.—Regardez ce que vous devez, et votre vue s’éclaircira.

ANTIPHOLUS.—Autant fermer les yeux, ma bien-aimée, que de les tenir ouverts sur la nuit.

LUCIANA.—Quoi! vous m’appelez votre bien-aimée? Donnez ce nom à ma soeur.

ANTIPHOLUS.—À la soeur de votre soeur.

LUCIANA.—Vous voulez dire ma soeur.

ANTIPHOLUS.—Non: c’est vous-même, vous la plus chère moitié de moi-même: l’oeil pur de mon oeil, le cher coeur de mon coeur; vous, mon aliment, ma fortune, et l’objet unique de mon tendre espoir; vous, mon ciel sur la terre, et tout le bien que j’implore du ciel.

LUCIANA.—Ma soeur est tout cela, ou du moins devrait l’être.

ANTIPHOLUS.—Prenez vous-même le nom de soeur, ma bien-aimée, car c’est à vous que j’aspire: c’est vous que je veux aimer, c’est avec vous que je veux passer ma vie. Vous n’avez point encore de mari; et moi, je n’ai point encore d’épouse: donnez-moi votre main.

LUCIANA.—Oh! doucement, monsieur: arrêtez, je vais aller chercher ma soeur, pour lui demander son agrément.

(Luciana sort.)

(Entre Dromio de Syracuse.)

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Eh bien! Dromio? Où cours-tu si vite?

DROMIO.—Me connaissez-vous, monsieur? Suis-je bien Dromio? Suis-je votre valet, suis-je bien moi?

ANTIPHOLUS.—Tu es Dromio, tu es mon valet; tu es toi-même.

DROMIO.—Je suis un âne, je suis le valet d’une femme, et avec tout cela, moi.

ANTIPHOLUS.—Comment, le valet d’une femme? Et comment, toi?

DROMIO.—Ma foi, monsieur, outre que je suis moi, j’appartiens encore à une femme; à une femme qui me revendique, à une femme qui me pourchasse, à une femme qui veut m’avoir.

ANTIPHOLUS.—Quels droits fait-elle valoir sur toi?

DROMIO.—Eh! monsieur, le droit que vous réclameriez sur votre cheval; elle prétend me posséder comme une bête de somme: non pas que, si j’étais une bête, elle voulût m’avoir: mais c’est elle qui, étant une créature fort bestiale, prétend avoir des droits sur moi.

ANTIPHOLUS.—Qui est-elle?

DROMIO.—Un corps fort respectable: oui, une femme dont un homme ne peut parler sans dire: sauf votre respect. Je n’ai qu’un assez maigre bonheur dans cette union, et cependant c’est un mariage merveilleusement gras.

ANTIPHOLUS.—Que veux-tu dire, un mariage merveilleusement gras?

DROMIO.—Hé! oui, monsieur: c’est la fille de cuisine, elle est toute pleine de graisse: et je ne sais trop qu’en faire, à moins que ce ne soit une lampe, pour me sauver loin d’elle à sa propre clarté. Je garantis que ses habits, et le suif dont ils sont pleins chaufferaient un hiver de Pologne: si elle vit jusqu’au jugement dernier, elle brûlera une semaine de plus que le monde entier.

ANTIPHOLUS.—Quelle est la couleur de son teint?

DROMIO.—Basanée comme le cuir de mon soulier, mais sa figure n’est pas tenue aussi proprement. Pourquoi cela? Parce qu’elle transpire tellement, qu’un homme en aurait par-dessus les souliers.

ANTIPHOLUS.—C’est un défaut que l’eau peut corriger.

DROMIO.—Non, monsieur: c’est entré dans la peau: le déluge de Noé n’en viendrait pas à bout.

ANTIPHOLUS.—Quel est son nom?

DROMIO.—Nell, monsieur; mais son nom et trois quarts17, c’est-à-dire qu’une aune et trois quarts ne suffiraient pas pour la mesurer d’une hanche à l’autre.

Niote 17: (retour) Nell et an ell, une aune.

ANTIPHOLUS.—Elle porte donc quelque largeur?

DROMIO.—Elle n’est pas plus longue de la tête aux pieds, que d’une hanche à l’autre. Elle est sphérique comme un globe: je pourrais étudier la géographie sur elle.

ANTIPHOLUS.—Dans quelle partie de son corps est située l’Irlande?

DROMIO.—Ma foi, monsieur, dans les fesses: je l’ai reconnue aux marais.

ANTIPHOLUS.—Où est l’Écosse?

DROMIO.—Je l’ai reconnue à l’aridité: elle est dans la paume de la main.

ANTIPHOLUS.—Et la France?

DROMIO.—Sur son front, armée et retournée, et faisant la guerre à ses cheveux18.

Niote 18: (retour) C’est-à-dire qu’elle a le front couvert de boutons, l’un des symptômes de la maladie appelée morbus gallicus.

ANTIPHOLUS.—Et l’Angleterre?

DROMIO.—J’ai cherché les rochers de craie: mais je n’ai pu y reconnaître aucune blancheur: je conjecture, qu’elle pourrait être sur son menton, d’après le flux salé qui coulait entre elle et la France.

ANTIPHOLUS.—Et l’Espagne?

DROMIO.—Ma foi, je ne l’ai pas vue: mais je l’ai sentie, à la chaleur de l’haleine.

ANTIPHOLUS.—Où sont l’Amérique, les Indes?

DROMIO.—Oh! monsieur, sur son nez; qui est tout enrichi de rubis, d’escarboucles, de saphirs, tournant leur riche aspect vers la chaude haleine de l’Espagne, qui envoyait des flottes entières pour se charger à son nez.

ANTIPHOLUS.—Où étaient la Belgique, les Pays-Bas?

DROMIO.—Oh! monsieur; je n’ai pas été regarder si bas.—Pour conclure, cette souillon ou sorcière a réclamé ses droits sur moi, m’a appelé Dromio, a juré que j’étais fiancé avec elle, m’a dit quelles marques particulières j’avais sur le corps, par exemple, la tache que j’ai sur l’épaule, le signe que j’ai au cou, le gros porreau que j’ai au bras gauche, si bien que, confondu d’étonnement, je me suis enfui loin d’elle comme d’une sorcière. Et je crois que, si mon sein n’avait pas été rempli de foi, et mon coeur d’acier, elle m’aurait métamorphosé en roquet, et m’aurait fait tourner le tournebroche.

ANTIPHOLUS.—Va, pars sur-le-champ; cours au grand chemin: si le vent souffle quelque peu du rivage, je ne veux pas passer la nuit dans cette ville. Si tu trouves quelque barque qui mette à la voile, reviens au marché, où je me promènerai jusqu’à ce que tu m’y rejoignes. Si tout le monde nous connaît, et que nous ne connaissions personne, il est temps, à mon avis, de plier bagage et de partir.

DROMIO.—Comme un homme fuirait un ours pour sauver sa vie, je fuis, moi, celle qui prétend devenir ma femme.

ANTIPHOLUS.—Il n’y a que des sorcières qui habitent ce pays-ci, et en conséquence il est grand temps que je m’en aille. Celle qui m’appelle son mari, mon coeur l’abhorre pour épouse; mais sa charmante soeur possède des grâces ravissantes et souveraines; son air et ses discours sont si enchanteurs que j’en suis presque devenu parjure à moi-même. Mais, pour ne pas me rendre coupable d’un outrage contre moi-même, je boucherai mes oreilles aux chants de la sirène.

(Entre Angelo.)

ANGELO.—Monsieur Antipholus?

ANTIPHOLUS.—Oui, c’est là mon nom.

ANGELO.—Je le sais bien, monsieur. Tenez, voilà la chaîne. Je croyais vous trouver au Porc-Épic: la chaîne n’était pas encore finie; c’est ce qui m’a retardé si longtemps.

ANTIPHOLUS.—Que voulez-vous que je fasse de cela?

ANGELO.—Ce qu’il vous plaira, monsieur; je l’ai faite pour vous.

ANTIPHOLUS.—Faite pour moi, monsieur! Je ne vous l’ai pas commandée.

ANGELO.—Pas une fois, pas deux fois, mais vingt fois: allez, rentrez au logis, et faites la cour à votre femme avec ce cadeau; et bientôt, à l’heure du souper, je viendrai vous voir et recevoir l’argent de ma chaîne.

ANTIPHOLUS.—Je vous prie, monsieur, de recevoir l’argent à l’instant, de peur que vous ne revoyiez plus ni chaîne ni argent.

ANGELO.—Vous êtes jovial, monsieur: adieu, à tantôt.

(Il sort.)

ANTIPHOLUS.—Il m’est impossible de dire ce que je dois penser de tout ceci; mais ce que je sais du moins fort bien, c’est qu’il n’est point d’homme assez sot pour refuser une si belle chaîne qu’on lui offre. Je vois qu’ici un homme n’a pas besoin de se tourmenter pour vivre, puisqu’on fait dans les rues de si riches présents. Je vais aller à la place du Marché, et attendre là Dromio; si quelque vaisseau met à la voile, je pars aussitôt.

FIN DU TROISIÈME ACTE

ACTE QUATRIÈME

SCÈNE I

La scène se passe dans la rue.

UN MARCHAND, ANGELO, UN OFFICIER
DE JUSTICE.

LE MARCHAND, à Angelo.—Vous savez que la somme est due depuis la Pentecôte, et que depuis ce temps je ne vous ai pas beaucoup importuné; je ne le ferais pas même encore, si je n’allais pas partir pour la Perse, et que je n’eusse pas besoin de guilders19 pour mon voyage: ainsi satisfaites-moi sur-le-champ, ou je vous fais arrêter par cet officier.

Niote 19: (retour) Guilders, pièce de monnaie valant depuis un shilling (douze sous) jusqu’à deux shillings.

ANGELO.—Justement la même somme dont je vous suis redevable m’est due par Antipholus; et au moment même où je vous ai rencontré, je venais de lui livrer une chaîne. A cinq heures, j’en recevrai le prix: faites-moi le plaisir de venir avec moi jusqu’à sa maison, j’acquitterai mon obligation, et je vous remercierai.

(Entrent Antipholus d’Éphèse et Dromio d’Éphèse.)

L’OFFICIER les apercevant, à Angelo.—Vous pouvez vous en épargner la peine: voyez, le voilà qui vient.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Pendant que je vais chez l’orfèvre, va, toi, acheter un bout de corde; je veux m’en servir sur ma femme et ses confédérés, pour m’avoir fermé la porte dans la journée.—Mais quoi! j’aperçois l’orfèvre.—Va-t’en; achète-moi une corde, et rapporte-la moi à la maison.

DROMIO d’Éphèse.—Ah! je vais acheter vingt mille livres de rente! je vais acheter une corde!

(Il sort.)

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Un homme vraiment est bien assisté, qui compte sur vous! J’avais promis votre visite et la chaîne, mais je n’ai vu ni chaîne ni orfèvre. Apparemment que vous avez craint que mon amour ne durât trop longtemps, si vous l’enchaîniez; et voilà pourquoi vous n’êtes pas venu.

ANGELO.—Avec la permission de votre humeur joviale, voici la note du poids de votre chaîne, jusqu’au dernier carat, le titre de l’or et le prix de la façon: le tout monte à trois ducats de plus que je ne dois à ce seigneur.—Je vous prie, faites-moi le plaisir de m’acquitter avec lui sur-le-champ; car il est prêt à s’embarquer, et n’attend que cela pour partir.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je n’ai pas sur moi la somme nécessaire; d’ailleurs j’ai quelques affaires en ville. Monsieur, menez cet étranger chez moi; prenez avec vous la chaîne, et dites à ma femme de solder la somme en la recevant; peut-être y serai-je aussitôt que vous.

ANGELO.—Alors vous lui porterez la chaîne vous-même?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Non, prenez-la avec vous, de peur que je n’arrive à temps.

ANGELO.—Allons, monsieur, je le veux bien; l’avez-vous sur vous?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Si je ne l’ai pas, moi, monsieur, j’espère que vous l’avez; sans cela vous pourriez vous en retourner sans votre argent.

ANGELO.—Allons, monsieur, je vous prie, donnez-moi la chaîne. Le vent et la marée attendent ce seigneur, et j’ai à me reprocher de l’avoir déjà retardé ici trop longtemps.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Mon cher monsieur, vous usez de ce prétexte pour excuser votre manque de parole au Porc-Épic; ce serait à moi à vous gronder de ne l’y avoir pas apportée. Mais, comme une femme acariâtre vous commencez à quereller le premier.

LE MARCHAND.—L’heure s’avance. Allons, monsieur, je vous prie, dépêchez.

ANGELO.—Vous voyez comme il me tourmente…. Vite, la chaîne.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Eh bien! portez-la à ma femme, et allez chercher votre argent.

ANGELO.—Allons, allons; vous savez bien que je vous l’ai donnée tout à l’heure: ou envoyez la chaîne, ou envoyez par moi quelque gage.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Allons, vous poussez le badinage jusqu’à l’excès. Voyons, où est la chaîne? je vous prie, que je la voie.

LE MARCHAND.—Mes affaires ne souffrent pas toutes ces longueurs: mon cher monsieur, dites-moi si vous voulez me satisfaire ou non; si vous ne voulez pas, je vais laisser monsieur entre les mains de l’officier.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Moi, vous satisfaire? Et en quoi vous satisfaire?

ANGELO.—En donnant l’argent que vous me devez pour la chaîne.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je ne vous en dois point, jusqu’à ce que je l’ai reçue.

ANGELO.—Eh! vous savez que je vous l’ai remise, il y a une demi-heure.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Vous ne m’avez point donné de chaîne: vous m’offensez beaucoup en me le disant.

ANGELO.—Vous m’offensez bien davantage, monsieur, en le niant. Considérez combien cela intéresse mon crédit.

LE MARCHAND.—Allons, officier, arrêtez-le à ma requête.

L’OFFICIER à Angelo.—Je vous arrête, et je vous somme, au nom du duc, d’obéir.

ANGELO.—Cet affront compromet ma réputation. (A Antipholus.)—Ou consentez à payer la somme à mon acquit, ou je vous fais arrêter par ce même officier.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Consentir à payer une chose que je n’ai jamais reçue!—Arrête-moi, fou que tu es, si tu l’oses.

ANGELO.—Voilà les frais.—Arrêtez-le, officier…..Je n’épargnerais pas mon frère en pareil cas, s’il m’insultait avec tant de mépris.

L’OFFICIER.—Je vous arrête, monsieur; vous entendez la requête.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je vous obéis, jusqu’à ce que je vous donne caution. (A Angelo.)—Mais fripon, vous me payerez cette plaisanterie de tout l’or que peut renfermer votre magasin.

ANGELO,—Monsieur, j’aurai justice dans Éphèse, à votre honte publique, je ne peux en douter.

(Entre Dromio de Syracuse.)

DROMIO.—Mon maître, il y a une barque d’Épidaure qui n’attend que son armateur à bord, après quoi, monsieur, elle met à la voile. J’ai porté à bord notre bagage; j’ai acheté de l’huile, du baume et de l’eau-de-vie. Le navire est tout appareillé; un bon vent souffle joyeusement de terre, on n’attend plus que l’armateur et vous, monsieur.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Allons, un fou maintenant! Que veux-tu dire, imbécile? Coquin, quel vaisseau d’Épidaure m’attend, moi?

DROMIO.—Le vaisseau sur lequel vous m’avez envoyé pour retenir notre passage.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Esclave ivrogne, je t’ai envoyé chercher une corde, et je t’ai dit pourquoi, et ce que j’en voulais faire.

DROMIO de Syracuse.—Vous m’avez tout autant envoyé, monsieur, au bout de la corde.—Vous m’avez envoyé à la baie, monsieur, chercher une barque.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—J’examinerai cette affaire plus à loisir: et j’apprendrai à tes oreilles à m’écouter avec plus d’attention. Va donc droit chez Adriana, maraud, porte lui cette clef, et dis-lui que dans le pupitre qui est couvert d’un tapis de Turquie, il y a une bourse remplie de ducats: qu’elle me l’envoie; dis-lui que je suis arrêté dans la rue, et que ce sera ma caution: cours promptement, esclave: pars.—Allons, officier, je vous suis à la prison, jusqu’à ce qu’il revienne.

(Ils sortent.)

DROMIO de Syracuse, seul.—Chez Adriana! c’est-à-dire, celle chez laquelle nous avons diné, où Dousabelle m’a réclamé pour son mari: elle est un peu trop grosse, j’espère, pour que je puisse l’embrasser; il faut que j’y aille, quoique contre mon gré: car il faut que les valets exécutent les ordres de leurs maîtres.

(Il sort.)

SCÈNE II

La scène se passe dans la maison d’Antipholus d’Éphèse.

ADRIANA ET LUCIANA.

ADRIANA.—Comment, Luciana, il t’a tentée à ce point? As-tu pu lire dans ses yeux si ses instances étaient sérieuses ou non? Était-il coloré ou pâle, triste ou gai? Quelles observations as-tu faites en cet instant, sur les météores de son coeur qui se combattaient sur son visage20.

Niote 20: (retour) Allusion à ces météores de l’atmosphère qui ressemblent à des rangs de combattants. Shakspeare leur compare ailleurs les guerres civiles, WARBURTON.

LUCIANA.—D’abord, il a nié que vous eussiez aucun droit sur lui?

ADRIANA.—Il voulait dire qu’il agissait comme si je n’en avais aucun, et je n’en suis que plus indignée.

LUCIANA.—Ensuite il m’a juré qu’il était étranger ici.

ADRIANA.—Et il a juré la vérité tout en se parjurant.

LUCIANA.—Alors j’ai intercédé pour vous.

ADRIANA.—Eh bien! qu’a-t-il dit?

LUCIANA.—L’amour que je réclamais pour vous, il me l’a demandé à moi.

ADRIANA.—Avec quelles persuasions a-t-il sollicité ta tendresse?

LUCIANA.—Dans des termes qui, dans une demande honnête, eussent pu émouvoir. D’abord il a vanté ma beauté, ensuite mon esprit.

ADRIANA.—Lui as-tu répondu poliment?

LUCIANA.—Ayez patience, je vous en conjure.

ADRIANA.—Je ne peux, ni je ne veux me tenir tranquille. Il faut que ma langue se satisfasse, si mon coeur ne le peut pas. Il est tout défiguré, contrefait, vieux et flétri, laid de figure, plus mal fait encore de sa personne, difforme de tout point; vicieux, ingrat, extravagant, sot et brutal; disgracié de la nature dans son corps, et encore plus pervers dans son âme.

LUCIANA.—Et pourquoi donc être jalouse d’un tel homme? On ne pleure jamais un mal perdu quand il s’en va.

ADRIANA.—Ah! mais je pense bien mieux de lui que je n’en parle. Et pourtant je voudrais qu’il fût encore plus difforme aux yeux des autres. Le vanneau crie loin de son nid, pour qu’on s’en éloigne21. Tandis que ma langue le maudit, mon coeur prie pour lui.

Niote 21: (retour) Le vanneau, dit-on, cherche à éloigner l’attention de son nid en poussant des cris plaintifs le plus loin possible de l’endroit où sa femelle couve.

(Entre Dromio.)

DROMIO.—Par ici, venez. Le pupitre, la bourse: mes chères dames, hâtez-vous.

LUCIANA.—Et pourquoi es-tu donc si hors d’haleine?

DROMIO.—C’est à force de courir.

ADRIANA.—Où est ton maître, Dromio? Est-il en santé?

DROMIO.—Non, il est descendu dans les limbes du Tartare, pire que l’enfer; un diable vêtu de l’habit qui dure toujours22 l’a saisi: un diable, dont le coeur est revêtu d’acier, un démon, un génie, un loup, et pis encore, un être tout en buffle; un ennemi secret qui vous met la main sur l’épaule; celui qui poursuit à travers les allées, les quais et les rues; un limier qui va et vient23, et qui évente la trace des pas, enfin, quelqu’un qui traîne les pauvres âmes en enfer avant le jugement24.

Niote 22: (retour) Buff était une expression vulgaire, pour dire la peau d’un homme, le vêtement qui dure autant que le corps. Everlasting garment peut donc se rendre littéralement par l’habit qui dure toujours. On peut aussi direun diable en habit d’immortelle, comme Letourneur; et voici la note de Steevens citée par lui: «Du temps de Shakspeare, les sergents étaient vêtus d’une sorte d’étoffe appelée encore aujourd’hui immortelle, à cause de sa longue durée.»

Niote 23: (retour) Runs counter, c’est-à-dire qui retourne aur ses pas, comme un limier qui a perdu la piste. Il y a donc contradiction avec la phrase suivante, qui signifie éventer la trace. Mais cette ambiguïté tient à un jeu de mots sur counter, fausse voie à la chasse, et nom d’une prison de Londres.

Niote 24: (retour)Enfer, c’était le nom donné, en Angleterre, au cachot le plus obscur d’une prison.

Il y avait aussi un lieu de ce nom dans la chambre de l’échiquier où l’on retenait les débiteurs de la couronne.

Dans la scène suivante, Dromio joue encore sur le mot buff, et appelle le sergent le portrait du vieil Adam, c’est-à-dire l’Adam avant sa chute, d’Adam tout nu.]

ADRIANA.—Comment! de quoi s’agit-il?

DROMIO.—Je ne sais pas de quoi il s’agit; mais il est arrêté pour cette affaire25.

Niote 25: (retour) Au lieu de on the case il faut lire, selon Gray, out the case, ce qui exprimerait l’espèce d’action de celui à qui on fait un tort, mais sans violence, et dans un cas non prévu par la loi.

ADRIANA.—Quoi! il est arrêté? Dis-moi, à la requête de qui?

DROMIO.—Je ne sais pas bien à la requête de qui il est arrêté; mais, tout ce que je puis dire, c’est que celui qui l’a arrêté est vêtu d’un surtout de buffle. Voulez-vous, madame, lui envoyer de quoi se racheter; l’argent qui est dans le pupitre?

ADRIANA.—Va le chercher, ma soeur.—(Luciana sort.) Cela m’étonne bien qu’il se trouve avoir des dettes qui me soient inconnues. Dis-moi, l’a-t-on arrêté sur un billet?

DROMIO.—Non pas sur un billet26, mais à propos de quelque chose de plus fort; une chaîne, une chaîne: ne l’entendez-vous pas sonner?

Niote 26: (retour) Bond, billet, obligation, qui se prononce comme band, lien, cravate.

ADRIANA.—Quoi! la chaîne?…

DROMIO.—Non, non; la cloche. Il serait temps que je fusse parti d’ici; il était deux heures quand je l’ai quitté, et voilà l’horloge qui sonne une heure.

ADRIANA.—Les heures reculeraient donc? Je ne l’ai jamais entendu dire.

DROMIO.—Oh! oui, vraiment; quand une des heures rencontre un sergent, elle recule de peur.

ADRIANA.—Comme si le temps était endetté! tu raisonnes en vrai fou.

DROMIO.—Le temps est un vrai banqueroutier, et il doit à l’occasion plus qu’il n’a vaillant. Et, c’est un voleur aussi: n’avez-vous donc pas ouï dire que le temps s’avance comme un voleur jour et nuit? Si le temps est endetté, et qu’il soit un voleur, et qu’il trouve sur son chemin un sergent, n’a-t-il pas raison de reculer d’une heure dans un jour?

ADRIANA.—Cours, Dromio, voilà l’argent; (Luciana revient avec la bourse) porte-le bien vite, et ramène ton maître immédiatement au logis. Venez, ma soeur, je suis atterrée par mon imagination; mon imagination, qui tantôt me console et tantôt me tourmente!

(Elles sortent.)

SCÈNE III.

Une rue d’Éphèse.

ANTIPHOLUS de Syracuse seul.

Je ne rencontre pas un homme qui ne me salue, comme si j’étais un ami bien connu, et chacun m’appelle par mon nom. Quelques-uns m’offrent de l’argent, d’autres m’invitent à dîner; d’autres me remercient des services que je leur ai rendus, d’autres m’offrent des marchandises à acheter: tout à l’heure un tailleur m’a appelé dans sa boutique et m’a montré des soieries qu’il avait achetées pour moi; et là-dessus il m’a pris mesure.—Sûrement tout cela n’est qu’enchantement, qu’illusions, et les sorciers de la Laponie habitent ici.

(Entre une courtisane.)

DROMIO.—Mon maître, voici l’or que vous m’avez envoyé chercher….. Quoi! vous avez fait habiller de neuf le portrait du vieil Adam?

ANTIPHOLUS.—Quel or est-ce là? De quel Adam veux-tu parler?

DROMIO.—Pas de l’Adam qui gardait le paradis, mais de cet Adam qui garde la prison; de celui qui va vêtu de la peau du veau qui fut tué pour l’enfant prodigue; celui qui est venu derrière vous, monsieur, comme un mauvais ange, et qui vous a ordonné de renoncer à votre liberté.

ANTIPHOLUS.—Je ne t’entends pas.

DROMIO.—Non? eh! c’est pourtant une chose bien simple: cet homme qui marchait comme une basse de viole dans un étui de cuir; l’homme, monsieur, qui, quand les gens sont fatigués, d’un tour de main leur procure le repos; celui, monsieur, qui prend pitié des hommes ruinés, et leur donne des habits de durée27; celui qui a la prétention de faire plus d’exploits avec sa masse qu’avec une pique moresque.

Niote 27: (retour) Durance, durée et prison.

ANTIPHOLUS.—Quoi! veux-tu dire un sergent?

DROMIO.—Oui, monsieur, le sergent des obligations: celui qui force tout homme qui manque à ses engagements, d’en répondre; un homme qui croit qu’on va toujours se coucher, et qui vous dit: «Dieu vous donne une bonne nuit!»

ANTIPHOLUS.—Allons, l’ami, restons-en là avec ta folie.—Y a-t-il quelque vaisseau qui parte ce soir? Pouvons-nous partir?

DROMIO.—Oui, monsieur; je suis venu vous rendre réponse, il y a une heure, que la barque l’Expédition partait cette nuit; mais alors vous étiez empêché avec le sergent, et forcé de retarder au delà du délai marqué. Voici les anges28 que vous m’avez envoyé chercher pour vous délivrer.

Niote 28: (retour) Anges, pièces d’argent.

ANTIPHOLUS.—Ce garçon est fou, et moi aussi; et nous ne faisons qu’errer d’illusions en illusions. Que quelque sainte protection nous tire d’ici!

(Antipholus et Dromio vont pour sortir.)

LA COURTISANE—Ah! je suis bien aise, fort aise de vous trouver, monsieur Antipholus. Je vois, monsieur, que vous avez enfin rencontré l’orfèvre: est-ce là la chaîne que vous m’avez promise aujourd’hui?

ANTIPHOLUS.—Arrière. Satan! je te défends de me tenter.

DROMIO.—Monsieur, est-ce là madame Satan?

ANTIPHOLUS.—C’est le démon.

DROMIO.—C’est pis encore, c’est la dame du démon, et elle vient ici sous la forme d’une fille de plaisir; et voilà pourquoi les filles disent: Dieu me damne! ce qui signifie: Dieu me fasse fille de plaisir! Il est écrit qu’ils apparaissent aux hommes comme des anges de lumière. La lumière est un effet du feu, et le feu brûle. Ergo, les filles de plaisir brûleront; n’approchez pas d’elle29.

Niote 29: (retour) L’équivoque est fondée sur le mot light, qui, pris adjectivement, veut dire léger, légère (fille légère), et substantivement lumière (fille de lumière).

LA COURTISANE.—Votre valet et vous, monsieur, vous êtes merveilleusement gais! Voulez-vous venir avec moi? nous trouverons ici de quoi rendre notre dîner meilleur.

DROMIO.—Mon maître, si vous devez goûter de la soupe, commandez donc auparavant une longue cuiller.

ANTIPHOLUS.—Pourquoi, Dromio?

DROMIO.—Vraiment, c’est qu’il faut une longue cuiller à l’homme qui doit manger avec le diable.

ANTIPHOLUS, à la courtisane.—Arrière donc, démon! Que viens-tu me parler de souper? tu es, comme tout le reste, une sorcière. Je te conjure de me laisser, et de t’en aller.

LA COURTISANE.—-Donnez-moi donc mon anneau que vous m’avez pris à dîner; ou, pour mon diamant, donnez-moi la chaîne que vous m’avez promise, et alors je m’en irai, monsieur, et ne vous importunerai plus.

DROMIO.—Il y a des diables qui ne demandent que la rognure d’un ongle, un jonc, un cheveu, une goutte de sang, une épingle, une noisette, un noyau de cerise; mais celle-ci, plus avide, voudrait avoir une chaîne. Mon maître, prenez bien garde; et si vous lui donnez la chaîne, la diablesse la secouera, et nous en épouvantera.

LA COURTISANE.—Je vous en prie, monsieur, ma bague, ou bien la chaîne. J’espère que vous n’avez pas l’intention de m’attrapper ainsi.

ANTIPHOLUS.—Loin d’ici, sorcière!—Allons, Dromio, partons.

DROMIO.—Fuis l’orgueil, dit le paon; vous savez cela, madame.

(Antipholus et Dromio sortent.)

LA COURTISANE.—Maintenant il est hors de doute qu’Antipholus est fou; autrement il ne se fut jamais si mal conduit. Il a à moi une bague qui vaut quarante ducats, et il m’avait promis en retour une chaîne d’or; et à présent il me refuse l’une et l’autre, ce qui me fait conclure qu’il est devenu fou. Outre cette preuve actuelle de sa démence, je me rappelle les contes extravagants qu’il m’a débités aujourd’hui à dîner, comme quoi il n’a pu rentrer chez lui, comme quoi on lui a fermé la porte; probablement sa femme, qui connaît ses accès de folie, lui a en effet fermé la porte exprès. Ce que j’ai à faire à présent, c’est de gagner promptement sa maison, et de dire à sa femme, que dans un accès de folie il est entré brusquement chez moi, et m’a enlevé de vive force une bague qu’il m’a emportée. Voilà le parti qui me semble le meilleur à choisir; car quarante ducats, c’est trop pour les perdre.

SCÈNE IV

La scène se passe dans la rue.

ANTIPHOLUS d’Éphèse ET UN SERGENT.

ANTIPHOLUS.—N’aie aucune inquiétude, je ne me sauverai pas; je te donnerai, pour caution, avant de te quitter, la somme pour laquelle je suis arrêté. Ma femme est de mauvaise humeur aujourd’hui; et elle ne voudra pas se fier légèrement au messager, ni croire que j’aie pu être arrêté dans Éphèse: je te dis que cette nouvelle sonnera étrangement à ses oreilles.

(Entre Dromio d’Éphèse, avec un bout de corde à la main.)

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Voici mon valet; je pense qu’il apporte de l’argent.—Eh bien! Dromio, avez-vous ce que je vous ai envoyé chercher?

DROMIO d’Éphèse.—Voici, je vous le garantis, de quoi les payer tous.

ANTIPHOLUS.—Mais l’argent, où est-il?

DROMIO.—Ah! monsieur, j’ai donné l’argent pour la corde.

ANTIPHOLUS.—Cinq cents ducats, coquin, pour un bout de corde.

DROMIO.—Je vous en fournirai cinq cents, monsieur, pour ce prix-là.

ANTIPHOLUS.—A quelle fin t’ai-je ordonné de courir en hâte au logis?

DROMIO.—A cette fin d’un bout de corde, monsieur; et c’est à cette fin que je suis revenu.

ANTIPHOLUS.—Et à cette fin, moi, je vais te recevoir comme tu le mérites.

(Il le bat.)

L’OFFICIER.—Monsieur, de la patience.

DROMIO.—Vraiment c’est à moi d’être patient: je suis dans l’adversité.

L’OFFICIER, à Dromio.—Allons, retiens ta langue.

DROMIO.—Persuadez-lui plutôt de retenir ses mains.

ANTIPHOLUS.—Bâtard que tu es! coquin insensible!

DROMIO.—Je voudrais bien être insensible, monsieur, pour ne pas sentir vos coups.

ANTIPHOLUS.—Tu n’es sensible qu’aux coups, comme les ânes.

DROMIO.—Oui, en effet, je suis un âne; vous pouvez le prouver par mes longues oreilles.—Je l’ai servi depuis l’heure de ma naissance jusqu’à cet instant, et je n’ai jamais rien reçu de lui pour mes services que des coups. Quand j’ai froid, il me réchauffe avec des coups; quand j’ai chaud, il me rafraîchit avec des coups; c’est avec des coups qu’il m’éveille quand je suis endormi, qu’il me fait lever quand je suis assis, qu’il me chasse quand je sors de la maison, qu’il m’accueille chez lui à mon retour. Enfin je porte ses coups sur mes épaules comme une mendiante porte ses marmots sur son dos; et je crois que quand il m’aura estropié, il me faudra aller mendier avec cela de porte en porte.

(Entrent Adriana, Luciana, la courtisane, Pinch et autres.)

ANTIPHOLUS.—Allons, suivez-moi, voilà ma femme qui vient là-bas.

DROMIO.—Maîtresse, respice finem, respectez votre fin, ou plutôt, comme disait le perroquet, prenez garde à la corde30.

Niote 30: (retour)Respice finem, respice funem, ces mots semblent renfermer une allusion à un fameux pamphlet du temps, écrit par Buchanan contre Liddington, lequel finissait par ces mots.

La prophétie du perroquet fait allusion à la coutume du peuple qui apprend à cet oiseau des mots sinistres. Lorsque quelque passant s’en offensait, le maître de L’oiseau lui répondait: Prenez garde, mon perroquet est prophète. WARBURTON.

ANTIPHOLUS, battant Dromio.—Veux-tu toujours parler?

LA COURTISANE, à Adriana.—Eh bien! qu’en pensez-vous à présent? Est-ce que votre mari n’est pas fou?

ADRIANA.—Son incivilité me le prouve assez.—Bon docteur Pinch, vous savez exorciser; rétablissez-le dans son bon sens, et je vous donnerai tout ce que vous demanderez.

LUCIANA.—Hélas! comme ses regards sont étincelants et furieux!

LA COURTISANE.—Voyez comme il frémit dans son transport!

PINCH.—Donnez-moi votre main, que je tâte votre pouls.

ANTIPHOLUS.—Tenez, voilà ma main, et que votre oreille la tâte.

PINCH.—Je t’adjure, Satan, qui es logé dans cet homme, de céder possession à mes saintes prières, et de te replonger sur-le-champ dans tes abîmes ténébreux; je t’adjure par tous les saints du ciel.

ANTIPHOLUS.—Tais-toi, sorcier radoteur, tais-toi; je ne suis pas fou.

ADRIANA.~Oh! plût à Dieu que tu ne le fusses pas, pauvre âme en peine!

ANTIPHOLUS, à sa femme.—Et vous, folle, sont-ce là vos chalands? Est-ce ce compagnon à la face de safran, qui était en gala aujourd’hui chez moi, tandis que les portes m’étaient insolemment fermées, et qu’on m’a refusé l’entrée de ma maison?

ADRIANA.—Oh! mon mari, Dieu sait que vous avez diné à la maison; et plût à Dieu que vous y fussiez resté jusqu’à présent, à l’abri de ces affronts et de cet opprobre!

ANTIPHOLUS.—J’ai dîné à la maison?—Toi, coquin, qu’en dis-tu?

DROMIO.—Pour dire la vérité, monsieur, vous n’avez pas dîné au logis.

ANTIPHOLUS.—Mes portes n’étaient-elles pas fermées, et moi dehors?

DROMIO.—Pardieu! votre porte était fermée, et vous dehors.

ANTIPHOLUS.—Et ne m’a-t-elle pas elle-même dit des injures?

DROMIO.—Sans mentir, elle vous a dit elle-même des injures.

ANTIPHOLUS.—Sa fille de cuisine ne m’a-t-elle pas insulté, invectivé, méprisé?

DROMIO.—Certes, elle l’a fait; la vestale de la cuisine31 vous a repoussé injurieusement.

Niote 31: (retour) Comme les vestales, la cuisinière entretient le feu. JOHNSON.

ANTIPHOLUS.—Et ne m’en suis-je pas allé tout transporté de rage?

DROMIO.—En vérité, rien n’est plus certain: mes os en sont témoins, eux qui depuis ont senti toute la force de cette rage.

ADRIANA, à Dromio.—Est-il bon de lui donner raison dans ses contradictions?

PINCH.—Il n’y a pas de mal à cela: ce garçon connaît son humeur, et en lui cédant il flatte sa frénésie.

ANTIPHOLUS.—Tu as suborné l’orfèvre pour me faire arrêter.

ADRIANA.—Hélas! au contraire; je vous ai envoyé de l’argent pour vous racheter, par Dromio que voilà, qui est accouru le chercher.

DROMIO.—De l’argent? par moi? Du bon coeur et de la bonne volonté, tant que vous voudrez; mais certainement, mon maître, pas une parcelle d’écu.

ANTIPHOLUS.—N’es-tu pas allé la trouver pour lui demander une bourse de ducats?

ADRIANA.—Il est venu, et je la lui ai remise.

LUCIANA.—Et moi, je suis témoin qu’elle les lui a remis.

DROMIO.—Dieu et le cordier me sont témoins qu’on ne m’a envoyé chercher rien autre chose qu’une corde.

PINCH.—Madame, le maître et le valet sont tous deux possédés. Je le vois à leurs visages défaits et d’une pâleur mortelle. Il faut les lier et les loger dans quelque chambre obscure.

ANTIPHOLUS.—Répondez; pourquoi m’avez-vous fermé la porte aujourd’hui? Et toi (à Dromio), pourquoi nies-tu la bourse d’or qu’on t’a donnée?

ADRIANA.—Mon cher mari, je ne vous ai point fermé la porte.

DROMIO.—Et moi, mon cher maître, je n’ai point reçu d’or; mais je confesse, monsieur, qu’on vous a fermé la porte.

ADRIANA.—Insigne imposteur, tu fais un double mensonge!

ANTIPHOLUS.—Hypocrite prostituée, tu mens en tout; et tu as fait ligue avec une bande de scélérats pour m’accabler d’affronts et de mépris; mais, avec ces ongles, je t’arracherai tes yeux perfides, qui se feraient un plaisir de me voir dans mon ignominie.

(Pinch et ses gens veulent lier Antipholus d’Éphèse et Dromio d’Éphèse.)

ADRIANA.—Oh! liez-le, liez-le; qu’il ne m’approche pas.

PINCH.—Plus de monde!—Le démon qui est en lui est fort.

LUCIANA.—Hélas! le pauvre homme, comme il est pâle et défait!

ANTIPHOLUS.—Quoi! voulez-vous m’égorger? Toi, geôlier, je suis ton prisonnier, souffriras-tu qu’ils m’arrachent de tes mains?

L’OFFICIER,—Messieurs, laissez-le; il est mon prisonnier, et vous ne l’aurez pas.

PINCH.—Allons, qu’on lie cet homme-là, car il est frénétique aussi.

ADRIANA.—Que veux-tu dire, sergent hargneux? As-tu donc du plaisir à voir un infortuné se faire du mal et du tort à lui-même?

L’OFFICIER.—Il est mon prisonnier; si je le laisse aller, on exigera de moi la somme qu’il doit.

ADRIANA.—Je te déchargerai avant de te quitter; conduis-moi à l’instant à son créancier. Quand je saurai la nature de cette dette je la payerai. Mon bon docteur, voyez à ce qu’il soit conduit en sûreté jusqu’à ma maison.—O malheureux jour!

ANTIPHOLUS.—O misérable prostituée!

DROMIO.—Mon maître, me voilà entré dans les liens pour l’amour de vous.

ANTIPHOLUS.—Malheur à toi, scélérat! pourquoi me fais-tu mettre en fureur?

DROMIO.—Voulez-vous donc être lié pour rien? Soyez fou, mon maître; criez, le diable…..

LUCIANA.—Dieu les assiste, les pauvres âmes! Comme ils extravaguent!

ADRIANA.—Allons, emmenez-le d’ici.—Ma soeur, venez avec moi. (Pinch, Antipholus, Dromio, etc., sortent.) (A l’officier.) Dites-moi, à présent, à la requête de qui est-il arrêté?

L’OFFICIER.—A la requête d’un certain Angelo, un orfèvre. Le connaissez-vous?

ADRIANA.—Je le connais. Quelle somme lui doit-il?

L’OFFICIER.—Deux cents ducats.

ADRIANA.—Et pourquoi les lui doit-il?

L’OFFICIER.—C’est le prix d’une chaîne que votre mari a reçue de lui.

ADRIANA.—Il avait commandé une chaîne pour moi, mais elle ne lui a pas été livrée.

LA COURTISANE.—Quand votre mari, tout en fureur, est venu aujourd’hui chez moi, et a emporté ma bague, que je lui ai vue au doigt tout à l’heure, un moment après je l’ai rencontré avec ma chaîne.

ADRIANA.—Cela peut bien être; mais je ne l’ai jamais vue.—Venez, geôlier, conduisez-moi à la demeure de l’orfèvre; il me tarde de savoir la vérité de ceci dans tous ses détails.

(Entrent Antipholus de Syracuse avec son épée nue, et Dromio de Syracuse.)

LUCIANA.—O Dieu, ayez pitié de nous, les voilà de nouveau en liberté!

ADRIANA.—Et ils viennent l’épée nue! Appelons du secours, pour les faire lier de nouveau.

L’OFFICIER.—Sauvons-nous; ils nous tueraient.

(Ils s’enfuient.)

ANTIPHOLUS.—Je vois que ces sorcières ont peur des épées.

DROMIO.—Celle qui voulait être votre femme tantôt vous fuit à présent.

ANTIPHOLUS.—Allons au Centaure. Tirons-en nos bagages; je languis d’être sain et sauf à bord.

DROMIO.—Non, restez ici cette nuit; sûrement on ne nous fera aucun mal. Vous avez vu qu’on nous parle amicalement, qu’on nous a donné de l’or; il me semble que c’est une si bonne nation, que sans cette montagne de chair folle, qui me réclame le mariage, je me sentirais assez d’envie de rester ici toujours, et de devenir sorcier.

ANTIPHOLUS.—Je ne resterais pas ce soir pour la valeur de la ville entière: allons-nous-en pour faire porter notre bagage à bord.

(Ils sortent.)

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

ACTE CINQUIÈME

SCÈNE I

La scène se passe dans une rue, devant un monastère.

Entrent LE MARCHAND ET ANGELO.

ANGELO.—Je suis fâché, monsieur, d’avoir retardé votre départ. Mais je vous proteste que la chaîne lui a été livrée par moi, quoiqu’il ait la malhonnêteté inconcevable de le nier.

LE MARCHAND.—Comment cet homme est-il considéré dans la ville?

ANGELO.—Il jouit d’une réputation respectable, d’un crédit sans bornes, il est fort aimé: il ne le cède à aucun citoyen de cette ville: sa parole me répondrait de toute ma fortune quand il le voudrait.

LE MARCHAND.—Parlez bas: c’est lui, je crois, qui se promène là.

(Entre Antipholus de Syracuse.)

ANGELO.—C’est bien lui: et il porte à son cou cette même chaîne qu’il a juré, par un parjure insigne, n’avoir pas reçue. Monsieur, suivez-moi, je vais lui parler.—(A Antipholus.) Seigneur Antipholus, je m’étonne que vous m’ayez causé cette honte et cet embarras, non sans nuire un peu à votre propre réputation. Me nier d’un ton si décidé, avec des serments, cette chaine-là même que vous portez à présent si ouvertement! Outre l’accusation, la honte et l’emprisonnement que vous m’avez fait subir, vous avez encore fait tort à cet honnête ami, qui, s’il n’avait pas attendu l’issue de notre débat, aurait mis à la voile, et serait actuellement en mer. Vous avez reçu cette chaine de moi: pouvez-vous le nier?

ANTIPHOLUS.—Je crois que je l’ai reçue de vous: je ne l’ai jamais nié, monsieur.

ANGELO.—Ob! vous l’avez nié, monsieur, et avec serment encore.

ANTIPHOLUS.—Qui m’a entendu le nier et jurer le contraire?

LE MARCHAND.—Moi que vous connaissez, je l’ai entendu de mes propres oreilles: fi donc! misérable; c’est une honte qu’il vous soit permis de vous promener là où s’assemblent les honnêtes gens.

ANTIPHOLUS.—Vous êtes un malheureux de me charger de pareilles accusations: je soutiendrai mon honneur et ma probité contre vous, et tout à l’heure, si vous osez me faire face.

LE MARCHAND.—Je l’ose, et je te défie comme un coquin que tu es.

(Ils tirent l’épée pour se battre.)
(Entrent Adriana, Luciana, la courtisane et autres.)

ADRIANA, accourant.—Arrêtez, ne le blessez pas; pour l’amour de Dieu! il est fou.—Que quelqu’un se saisisse de lui: ôtez-lui son épée.—Liez Dromio aussi, et conduisez-les à ma maison.

DROMIO.—Fuyons, mon maître, fuyons; au nom de Dieu, entrez dans quelque maison. Voici une espèce de prieuré: entrons, ou nous sommes perdus.

(Antipholus de Syracuse et Dromio entrent dans le couvent.) (L’abbesse parait.)

L’ABBESSE.—Silence, braves gens: pourquoi vous pressez-vous en foule à cette porte?

ADRIANA.—Je viens chercher mon pauvre mari qui est fou. Entrons, afin de pouvoir le lier comme il faut, et l’emmener chez lui pour se rétablir.

ANGELO.—Je le savais bien qu’il n’était pas dans son bon sens.

LE MARCHAND.—Je suis fâché maintenant d’avoir tiré l’épée contre lui.

L’ABBESSE.—Depuis quand est-il ainsi possédé?

ADRIANA.—Toute cette semaine il a été mélancolique, sombre et chagrin, bien, bien différent de ce qu’il était naturellement: mais jusqu’à cette après-midi, sa fureur n’avait jamais éclaté dans cet excès de frénésie.

L’ABBESSE.—N’a-t-il point fait de grandes pertes par un naufrage? enterré quelque ami chéri? Ses yeux n’ont-ils pas égaré son coeur dans un amour illégitime? C’est un péché très-commun chez les jeunes gens qui donnent à leurs yeux la liberté de tout voir: lequel de ces accidents a-t-il éprouvé?

ADRIANA.—Aucun; si ce n’est peut-être le dernier. Je veux dire quelque amourette qui l’éloignait souvent de sa maison.

L’ABBESSE.—Vous auriez dû lui faire des remontrances.

ADRIANA.—Eh! je l’ai fait.

L’ABBESSE.—Mais pas assez fortes.

ADRIANA.—Aussi fortes que la pudeur me le permettait.

L’ABBESSE.—Peut-être en particulier.

ADRIANA.—Et en public aussi.

L’ABBESSE.—Oui, mais pas assez.

ADRIANA.—C’était le texte de tous nos entretiens: au lit, il ne pouvait pas dormir tant je lui en parlais. A table, il ne pouvait pas manger tant je lui en parlais. Étions-nous seuls, c’était le sujet de mes discours. En compagnie, mes regards le lui disaient souvent: je lui disais encore que c’était mal et honteux.

L’ABBESSE.—Et de là il est arrivé que cet homme est devenu fou: les clameurs envenimées d’une femme jalouse sont un poison plus mortel que la dent d’un chien enragé. Il parait que son sommeil était interrompu par vos querelles; voilà ce qui a rendu sa tête légère. Vous dites que les repas étaient assaisonnés de vos reproches; les repas troublés font les mauvaises digestions, d’où naissent le feu et le délire de la fièvre. Et qu’est-ce que la fièvre sinon un accès de folie! Vous dites que vos criailleries ont interrompu ses délassements; en privant l’homme d’une douce récréation, qu’arrive-t-il? la sombre et triste mélancolie qui tient de près au farouche et inconsolable désespoir; et à sa suite une troupe hideuse et empestée de pâles maladies, ennemies de l’existence. Être troublé dans ses repas, dans ses délassements, dans le sommeil qui conserve la vie, il y aurait de quoi rendre fous hommes et bêtes. La conséquence est donc que ce sont vos accès de jalousie qui ont privé votre mari de l’usage de sa raison.

LUCIANA.—Elle ne lui a jamais fait que de douces remontrances, lorsque lui, il se livrait à la fougue, à la brutalité de ses emportements grossiers. (A sa soeur.) Pourquoi supportez-vous ces reproches sans répondre?

ADRIANA.—Elle m’a livrée aux reproches de ma conscience.—Bonnes gens, entrez, et mettez la main sur lui.

L’ABBESSE.—Non; personne n’entre jamais dans ma maison.

ADRIANA.—Alors, que vos domestiques amènent mon mari.

L’ABBESSE.—Cela ne sera pas non plus: il a pris ce lieu pour un asile sacré: et le privilège le garantira de vos mains, jusqu’à ce que je l’aie ramené à l’usage de ses facultés, ou que j’aie perdu mes peines en l’essayant.

ADRIANA.—Je veux soigner mon mari, être sa garde, car c’est mon office; et je ne veux d’autre agent que moi-même: ainsi laissez-le moi ramener dans ma maison.

L’ABBESSE.—Prenez patience: je ne le laisserai point sortir d’ici que je n’aie employé les moyens approuvés que je possède, sirops, drogues salutaires, et saintes oraisons, pour le rétablir dans l’état naturel de l’homme: c’est une partie de mon voeu, un devoir charitable de notre ordre; ainsi retirez-vous, et laissez-le ici à mes soins.

ADRIANA.—Je ne bougerai pas d’ici, et je ne laisserai point ici mon mari. Il sied mal à votre sainteté de séparer le mari et la femme.

L’ABBESSE.—Calmez-vous: et retirez-vous, vous ne l’aurez point.

(L’abbesse sort.)

LUCIANA.—Plaignez-vous au duc de cette indignité.

ADRIANA.—Allons, venez: je tomberai prosternée à ses pieds, et je ne m’en relève point que mes larmes et mes prières n’aient engagé Son Altesse à se transporter en personne au monastère, pour reprendre de force mon mari à l’abbesse.

LE MARCHAND.—L’aiguille de ce cadran marque, je crois, cinq heures. Je suis sûr que dans ce moment le duc lui-même va se rendre en personne dans la sombre vallée, lieu de mort et de tristes exécutions, derrière les fossés de cette abbaye.

ANGELO.—Et pour quelle cause y vient-il?

LE MARCHAND.—Pour voir trancher publiquement la tête à un respectable marchand de Syracuse qui a eu le malheur d’enfreindre les lois et les statuts de cette ville, en abordant dans cette baie.

ANGELO.—En effet, les voilà qui viennent: nous allons assister à sa mort.

LUCIANA, à sa soeur.—Jetez-vous aux pieds du duc, avant qu’il ait passé l’abbaye.

(Entrent le duc avec son cortège, Ægéon, la tête nue, le bourreau, des gardes et autres officiers.)

LE DUC, à un crieur public.—Proclamez encore une fois publiquement que s’il se trouve quelque ami qui veuille payer la somme pour lui, il ne mourra point, tant nous nous intéressons à son sort!

ADRIANA, se jetant aux genoux du duc.—Justice, très-noble duc, justice contre l’abbesse.

LE DUC.—C’est une dame vertueuse et respectable: il n’est pas possible qu’elle vous ait fait tort.

ADRIANA.—Que Votre Altesse daigne m’écouter: Antipholus, mon époux,—que j’ai fait le maître de ma personne et de tout ce que je possédais, sur vos lettres pressantes,—a, dans ce jour fatal, été attaqué d’un accès de folie des plus violents. Il s’est élancé en furieux dans la rue (et avec lui son esclave, qui est aussi fou que lui), outrageant les citoyens, entrant de force dans leurs maisons, emportant avec lui bagues, joyaux, tout ce qui plaisait à son caprice. Je suis parvenue à le faire lier une fois, et je l’ai fait conduire chez moi, pendant que j’allais réparer les torts que sa furie avait commis çà et là dans la ville. Cependant, je ne sais par quel moyen il a pu s’échapper, il s’est débarrassé de ceux qui le gardaient, suivi de son esclave forcené comme lui; tous deux poussés par une rage effrénée, les épées hors du fourreau, nous ont rencontré, et sont venus fondre sur nous; ils nous ont mis en fuite, jusqu’à ce que pourvus de nouveaux renforts nous soyons revenus pour les lier; alors ils se sont sauvés dans cette abbaye, où nous les avons poursuivis. Et voilà que l’abbesse nous ferme les portes, et ne veut pas nous permettre de le chercher, ni le faire sortir, afin que nous puissions l’emmener. Ainsi, très-noble duc, par votre autorité, ordonnez qu’on l’amène et qu’on l’emporte chez lui, pour y recevoir des secours.

LE DUC.—Votre mari a servi jadis dans mes guerres; et je vous ai engagé ma parole de prince, lorsque vous l’avez admis à partager votre lit, de lui faire tout le bien qui pourrait dépendre de moi.—Allez, quelqu’un de vous, frappez aux portes de l’abbaye, et dites à la dame abbesse de venir me parler: je veux arranger ceci, avant de passer outre.

(Entre un domestique.)

LE DOMESTIQUE.—O ma maîtresse, ma maîtresse, courez vous cacher et sauvez vos jours. Mon maître et son esclave sont tous deux lâchés: ils ont battu les servantes l’une après l’autre et lié le docteur, dont ils ont flambé la barbe avec des tisons allumés32; et à mesure qu’elle brûlait, ils lui ont jeté sur le corps de grands seaux de fange infecte, pour éteindre le feu qui avait pris à ses cheveux. Mon maître l’exhorte à la patience, tandis que son esclave le tond avec des ciseaux, comme un fou33; et sûrement, si vous n’y envoyez un prompt secours, ils tueront à eux deux le magicien.

Niote 32: (retour)Cette risible circonstance devait trouver place ici dans une comédie; mais, proh pudor! on la retrouve dans le plus classique de tous les poètes, au milieu des horreurs du carnage d’une bataille:

Obvius ambustum torrem Corynæus ab ord Corripit, et venienti Ebuso, plagamque ferenti Occupat os flammis: olli ingens barba reluxit, Nidoremque ambusta dédit.

VIRGILE, Enéide, livre XII, v. 298.

Niote 33: (retour) «Peut-être était-ce la coutume de raser la tête aux idiots et aux fous.» STEEVENS. «On trouve, dans les lois ecclésiastiques d’Alfred, une amende de 10 shillings contre celui qui aurait, par injure, tondu un homme du peuple comme un fou.» TOLLET.

ADRIANA.—Tais-toi, imbécile: ton maître et son valet sont ici; et tout ce que tu nous dis là est un conte.

LE DOMESTIQUE.—Ma maîtresse, sur ma vie, je vous dis la vérité. Depuis que j’ai vu cette scène, je suis accouru presque sans respirer. Il crie après vous, et il jure que s’il peut vous saisir, il vous grillera le visage et vous défigurera. (On entend des cris à l’intérieur.) Écoutez, écoutez: je l’entends; fuyez, ma maîtresse, sauvez-vous.

LE DUC, à Adriana.—Venez, restez, n’ayez aucune crainte.—Défendez-la de vos hallebardes.

ADRIANA, voyant entrer Antipholus d’Éphèse.—O dieux! c’est mon mari! Vous êtes témoins, qu’il reparaît ici comme un invisible esprit. Il n’y a qu’un moment, que nous l’avons vu entrer dans cette abbaye; et le voilà maintenant qui arrive d’un autre côté: cela dépasse l’intelligence humaine!

(Entrent Antipholus et Dromio d’Éphèse.)

ANTIPHOLUS.—Justice! généreux duc; oh! accordez-moi justice! Au nom des services que je vous ai rendus autrefois, lorsque je vous ai couvert de mon corps dans le combat et que j’ai reçu de profondes blessures pour sauver votre vie, au nom du sang que j’ai perdu alors pour vous, accordez-moi justice.

ÆGÉON.—Si la crainte de la mort ne m’ôte pas la raison, c’est mon fils Antipholus que je vois, et Dromio.

ANTIPHOLUS.—Justice, bon prince, contre cette femme que voilà! Elle, que vous m’avez donnée vous-même pour épouse, elle m’a outragé et déshonoré par le plus grand et le plus cruel affront. L’injure qu’elle m’a fait aujourd’hui sans pudeur dépasse l’imagination.

LE DUC.—Expliquez-vous, et vous me trouverez juste.

ANTIPHOLUS.—Aujourd’hui même, puissant duc, elle a fermé sur moi les portes de ma maison, tandis qu’elle s’y régalait avec d’infâmes fripons34.

Niote 34: (retour) Harlots, mot applicable également aux fripons et aux filles.

LE DUC.—Voilà une faute grave: répondez, femme: avez-vous agi ainsi?

ADRIANA.—Non, mon digne seigneur:—Moi, lui et ma soeur, nous avons dîné ensemble aujourd’hui. Malheur sur mon âme, si l’accusation dont il me charge n’est pas fausse!

LUCIANA.—Que je ne revoie jamais le jour, que je ne dorme jamais la nuit, si elle ne dit à Votre Altesse la pure vérité!

ANGELO.—O femme parjure! elles rendent toutes deux de faux témoignages. Sur ce point le fou les accuse justement.

ANTIPHOLUS.—Mon souverain, je sais ce que je dis. Je ne suis point troublé par les vapeurs du vin, ni égaré par le désordre de la colère, quoique les injures que j’ai reçues puissent faire perdre la raison à un homme plus sage que moi: cette femme m’a enfermé dehors aujourd’hui, et je n’ai pu rentrer pour dîner: cet orfèvre que vous voyez, s’il n’était pas d’accord avec elle, pourrait en rendre témoignage: car il était avec moi alors: il m’a quitté pour aller chercher une chaîne, promettant de me l’apporter au Porc-Épic, où Baltasar et moi avons dîné ensemble: notre dîner fini, et lui ne revenant point, je suis allé le chercher: je l’ai rencontré dans la rue, et ce marchand en sa compagnie: là ce parjure orfèvre m’a juré effrontément que j’avais aujourd’hui reçu de lui une chaîne, que, Dieu le sait! je n’ai jamais vue: et pour cette cause, il m’a fait arrêter par un sergent! J’ai obéi, et j’ai envoyé mon valet à ma maison chercher de certains ducats: il est revenu, mais sans argent. Alors, j’ai prié poliment l’officier de m’accompagner lui-même jusque chez moi. En chemin, nous avons rencontré ma femme, sa soeur, et toute une troupe de vils complices: ils amenaient avec eux un certain Pinch, un malheureux au maigre visage, à l’air affamé, un squelette décharné, un charlatan, un diseur de bonne aventure, un escamoteur râpé, un misérable nécessiteux, aux yeux enfoncés, au regard rusé, une momie ambulante. Ce dangereux coquin a osé se donner pour un magicien; me regardant dans les yeux, me tâtant le pouls, me bravant en face, lui qui à peine a un visage, et il s’est écrié que j’étais possédé, Aussitôt ils sont tous tombés sur moi, ils m’ont garotté, m’ont entraîné, et m’ont plongé, moi et mon valet, tous deux liés, dans une humide et ténébreuse cave de ma maison. À la fin, rongeant mes liens avec mes dents, je les ai rompus; j’ai recouvré ma liberté, et je suis aussitôt accouru ici près de Votre Altesse: je la conjure de me donner une ample satisfaction pour ces indignités et les affronts inouïs qu’on m’a fait souffrir.

ANGELO.—Mon prince, d’après la vérité, mon témoignage s’accorde avec le sien en ceci, c’est qu’il n’a pas dîné chez lui, mais qu’on lui a fermé la porte.

LE DUC.—Mais lui avez-vous livré on non la chaîne en question?

ANGELO.—Il l’a reçue de moi, mon prince; et lorsqu’il courait dans cette rue, ces gens-là ont vu la chaîne à son cou.

LE MARCHAND.—De plus, moi je ferai serment que, de mes propres oreilles, je vous ai entendu avouer que vous aviez reçu de lui la chaîne, après que vous l’aviez nié avec serment sur la place du Marché; et c’est à cette occasion que j’ai tiré l’épée contre vous: alors vous vous êtes sauvé dans cette abbaye que voilà, d’où vous êtes, je crois, sorti par miracle.

ANTIPHOLUS.—Je ne suis jamais entré dans l’enceinte de cette abbaye; jamais vous n’avez tiré l’épée contre moi; jamais je n’ai vu la chaîne: j’en prends le ciel à témoin! Et tout ce que vous m’imputez-là n’est que mensonge.

LE DUC.—Quelle accusation embrouillée! Je crois que vous avez tous bu dans la coupe de Circé. S’il était entré dans cette maison, il y aurait été, s’il était fou, il ne plaiderait pas sa cause avec tant de sang-froid.—Vous dites qu’il a dîné chez lui; l’orfèvre le nie.—Et toi, maraud, que dis-tu?

DROMIO.—Prince, il a dîné avec cette femme au Porc-Épic.

LA COURTISANE.—Oui, mon prince, il a enlevé de mon doigt cette bague que vous lui voyez.

ANTIPHOLUS.—Cela est vrai, mon souverain; c’est d’elle que je tiens cette bague.

LE DUC, à la courtisane.—L’avez-vous vu entrer dans cette abbaye?

LA COURTISANE.—Aussi sur, mon prince, qu’il l’est que je vois Votre Grâce.

LE DUC.—Cela est étrange!—Allez, dites à l’abbesse de se rendre ici: je crois vraiment que vous êtes tous d’accord ou complètement fous!

(Un des gens du duc va chercher l’abbesse.)

ÆGÉON.—Puissant duc, accordez-moi la liberté de dire un mot. Peut-être vois-je ici un ami qui sauvera ma vie et payera la somme qui peut me délivrer.

LE DUC.—Dites librement, Syracusain, ce que vous voudrez.

ÆGÉON, à Antipholus.—Votre nom, monsieur, n’est-il pas Antipholus? et n’est-ce pas là votre esclave Dromio?

DROMIO d’Éphèse.—Il n’y a pas encore une heure, monsieur, que j’étais son esclave lié: mais lui, je l’en remercie, il a coupé deux cordes avec ses dents; et maintenant je suis Dromio et son esclave, mais délié.

ÆGÉON.—Je suis sur que tous deux vous vous souvenez de moi.

DROMIO d’Éphèse.—Nous nous souvenons de nous-mêmes, monsieur, en vous voyant; car il y a quelques instants que nous étions liés, comme vous l’êtes à présent. Vous n’êtes pas un malade de Pinch, n’est-ce pas, monsieur?

ÆGÉON, à Antipholus.—Pourquoi me regardez-vous comme un étranger? Vous me connaissez bien.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je ne vous ai jamais vu de ma vie, jusqu’à ce moment.

ÆGÉON.—Oh! le chagrin m’a changé depuis la dernière fois que vous m’avez vu: mes heures d’inquiétude, et la main destructrice du temps ont gravé d’étranges traces sur mon visage. Mais dites-moi encore, ne reconnaissez-vous pas ma voix?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Non plus.

ÆGÉON.—Et toi, Dromio?

DROMIO d’Éphèse.—Ni moi, monsieur, je vous l’assure.

ÆGÉON.—Et moi je suis sûr que tu la reconnais.

DROMIO d’Éphèse.—Oui, monsieur? Et moi je suis sûr que non; et ce qu’un homme vous nie, vous êtes maintenant tenu de le croire.

ÆGÉON.—Ne pas reconnaître ma voix! O temps destructeur! as-tu donc tellement déformé et épaissi ma langue, dans le court espace de sept années, que mon fils unique, que voici, ne puisse reconnaître ma faible voix où résonnent les rauques soucis! Quoique mon visage, sillonné de rides, soit caché sous la froide neige de l’hiver qui glace la sève, quoique tous les canaux de mon sang soient gelés, cependant un reste de mémoire luit dans la nuit de ma vie; les flambeaux à demi consumés de ma vue ont encore quelque pâle clarté; mes oreilles assourdies me servent encore un peu à entendre, et tous ces vieux témoins (non, je ne puis me tromper) me disent que tu es mon fils Antipholus.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je n’ai jamais vu mon père de ma vie.

ÆGÉON.—Il n’y a pas encore sept ans, jeune homme, tu le sais, que nous nous sommes séparés à Syracuse; mais peut-être, mon fils, as-tu honte de me reconnaître dans l’infortune?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Le duc, et tous ceux de la ville qui me connaissent, peuvent attester avec moi que cela n’est pas vrai; je n’ai jamais vu Syracuse de ma vie.

LE DUC.—Je t’assure, Syracusain, que depuis vingt ans que je suis le patron d’Antipholus, jamais il n’a vu Syracuse: je vois que ton grand âge et ton danger troublent ta raison.

(Entre l’abbesse, suivie d’Antipholus et de Dromio de Syracuse.)

L’ABBESSE.—Très-puissant duc, voici un homme cruellement outragé.

(Tout le peuple s’approche et se presse pour voir.)

ADRIANA.—Je vois deux maris, ou mes yeux me trompent.

LE DUC.—Un de ces deux hommes est sans doute le génie de l’autre; il en est de même de ces deux esclaves. Lequel des deux est l’homme naturel, et lequel est l’esprit? Qui peut les distinguer?

DROMIO de Syracuse.—C’est moi, monsieur, qui suis Dromio; ordonnez à cet homme-là de se retirer.

DROMIO d’Éphèse.—C’est moi, monsieur, qui suis Dromio, permettez que je reste.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—N’es-tu pas Ægéon? ou es-tu son fantôme?

DROMIO de Syracuse.—O mon vieux maître! qui donc l’a chargé ici de ces liens?

L’ABBESSE.—Quel que soit celui qui l’a enchaîné, je le délivrerai de sa chaîne; et je regagnerai un époux en lui rendant la liberté. Parlez, vieil Ægéon, si vous êtes l’homme qui eut une épouse jadis appelée Emilie, qui vous donna à la fois deux beaux enfants, oh! si vous êtes le même Ægéon, parlez, et parlez à la même Emilie!

ÆGÉON.—Si je ne rêve point, tu es Emilie; si tu es Emilie, dis-moi où est ce fils qui flottait avec toi sur ce fatal radeau?

L’ABBESSE.—Lui et moi, avec le jumeau Dromio, nous fûmes recueillis par des habitants d’Épidaure; mais un moment après, de farouches pêcheurs de Corinthe leur enlevèrent de force Dromio et mon fils, et me laissèrent avec ceux d’Épidaure. Ce qu’ils devinrent depuis, je ne puis le dire; moi, la fortune m’a placée dans l’état où vous me voyez.

LE DUC.—Voici son histoire de ce matin qui commence à se vérifier; ces deux Antipholus, ces deux fils si ressemblants, et ces deux Dromio, tous les deux si pareils; et puis ce que cette femme ajoute de son naufrage!—Voilà les parents de ces enfants que le hasard réunit, Antipholus, tu es venu d’abord de Corinthe?

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Non, prince; non pas moi: je suis venu de Syracuse.

LE DUC.—Allons, tenez-vous à l’écart; je ne peux vous distinguer l’un de l’autre.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Je suis venu de Corinthe, mon gracieux seigneur.

DROMIO d’Éphèse.—-Et moi avec lui.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Conduit dans cette ville par le célèbre duc Ménaphon, votre oncle, ce guerrier si fameux.

ADRIANA.—Lequel des deux a dîné avec moi aujourd’hui?

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Moi, ma belle dame.

ADRIANA.—Et n’êtes-vous pas mon mari?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Non, à cela je dis non.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Et j’en conviens avec vous; quoiqu’elle m’ait donné ce titre….., et que cette belle demoiselle, sa soeur, que voilà, m’ait appelé son frère.—Ce que je vous ai dit alors, j’espère avoir un jour l’occasion de vous le prouver, si tout ce que je vois et que j’entends n’est pas un songe.

ANGELO.—Voilà la chaîne, monsieur, que vous avez reçue de moi.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—Je le crois, monsieur; je ne le nie pas.

ANTIPHOLUS d’Éphèse, à Angelo.—Et vous, monsieur, vous m’avez fait arrêter pour cette chaîne.

ANGELO.—Je crois que oui, monsieur; je ne le nie pas.

ADRIANA, à Antipholus d’Éphèse.—Je vous ai envoyé de l’argent, monsieur, pour vous servir de caution par Dromio; mais je crois qu’il ne vous l’a pas porté.

(Désignant Dromio de Syracuse.)

DROMIO de Syracuse.—Non, point par moi.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—J’ai reçu de vous cette bourse de ducats; et c’est Dromio, mon valet, qui me l’a apportée: je vois à présent que chacun de nous a rencontré le valet de l’autre, j’ai été pris pour lui, et lui pour moi; et de là sont venues ces Méprises.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—J’engage ici ces ducats pour la rançon de mon père, que voilà.

LE DUC.—C’est inutile, je donne la vie à votre père.

LA COURTISANE, à Antipholus d’Éphèse.—Monsieur, il faut que vous me rendiez ce diamant.

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Le voilà, prenez-le, et bien des remerciements pour votre bonne chère.

L’ABBESSE.—Illustre duc, veuillez prendre la peine d’entrer avec nous dans cette abbaye: vous entendrez l’histoire entière de nos aventures. Et vous tous qui êtes assemblés en ce lieu, et qui avez souffert quelque préjudice des erreurs réciproques d’un jour, venez, accompagnez-nous, et vous aurez pleine satisfaction.—Pendant vingt-cinq ans entiers, j’ai souffert les douleurs de l’enfantement à cause de vous, mes enfants, et ce n’est que de cette heure que je suis enfin délivrée de mon pesant fardeau.—Le duc, mon mari, et mes deux enfants, et vous, les calendriers de leur naissance, venez avec moi à une fête d’accouchée; à de si longues douleurs doit succéder une telle nativité.

LE DUC.—De tout mon coeur; je veux jaser comme une commère à cette fête.

(Sortent le duc, l’abbesse, Ægéon, la courtisane, le marchand et la suite.)

DROMIO de Syracuse, à Antipholus d’Éphèse.—Mon maître, irai-je reprendre abord votre bagage?

ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Dromio, quel bagage à moi as-tu donc embarqué?

DROMIO de Syracuse.—Tous vos effets, monsieur, que vous aviez à l’auberge du Centaure.

ANTIPHOLUS de Syracuse.—C’est à moi qu’il veut parler: c’est moi qui suis ton maître, Dromio; allons, viens avec nous: nous pourvoirons à cela plus tard: embrasse ici ton frère, et réjouis-toi avec lui.

(Les deux Antipholus sortent.)

DROMIO de Syracuse.—Il y a à la maison de votre maître une grosse amie qui, aujourd’hui à dîner, m’a encuisiné, en me prenant pour vous. Ce sera désormais ma soeur, et non ma femme.

DROMIO d’Éphèse.—Il me semble que vous êtes mon miroir, au lieu d’être mon frère. Je vois dans votre visage que je suis un joli garçon.—Voulez-vous entrer pour voir leur fête?

DROMIO de Syracuse.—Ce n’est pas à moi, monsieur, à passer le premier: vous êtes mon aîné.

DROMIO d’Éphèse.—C’est une question: comment la résoudrons-nous?

DROMIO de Syracuse.—Nous tirerons à la courte paille pour la décider. Jusque-là, passez devant.

DROMIO d’Éphèse.—Non, tenons-nous ainsi. Nous sommes entrés dans le monde comme deux frères: entrons ici la main dans la main, et non l’un devant l’autre.

(Ils sortent.)

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.Die Irrungen,
oder
die doppelten Zwillinge,

William Shakespeare

ein Lustspiel.

Übersetzt von Christoph Martin Wieland

Personen.

Salinus, Herzog von Ephesus.
Aegeon, ein Kauffmann von Syracus.
Antipholis von Ephesus und Antipholis von Syracus, Zwillings-Brüder
und Söhne von Aegeon und Aemilia, aber einander unbekannt.
Dromio von Ephesus und Dromio von Syracus, Zwillings-Brüder und
Sclaven der beyden Antipholis.
Balthasar, ein Kauffmann.
Angelo, ein Goldschmidt.
Zween andre Kauffleute.
Dr. Zwik, ein Schulmeister und Beschwörer.
Aemilia, Aegeons Weib, eine Abbtißin zu Ephesus.
Adriana, des Antipholis von Ephesus Weib.
Eine Courtisane.
Luciana, Ihre Schwester.
Kerkermeister, Gerichtsdiener, Trabanten, und andre stumme Personen.

Die Scene ist zu Ephesus.

Erster Aufzug.

Erste Scene.
(Des Herzogs Palast.)
(Der Herzog von Ephesus, Aegeon, ein Kerkermeister, und einige vom
Gefolge des Herzogs treten auf.)

Aegeon.
Säume dich nicht länger, Salinus, durch den Ausspruch meines
Urtheils, meinem unglüklichen Leben ein Ende zu machen.

Herzog.
Kauffmann von Syracus, sage nichts mehr zu deiner Verantwortung;
ich kan zum Nachtheil des Gesezes nicht partheylich seyn. Das
neuliche grausame Verfahren euers Herzogs gegen einige Kauffleute,
unsre getreue Unterthanen, welche, weil sie nicht Gold genug hatten
ihr Leben loszukaufen, sein strenges Gesez mit ihrem Blute
besiegelt haben, schließt alles Erbarmen aus unsern dräuenden
Bliken aus. Denn seitdem diese verderbliche Zwietracht zwischen
deinen aufrührischen Landsleuten und uns ausgebrochen, ist in der
allgemeinen Versammlung des Volks, sowol von den Syracusern als von
uns, beschlossen worden, keine Handlung noch Gemeinschaft zwischen
unsern feindseligen Städten zu erlauben; noch mehr, welcher
gebohrne Epheser sich auf den Märkten und Jahrsmessen von Syracus
betreten läßt, der stirbt; und hinwieder, welcher gebohrne
Syracuser in der Bay von Ephesus gefunden wird, der stirbt, und
seine Güter werden zu Handen des Staats eingezogen; es sey dann,
daß er tausend Mark zu seinem Lösegeld bezahlen könne. Nun belauft
sich alles was du hast, nach der äussersten Schazung, kaum auf
hundert Mark; du bist also nach dem Geseze zum Tode verdammt.

Aegeon.
Mein Trost ist, daß die Vollziehung euers Worts noch vor Sonnen-
Untergang auch meinen Unglüks-Fällen ein Ende machen wird.

Herzog.
Gut, Syracuser, erzähl’ uns kürzlich die Ursache, warum du deine
väterliche Heimath verlassen hast, und warum du hieher nach Ephesus
gekommen bist.

Aegeon.
Eine schwerere Verrichtung könnte mir nicht auferlegt werden, als
daß ich von meinem unaussprechlichen Kummer reden soll. Jedoch,
damit die Welt erkenne, daß der natürliche Lauf der menschlichen
Zufälle, und nicht irgend ein scheußliches, die Rache der Götter
aufforderndes Verbrechen, mir dieses unglükliche Ende zuzieht; so
will ich sagen, was mein Schmerz mir zu sagen Vermögen lassen wird.
Zu Syracus ward ich gebohren, und mit einem Weibe vermählt, die
mich glüklich machte, und es durch mich selbst gewesen wäre, wenn
ein feindseliges Schiksal die Dauer unsrer Glükseligkeit gestattet
hätte. Mit ihr lebt’ ich vergnügt; mein Vermögen nahm durch
beglükte Reisen zu, die ich häuffig nach Epidamnum machte; bis der
Tod meines Factors, und die Sorge für meine Güter, die dadurch ohne
Aufsicht gelassen worden, mich aus den Umarmungen meiner Gattin riß.
Ich war noch nicht volle sechs Monat von ihr entfernt, als sie
(obgleich zu einer Zeit, da sie unter der angenehmen Straffe ihres
Geschlechts schmachtete,) Anstalten machte, mir nachzufolgen, und
bald und glüklich anlangte wo ich war. Sie war nicht lange da, so
wurde sie eine freudenvolle Mutter von zween hübschen Knaben, die
einander so wundersam gleich sahen, daß es unmöglich war, sie
anders, als durch Namen zu unterscheiden. In eben dieser Stunde und
an dem nemlichen Ort, ward eine arme Frau gleichfalls von zween
männlichen Zwillingen entbunden, die einander eben so gleich sahen;
diese kaufte ich ihren Eltern ab, denn es waren bettelarm Leute,
und zog sie auf, daß sie meinen Söhnen aufwarten sollten. Mein Weib,
die auf zween solche Knaben nicht wenig stolz war, drang täglich
in mich, unsre Heimreise zu beschleunigen; ich willigt’ endlich,
wiewol ungern ein, und wir giengen, ach allzubald! zu Schiffe. Wir
hatten kaum eine Meile von Epidamnum fortgesegelt, als ein
plözlicher Sturm den Tag verdunkelnd, uns nur noch so viel düstres
Licht übrig ließ als nöthig war, unsern erschroknen Augen die
Gewißheit des unvermeidlichen Todes zu zeigen. Ich, für meinen
eignen Theil, würde mich willig darein ergeben haben; aber das
herzrührende Jammern eines geliebten Weibes, und das Geschrey ihrer
holdseligen Kinder, die, ohne zu wissen was sie fürchten sollten,
nur weinten, weil sie ihre Mutter weinen sahen, nöthigte mich auf
Rettung oder wenigstens auf einige Frist für sie und mich zu denken;
und diß war es, denn kein anders Mittel hatt’ ich nicht. Das
Schiffs-Volk suchte seine Rettung in unserm Boot, und überließ uns
das Schiff, welches schon zum Versinken reif war. Mein Weib, für
ihren Erstgebohrnen am meisten besorgt, hatte ihn an einen
vorräthigen dünnen Mastbaum gebunden, dergleichen die Seeleute zur
Vorsorge mit sich zu nehmen pflegen; zu ihm wurde einer von den
andern beyden Zwillingen gebunden, indessen daß ich mit den übrigen
beyden das nemliche that. Nachdem wir nun die Kinder solchergestalt
besorgt hatten, banden wir uns, mein Weib und ich, die Augen auf
den Gegenstand unsrer zärtlichen Sorgen geheftet, jedes an das
andere Ende des Mastbaums, und überliessen uns so den Wellen, von
denen unser Schiff, wie uns däuchte, nach Corinth getrieben wurde.
Endlich zerstreute die Sonne das Gewölke, und die See wurde wieder
ruhiger; da entdekten wir bey ihrem wohlthätigen Licht zwey Schiffe,
die auf uns zusegelten, eines von Corinth, und das andre von
Epidaurus; aber eh sie zu uns kamen–o, zwingt mich nicht
fortzufahren! Errathet das Folgende aus dem Vorhergehenden.

Herzog.
Nein, fahre fort, alter Mann, brich deine Erzählung nicht so ab;
wenn wir dich nicht retten können, so können wir doch Erbarmniß mit
dir haben.

Aegeon.
O hätten die Götter das gethan, so hätt’ ich keine Ursach, sie
unbarmherzig gegen uns zu nennen. Wir waren nur wenige Meilen noch
von diesen Schiffen entfernt, als unser hülfloses Schiff, durch
einen plözlichen Stoß an einen im Meer verborgnen Felsen mitten
entzwey geschmettert wurde. Das Glük, welches mein Weib und mich
auf eine so ungerechte Weise schied, ließ einem jeden was uns
zugleich Freude und Kummer machte. Ihr Theil, der armen Seele!
Vermuthlich weil er leichter beladen war, wurde vom Wind schneller
vorwärts getrieben, und alle drey wurden in meinem Gesicht, von
Corinthischen Fischern, wie mir dauchte, aufgefangen. Endlich
bemächtigte sich ein andres Schiff meiner auch; ich fand bekannte
Freunde darinn, welche sich freuten, daß sie uns in einer solchen
Noth hatten Hülfe leisten können; sie würden auch, mir zu lieb, die
Fischer ihrer Beute gerne beraubt haben; allein da ihre Barke
schlecht besegelt war, mußten sie es aufgeben, und richteten ihren
Lauf der Heimat zu–Und nun habt ihr gehört was mich meiner
Glükseligkeit beraubt hat, und durch was für Unfälle mein Leben nur
dazu verlängert worden ist, daß ich klägliche Geschichten erzählen
kan, von denen mein eignes Unglük der Innhalt ist.

Herzog.
Um derer willen, um welche du traurest, erzeige mir die
Gefälligkeit, und melde noch, wie es ihnen und dir ferner ergangen
ist.

Aegeon.
Mein jüngster Sohn bekam als er achtzehn Jahre hatte, ein heftiges
Verlangen, seinen Bruder aufzusuchen, und ließ nicht nach, biß ich
ihm erlaubte sich auf den Weg zu machen, und seinen Diener (der in
dem gleichen Fall wie er, und seines Bruders beraubt war, aber den
Namen desselben, wie mein Sohn den Namen seines ältern Bruders,
behalten hatte,) zu seiner Gesellschaft mitzunehmen. Ich wagte also
einen geliebten Sohn, den ich hatte, um denjenigen zu finden, den
ich nicht hatte; und verlohr dadurch beyde. Fünf Sommer hab’ ich
schon angewandt, um sie in dem fernsten Griechenland zu suchen, und
nachdem ich durch alle Gegenden von Asien auf- und niedergeschwärmt,
kam ich endlich nach Ephesus, zwar ohne Hoffnung sie da zu finden,
aber doch entschlossen, weder diesen noch irgend einen andern von
Menschen bewohnten Ort undurchsucht zu lassen. Allein hier muß ich
die Geschichte meines Lebens enden, und der Tod würde mir
willkommen seyn, wenn ich von allen meinen Reisen nur soviel
erhalten hätte, daß ich von ihrem Leben versichert wäre.

Herzog.
Unglüklicher Aegeon, den die Göttinnen des Geschikes dazu bestimmt
haben, den äussersten Grad der grausamsten Widerwärtigkeiten zu
erfahren; glaube mir, wär’ es nicht gegen unsre Geseze, (welche
Fürsten, wenn sie auch wollten, nicht vernichten können,) wär’ es
nicht gegen meine Crone, meinen Eid, und meine Würde, mein Herz
würde keinen Augenblik verziehen, der Regung Plaz zu geben, die
darinn für dich spricht. Allein, ob dich gleich ein
unwiderrufflicher Spruch zum Tode verurtheilt, so will ich doch
soviel zu deiner Rettung thun, als mir Macht gelassen ist; ich
schenke dir also noch diesen Tag, Kauffmann, damit du dein Leben
durch andrer Beyhülfe zu erhalten suchen könnest; stelle alle
Freunde, die du in Ephesus haben magst, auf die Probe; bettle oder
borge soviel als du nöthig hast, um dein Lösegeld voll zu machen,
und lebe; wo nicht, so bist du verurtheilt zu sterben.–
Kerkermeister, nimm ihn in deine Aufsicht.

(Der Herzog und Gefolge gehen ab.)

Kerkermeister.
Ich will, Gnädigster Herr.

Aegeon.
Hülf- und hoffnunglos geht Aegeon, um das Ende seines Lebens einen
Tag später zu sehen.

(Aegeon und Kerkermeister gehen ab.)

Zweyte Scene.
(Antipholis von Syracus, ein Kauffmann und Dromio treten auf.)

Kauffmann.
Wenn ihr nicht wollt, daß euer Geld sogleich wieder verlohren sey,
so gebt aus, ihr seyd von Epidamnum. Erst diesen nemlichen Morgen
ist ein Syracusischer Kauffmann hier eingezogen worden, und weil er
nicht im Stande war, sein Leben loszukauffen, so muß er nach unserm
Gesez noch vor Sonnen Untergang sterben. Hier ist euer Geld, das
ihr bey mir hinterlegt hattet.

Antipholis.
Geh, Dromio, trag es in den Centaur, wo wir unser Quartier genommen
haben; warte dort bis ich komme, in einer Stunde wird es
Mittagessens-Zeit seyn. Ich will indessen die Stadt in Augenschein
nehmen, mit den Kauffleuten Bekanntschaft machen, die Gebäude
anschauen, und dann in mein Wirthshaus zurükkommen und schlafen;
denn ich bin von langwierigen Reisen ganz steiff und müde. Geh
deiner Wege.

Dromio.
Mancher würde euch beym Worte nehmen, und mit einem so hübschen
Reisegeld seines Wegs gehen.

(Dromio geht ab.)

Antipholis.
Er ist ein ehrlicher Schurke, mein Herr, der mich, wenn ich
niedergeschlagen und melancholisch bin, mit seinen närrischen
Einfällen oft wieder aufgeräumt macht. Wie ists, wollt ihr nicht
mit mir in der Stadt herum gehen, und hernach in meinem Gasthof mit
mir zu Mittag essen?

Kauffmann.
Mein Herr, ich bin zu etlichen andern Kauffleuten bestellt, von
denen ich einen ansehnlichen Profit zu machen hoffe; ihr werdet
mich also entschuldiget halten. Sobald es fünfe geschlagen hat,
will ich euch, wenn es beliebig ist, auf dem Markt wieder antreffen,
und euch dann bis zur Schlafzeit Gesellschaft leisten. Dißmal
ruffen mich meine Geschäfte von euch ab.

Antipholis.
Lebet wohl bisdahin; ich will indeß allein herumgehen, und die
Stadt besehen.

Kauffmann.
Mein Herr, ich überlaß’ euch euerm eignen Vergnügen.

(Der Kauffmann geht ab.)

Dritte Scene.

Antipholis.
Wer mich meinem eignen Vergnügen überläßt, überläßt mich einem Ding,
daß ich nirgends finden kan. Ich bin in der Welt wie ein Tropfen
Wassers, der im Ocean einen andern Tropfen suchen will, und indem
er hineinfallt sich selbst verliehrt, ohne den andern zu finden. So
geht es unglüklicher Weise auch mir; indem ich eine Mutter und
einen Bruder suchen will, verliehr’ ich mich selbst. (Dromio von
Ephesus tritt auf.) Hier kommt mein Kerl wieder–Was hat das zu
bedeuten?Warum kommst du sobald wieder zurük?

Dromio von Ephesus.
Sobald wieder zurük! Sagt vielmehr: Warum findst du mich so spät?
Der Capaun dorrt aus, das Spanferkel fällt vom Spieß ab, die Gloke
hat zwölfe geschlagen; meine Frau machte, daß es auf meinem Baken
eins wurde; sie ist so heiß, weil das Essen kalt wird; das Essen
wird kalt, weil ihr nicht heim kommt; ihr kommt nicht heim, weil
ihr keinen Appetit habt; ihr habt keinen Appetit, weil ihr eure
Fasten gebrochen habt; und wir, welche wissen was fasten und beten
ist, wir müssen nun dafür büssen, daß ihr gesündigt habt.

Antipholis.
Spare deinen Athem, junger Herr; sage mir erst, ich bitte dich, wo
du das Geld gelassen hast, das ich dir gab?

Dromio von Ephesus.
Oh–Die drey Bazen, die ich Mittwochs kriegte, um den Sattler für
den Schwanz-Riemen an meiner Frauen ihrem Pferd zu bezahlen?Der
Sattler hat sie, Herr; ich habe sie nicht behalten.

Antipholis.
Ich bin izt in keinem spaßhaften Humor; sag’ mir ohne zu schäkern,
wo ist das Geld?Wie unterstehst du dich, an einem Orte wo wir
fremde sind, eine so grosse Summe aus deiner eignen Verwahrung zu
geben?

Dromio von Ephesus.
Ich bitte euch Herr, scherzet wenn ihr bey Tische sizt. Meine Frau
hat mich in gröster Eile geschikt euch zu suchen; wenn ihr nicht
gleich kommt, wird es mein Schedel entgelten müssen; mir däucht,
euer Magen sollte, wie der meinge, eure Gloke seyn, und euch ohne
einen Boten heimschlagen.

Antipholis.
Komm, Dromio, komm, diese Possen sind izt zur Unzeit, spare sie auf
eine lustigere Stunde. Wo ist das Gold, das ich dir aufzuheben gab?

Dromio von Ephesus.
Mir, Herr?Wie, ihr habt mir kein Gold gegeben.

Antipholis.
Hey da, Herr Spizbube, hör auf den Narren zu treiben, und sag mir,
wie hast du deinen Auftrag besorgt?

Dromio von Ephesus.
Mein Auftrag war, euch von dem Markt nach Hause zu holen, in den
Phönix, Herr, zum Mittag-Essen, meine Frau und ihre Schwester
warten auf euch.

Antipholis.
Nun, so wahr ich ein Christ bin, antworte mir wo du mein Geld
hingethan hast, oder ich werde dir diesen kurzweiligen Kragen
umdrehen, der so unzeitigen Spaß treibt wenn es mir nicht gelegen
ist; wo sind die tausend Mark, die du von mir empfangen hast?

Dromio von Ephesus.
Ich hab’ einige Marken von euch auf meinem Kopf, und einige Marken
von meiner Frauen auf meinen Schultern; aber von tausend Mark
ausser diesen weiß ich nichts. Wenn ich sie Euer Gestreng wieder
zurükzahlen würde, so würdet ihr’s vielleicht nicht geduldig tragen.

Antipholis.
Deiner Frauen Marken?Welcher Frauen, Schurke?Was hast du für eine
Frau?

Dromio von Ephesus.
Euer Gestreng eigne Frau, meine Frau zum Phönix; Sie, welche fasten
muß, bis ihr nach Hause kommt, und betet, daß ihr bald kommen möget.

Antipholis.
Wie, willt du mich so ins Gesicht für deinen Narren haben, und
dir’s nicht wehren lassen?Da nimm das, Herr Schurke.

(Er giebt ihm Schläge.)

Dromio von Ephesus.
Was denkt ihr, Herr?Um Gottes willen, haltet eure Hände–Nein,
wenn ihr nicht wollt, Herr, so will ich meine Füsse brauchen —

(Er geht ab.)

Antipholis.
So wahr ich lebe, der Bube ist durch irgend einen schlimmen Streich
um mein Geld gebracht worden. Man sagt, diese Stadt sey voller
Spizbuben-Gesindel*, als, Taschenspieler, so die Augen betrügen,
Zauberer, so durch magische Getränke das Gemüth zerrütten, und
Hexen, so den Leib verunstalten; verkleidete Beutelschneider,
geschwäzige Marktschreyer, und wer weiß was noch mehr für
dergleichen Leute die sich alles erlaubt halten; wenn es so ist, so
will ich desto schneller heimgehen. Ich will in den Centaur, und
diesen Schurken aufsuchen, ich sorge, mein Geld ist nicht wol
verwahrt.

{ed.-* Diß war der Character, den die Alten von dieser Stadt geben.
Daher das gemeine Sprüchwort: Ejesia alexijarmaka, so auch beym
Menander, wo Ejesia grammata in dem nemlichen Sinn vorkommt.
Warburton.}

(Er geht ab.)

Zweyter Aufzug.

Erste Scene.
(Das Haus des Antipholis von Ephesus.)
(Adriana und Luciana treten auf.)

Adriana.
Weder mein Mann noch mein Sclave kommt zurük, den ich doch so
eilfertig seinem Herrn entgegen geschikt habe?ganz gewiß, Luciana,
es ist schon zwey Uhr.

Luciana.
Vielleicht ist er vom Markte weg, mit irgend einem Kauffmann, der
ihn eingeladen hat, zum Mittag-Essen gegangen; meine liebe
Schwester, wir wollen essen, und uns nicht deßwegen grämen. Ein
Mann ist Herr über seine Freyheit, und hat keinen andern Herrn als
seine Gelegenheit; sie kommen und gehen, je nachdem es ihnen
gelegen ist; und da es nun einmal so ist, so seyd geduldig,
Schwester.

Adriana.
Warum sollen sie mehr Freyheit haben, als wir?

Luciana.
Weil ihre meisten Geschäfte ausser dem Hause ligen.

Adriana.
Seht, wenn ich ihn auf diesen Fuß bedienen will, nimmt er’s übel.

Luciana.
Oh, ihr müßt wissen, daß er der Zaum euers Willens ist.*

{ed.-* Der Zusammenhang ligt hier in den Reimen, worinn
dieser Dialogus im Original geschrieben ist.}

Adriana.
Nur Esel werden sich gutwillig so zäumen lassen.

Luciana.
Es ist nichts unter dem Himmel, das nicht in der Erde, in der See,
oder in der Luft einem andern unterworfen sey. Die Fische, die
Thiere und die Vögel sind ihren Männlein unterworfen, und stehen
unter ihrem Gebott; der göttlichere Mensch, Herr über sie alle,
Beherrscher dieser weiten Welt und des Oceans, der sie umströmt,
mit einer denkenden Seele begabt, die ihn über alle andern Thiere
hinaufsezt, wird nicht in diesem einzigen Stük weniger als sie seyn;
er ist Herr über sein Weib, und ihr rechtmäßiger Gebieter; laßt
euch’s also nicht verdriessen, euern Willen nach dem seinigen zu
stimmen.

Adriana.
Und doch ist es bloß diese Dienstbarkeit, die euch bewegt
unverheurathet zu bleiben.

Luciana.
Nicht diese Unterwürfigkeit, sondern die Unruhen und Sorgen des
Ehebetts.

Adriana.
Aber wenn ihr verheurathet wäret, so wolltet ihr doch auch etwas zu
befehlen haben.

Luciana.
Eh ich die Liebe kennen lerne, will ich mich in der Kunst zu
gehorchen üben.

Adriana.
Aber wie, wenn euer Mann sich gerne ausser dem Hause verweilte?

Luciana.
Ich würde Geduld haben, bis er wieder heim käme.

Adriana.
Eine ungereizte Geduld kan leicht geduldig seyn; es ist keine Kunst
gut zu seyn, wenn man keine Ursache zum Gegentheil hat; wir wollen
haben, daß der Unglükliche, den sein Kummer quält, ruhig bleiben
soll, weil uns sein Geschrey beunruhiget; aber drükte uns die
nemliche Bürde, wir würden eben so viel oder noch mehr klagen als
er. Du, die du keinen unzärtlichen Ehegatten hast, der dich kränkte,
weißst mir keinen andern Trost zu geben, als daß du mich zu
hülfloser Geduld anweisest; aber wir wollen sehen, wie lange du
diese alberne Geduld behalten wirst, wenn du’s erlebst, mein
Schiksal zu erfahren.

Luciana.
Gut, ich will mich einmal auf einen Tag verheurathen um ein Probe
zu machen. Aber hier kommt euer Sclave, sein Herr wird also nicht
weit weg seyn.

Zweyte Scene.
(Dromio von Ephesus zu den Vorigen.)

Adriana.
Sag’, ist dein zaudernder Herr nun bey der Hand?

Dromio von Ephesus.
Nein, er ist mit zwo Händen bey mir, und davon sind meine zwey
Ohren Zeugen.

Adriana.
Sag’, redtest du mit ihm?Sagt’ er dir seine Meynung?

Dromio von Ephesus.
Ja, ja, er sagte mir seine Meynung auf mein Ohr; Dank seiner Hand;
es wurde mir sauer sie zu begreiffen.

Luciana.
Sprach er so zweydeutig, daß du seine Meynung nicht fassen konntest?

Dromio von Ephesus.
Nein, er schlug so gerade zu, daß ich seine Ohrfeigen nur gar zu
gut faßte; und doch sprach er so zweydeutig, daß ich kaum verstehen
konnte, was sie bedeuten sollten.

Adriana.
Aber sag’, ich bitte dich, wird er heim kommen?Es scheint, er
bekümmert sich viel darum, seinem Weib gefällig zu seyn.

Dromio.
Versichert, Frau, mein Herr ist nicht recht gescheidt; das hat
seine Richtigkeit; wie ich ihn bat, er möchte heim zum Mittag-Essen
kommen, so fragt’ er mich nach tausend Mark an Gold; es ist
Essenszeit, sagt’ ich; mein Gold, sagt’ er; euer Essen verdorrt,
sagt’ ich; mein Gold, sagt’ er; wollt ihr heim kommen, sagt’ ich;
mein Gold, sagt’ er; wo sind die tausend Mark, die ich dir gab,
Galgenschwengel?Das Ferkel, sagt’ ich, ist ganz verbraten; mein
Gold, sagt’ er. Meine Frau, sagt’ ich; an den Galgen mit deiner
Frau! Ich weiß nicht wer deine Frau ist; zum Henker mit deiner Frau!

Luciana.
Sagte wer?

Dromio.
Sagte mein Herr. Ich weiß nichts, sagt’ er, von keinem Haus, und
von keinem Weib und von keiner Frau, sagt’ er; so daß ich also
meine Commißion, die meiner Zunge aufgegeben werden sollte, Dank
sey ihm! auf meinen Schultern heimtrage; denn mit einem Wort, er
gab mir Schläge.

Adriana.
Geh wieder zurük du Sclave, und hol’ ihn heim.

Dromio.
Geh wieder und laß dich noch einmal prügeln?Ich bitt’ euch
schönstens Frau, schikt einen andern Abgesandten.

Adriana.
Zurük, Sclave, oder ich will dir den Schädel entzweyschlagen.

Dromio.
Und er wird den Bruch mit andern Schlägen wieder ganz machen; das
wird gut gehen.

Adriana.
Pake dich, du wortreicher Schlingel, hohl deinen Herrn heim.

Dromio.
Bin ich dann so rund mit euch als ihr mit mir, daß ihr mich so wie
eine Kugel vor euch her stoßt?Ihr stoßt mich fort, und er wird
mich wieder zurükstossen; wenn ich in einem solchen Dienst
ausdauren soll, müßt ihr ein ledernes Futteral über mich machen
lassen.

(Er geht ab.)

Dritte Scene.

Luciana.
Fy, wie entstellt diese Ungeduld euer Gesicht!

Adriana.
Er kan seinen Liebling seiner angenehmen Gesellschaft nicht
berauben, und ich muß indeß daheim sizen, und zum Verhungern nach
einem freundlichen Blik schmachten. Hat denn das Alter die
anziehende Schönheit schon von meiner armen Wange genommen?Wenn es
ist, so hat Er sie verderbt. Ist mein Gespräch troken, und mein Wiz
stumpf?Seine Unfreundlichkeit ist der harte Marmor, woran er seine
Schärfe verlohren hat. Gefallen ihm andre besser, weil sie schöner
aufgepuzt sind?Das ist nicht mein Fehler; er ist Herr über mein
Vermögen. Was für Ruinen können an mir gefunden werden, die er
nicht gemacht hat?Würde nicht ein einziger sonnichter Blik von ihm,
meine verwelkte Schönheit wieder herstellen?Aber ach! er
verschmäht ein Weib, von der er ohne Maaß geliebt wird, und sucht,
ausser seinem Haus, ein Vergnügen —

Luciana.
Sich selbst peinigende Eifersucht! Fy, jagt sie fort.

Adriana.
Nur gefühllose alberne Tröpfe können bey solchen Beleidigungen
gleichgültig bleiben; ich bin gewiß, seine Augen haben irgendwo
einen andern Gegenstand den sie anbeten. Warum würd’ er sonst nicht
hier seyn?Schwester, ihr wißt, er versprach mir eine goldne Kette.
Wollte der Himmel, es wäre nur das was er mir vorenthielte–Ich
sehe wol, ein Kleinod, so schön es immer gefaßt seyn mag, verliehrt
endlich seine Schönheit, wenn wir’s immer tragen; und so wie das
Gold selbst, ungeachtet seiner Dauerhaftigkeit, durch beständiges
Berühren sich endlich abnuzt, so ist kein Gemüth so edel, das nicht
durch langwierige Untreu und Falschheit endlich seinen Glanz
verliehre. Wenn meine Schönheit in seinen Augen keinen Reiz mehr
hat, so will ich ihren Rest wegweinen, und weinend sterben.

Luciana.
Was für alberne Geschöpfe kan nicht die Eifersucht aus diesen
verliebten Seelen machen!

(Sie gehen ab.)

Vierte Scene.
(Verwandelt sich in eine Strasse.)
(Antipholis von Syracus tritt auf.)

Antipholis.
Das Gold, das ich dem Dromio gab, ist im Centaur sicher verwahrt;
und der allzu sorgfältige Tropf ist weggegangen, um mich zu suchen,
aus Besorgniß, es möchte mir etwas zugestossen seyn. Wenn ich die
Umstände der Zeit und meines Wirths Erzählung mit einander
vergleiche, so kan ich den Dromio nicht gesprochen haben, seitdem
ich ihn zuerst vom Markte fortschikte. Ha, hier kömmt er eben recht.
(Dromio von Syracus tritt auf.) Wie gehts, junger Herr?Seyd ihr
noch so spaßhaft?Wenn ihr Liebhaber von Ohrfeigen seyd, so treibt
wieder den Narren mit mir. Ihr wißt nichts vom Centaur?Ihr habt
kein Gold empfangen?Eure Frau schikte euch, mich zum Mittag-Essen
nach Hause zu ruffen?Mein Haus war zum Phönix?Warst du toll, daß
du mir so unsinnige Antworten gabst?

Dromio von Syracus.
Was für Antworten, Herr?Wenn sagt’ ich dergleichen?

Antipholis.
Nur eben, nur eben, es ist noch keine halbe Stunde.

Dromio von Syracus.
Hab ich euch doch bis izt mit keinem Auge gesehen, seitdem ihr mich
mit dem Golde, so ihr mir gabt, in den Centaur schiktet.

Antipholis.
Galgenschwengel, du leugnetest ja, daß du das Gold empfangen habest,
und redtest mir von einer Frau, und von einem Mittag-Essen; doch
ich hoffe, du hast gefühlt, wie wohl es mir gefallen hat.

Dromio von Syracus.
Es erfreut mich, euch in so gutem Humor zu sehen. Was soll dieser
Scherz bedeuten, ich bitte euch, Herr, sagt mir’s?

Antipholis.
Wie, du spottest mir noch ins Gesicht?denkst du ich spasse?Halt,
nimm das, und das.

(Er giebt ihm Schläge.)

Dromio von Syracus.
Haltet ein, Herr, ums Himmels willen, izt fühl’ ich’s, daß aus
euerm Spaß Ernst wird, aber warum gebt ihr mir diese Schläge, wenn
man fragen darf?

Antipholis.
Weil ich zuweilen vertraulich genug mit dir umgehe, dich für meinen
Lustigmacher zu gebrauchen, und Spaß mit dir treibe, so treibst du
die Unverschämtheit so weit, meine Gütigkeit zu mißbrauchen, und
mir deine Possen auch in meinen ernsthaften Stunden aufzudrängen.
Wenn die Sonne scheint, mögen gaukelnde Müken ihre Kurzweile
treiben; aber sie sollen in Spalten kriechen, wenn sie ihre Stralen
verbirgt: Wenn du mit mir spassen willst, so sieh erst wie ich
aussehe, und richte dein Betragen nach meinen Bliken ein; oder ich
will dir diese Methode auf eine andre Art einpleuen.*

{ed.-* Hier sind im Original einige Wortspiele, die man lieber
weggelassen hat, da sie an sich selbst frostig genug sind; und
wenn sie auch noch das Verdienst des Doppelsinns, den sie nur in
der Original-Sprache haben, verliehren, unerträglich werden. Man
hat es mit dem grösten übrigen Theil dieser Scene eben so gemacht,
wo Dromio alle seine ungeheure Menge Wiz in Wortspielen ausläßt,
die seinen Herrn, und vermuthlich auch die Zeitgenossen unsers
Poeten eben so sehr belustigten, als sie unserm verwöhnten Geschmak
albern und ekelhaft vorkommen.}

Dromio.
Ich will euch diese Mühe gern ersparen, wenn ihr mir nur in gutem
Ernst sagen wollt, warum ihr mich geschlagen habt.

Antipholis.
Weist du’s noch nicht?

Dromio.
Nichts, Herr, als daß ihr mich geschlagen habt.

Antipholis.
Soll ich dir sagen warum?

Dromio.
Ja, Herr, und weßwegen?Denn man pflegt zu sagen, jedes Warum hat
sein Weßwegen.

Antipholis.
Für’s erste, Warum, weil du meiner gespottet hast; und dann
Weßwegen, weil du es mir das zweyte mal weggeläugnet hast.

Dromio von Syracus.
Ich begreiffe weder euer Warum noch euer Weßwegen, noch eure
Ohrfeigen–Nun gut, Herr, ich danke euch.

Antipholis.
Du dankst mir?Wofür?

Dromio von Syracus.
Mein Six, Herr, für das Etwas so ihr mir um Nichts gegeben habt.

Antipholis.
Ich will es mit nächsten wieder gut machen, und dir Nichts für
etwas geben. Aber sag’, ist es Mittagessens-Zeit?

Dromio von Syracus.
Nein, Herr, ich glaub’, es fehlt dem Essen etwas das ich habe.

Antipholis.
Mit Erlaubniß, was mag das seyn?

Dromio von Syracus.
Daß es nicht genug beträuft ist.**

{ed.-** Der Einfall ligt im Original in der Zweydeutigkeit
des Worts (basting), welches zugleich eine Tracht Schläge, und das
Beträuffen, dessen was am Spieß gebraten wird, bedeutet.}

Antipholis.
Gut, Bursche, so wird es troken seyn.

Dromio von Syracus.
Wenn es so ist, so bitt’ ich euch, esset nichts davon.

Antipholis.
Warum?

Dromio von Syracus.
Weil es euch cholerisch machen, und mir noch eine andre Tracht
Schläge zuziehen würde.

Antipholis.
Gut, junger Herr, lernt eure Zeit wol in Acht nehmen, wenn ihr
spassen wollt; ein jedes Ding hat seine Zeit.

Fünfte Scene.
(Adriana und Luciana zu den Vorigen.)

Adriana.
Ja, ja, Antipholis, sieh nur fremde und verdrieslich aus, eine
andre Gebieterin hat deine zärtlichen Blike: ich bin nicht mehr
Adriana, noch dein Weib. Es war eine Zeit, da du ungeheissen
schwurest, daß keine Worte Musik in deinem Ohr seyen, als die ich
rede; daß kein Gegenstand dein Aug entzüke, als mein Anblik; daß
keine andre Berührung deiner Hand willkommen sey, als die meinige–
Wie kommt es dann izt, mein Gemal, o sage wie kommt es, daß du so
fremde gegen dich selbst worden bist–Gegen dich selbst nenn’ ich
es, da du es gegen mich bist, die auf eine so unzertrennliche Art
dir einverleibt bin, daß ich mehr bin als der größre Theil von dir
selbst. Eher könntest du einen Tropfen Wassers in die tieffe See
fallen lassen, und unvermengt mit andern eben diesen Tropfen wieder
zurüknehmen; als dich von mir losreissen, ohne mich mitzunehmen.
Wie sehr würd’ es dich bis in die Seele kränken, wenn du nur hören
würdest, daß ich ausgelassen sey, und daß dieser dir allein
geheiligte Leib durch unkeusche Lust besudelt würde! Würdest du
mich nicht anspeyen, nicht mit Füssen stossen, und mir den Namen
eines Ehmanns ins Gesicht werfen, und die beflekte Haut von meiner
Huren-Stirne reissen, und von meiner treulosen Hand den Trauring
abhauen, und ihn mit einem auf ewig uns scheidenden Gelübde
zerbrechen?Ich weiß du kanst es, also thu es auch–ich bin mit
einem ehebrecherischen Fleken beschmizt; mein Blut ist mit dem
Schmuz der Unzucht vermengt; denn wenn wir beyde eins sind, und du
untreu wirst, so theilst du mir das Gift mit, das in deinen Adern
schäumt, und machst mich durch Anstekung zur Hure. O so kehre dann
zu deiner Pflicht zurük, und bleibe deinem keuschen Bette getreu,
damit ich unbeflekt lebe, und du unentehrt.

Antipholis.
Klagt ihr über mich, schönes Frauenzimmer?Ich kenne euch ja nicht.
Ich bin in Ephesus kaum zwoo Stunden alt, und mit eurer Stadt so
unbekannt als mit euern Reden. Ich strenge allen meinen Wiz
vergeblich an, nur ein Wort von allem dem was ihr mir sagtet, zu
verstehen.

Luciana.
Fy, Bruder, was für eine Veränderung ist das bey euch?Wenn wart
ihr gewohnt, meiner Schwester so zu begegnen; Sie schikte den
Dromio, euch zum Mittag-Essen heim zu holen.

Antipholis.
Den Dromio?

Dromio von Syracus.
Mich?

Adriana.
Ja dich, und du brachtest uns zurük, daß er dir Maulschellen
gegeben, und unter den Maulschellen mein Haus und mich als sein
Weib verläugnet habe.

Antipholis.
Habt ihr mit diesem Frauenzimmer gesprochen?Was für ein
Verständniß habt ihr mit ihr, und was soll die Absicht davon seyn?

Dromio von Syracus.
Ich, Herr, ich habe sie meine Tage nie gesehen als izt.

Antipholis.
Du lügst, du Galgenschwengel; denn du brachtest mir ihre eigensten
Worte auf den Markt.

Dromio von Syracus.
Ich habe sie in meinem Leben nie gesprochen.

Antipholis.
Woher kan sie uns denn bey unsern Namen nennen, es wäre dann, daß
sie einen Wahrsager-Geist hätte?

Adriana.
Wie übel steht es euerm Character an, eine so niederträchtige
Comödie mit euerm Sclaven zu spielen, um meiner auf eine grobe Art
ins Gesicht zu spotten?Ich bin beleidigt genug, daß ihr so
entfremdet von mir seyd; häuffet euer Unrecht nicht noch durch
einen solchen Grad von Verachtung. Komm, laß mich um deine Schläfe
mich winden; du bist eine Ulme, mein lieber Mann, und ich eine
schwache Rebe, die mit deinem stärkern Stamm vermählt, an deiner
Stärke Antheil nimmt, ohne sie zu vermindern; alles was dich von
mir trennen will, ist Unkraut, diebischer Epheu und unnüzes Mooß,
das sich, wenn es nicht bey Zeiten abgeschnitten wird, bis zu
deinem Mark einfrißt, und von deinem Verderben seine Nahrung zieht.

Antipholis. (bey Seite.)

Sie spricht mir so ernstlich zu, daß ich nicht weiß, was ich
denken oder sagen soll. Bin ich im Traum mit ihr vermählt worden?
Oder schlaf ich izt, und bilde mir ein, daß ich alles diß höre?Was
für ein Irrthum bethört unsre Augen und Ohren?Bis ich erfahren kan,
was ich aus dieser unbegreiflichen Sache machen soll, wird das
sicherste seyn, den günstigen Betrug zu unterhalten.

Luciana.
Dromio, geh, sage den Bedienten, daß sie anrichten.

Dromio von Syracus. (bey Seite.)

Nun, bey meinem Rosenkranz! Ich will das Kreuz machen; Gott sey
bey uns! wir sind im Feen-Land, wir reden mit lauter Kobolten,
Gespenstern und Nacht-Frauen; wenn wir nicht thun was sie haben
wollen, so werden sie uns den Athem aussaugen, und uns braun und
blau zwiken.

Luciana.
Was plauderst du da mit dir selber, und antwortest nicht?Dromio,
du Hummel, du Schneke, du träger Kerl, du Sot!

Dromio von Syracus.
Ich bin verwandelt, Herr, nicht wahr?

Antipholis.
Ich denke du bist’s am Gemüth, wie ich selbst.

Dromio von Syracus.
Nein, Herr, an beydem, an Seel und Leib.

Antipholis.
Du hast deine eigne Gestalt.

Dromio.
Nein, ich bin ein Affe.

Luciana.
Wenn du in etwas verwandelt bist, so ist’s in einen Esel.

Dromio.
Das ist es; sie reitet mich, und es hungert mich nach Gras; es ist
so, ich bin ein Esel, sonst könnt’ es unmöglich seyn, daß ich sie
nicht so gut kennte, als sie mich.

Adriana.
Kommt, kommt, ich will nicht länger ein Narr seyn, und den Finger
in die Augen steken und weinen, indeß daß Herr und Knecht meines
Kummers lachen. Kommt, mein Herr, zum Mittag-Essen; Dromio, hüte
die Thüre. Mein lieber Mann, ich will heut oben mit euch zu Mittag
essen, und ihr sollt mir alle eure kleinen Schelmereyen beichten–
Kerl, wenn jemand nach deinem Herrn fragt, so sag’, er ißt ausser
dem Haus, und laß keinen lebendigen Menschen herein. Kommt,
Schwester; Dromio, sey du ein guter Thürhüter.

Antipholis.
Bin ich auf der Erde, im Himmel oder in der Hölle?Schlafend oder
wachend, verrükt oder bey Sinnen?Diesen Leuten bekannt, und mir
selbst verborgen?Ich will sagen was sie sagen, und es darauf
ankommen lassen, was aus diesem Abentheuer werden mag.

Dromio von Syracus.
Herr, soll ich hier Thürhüter seyn?

Adriana.
Ja, laß niemand herein, oder ich breche dir den Hals.

Luciana.
Kommt, kommt, Antipholis, wir werden spät zu Mittag essen.

(Sie gehen ab.)

Dritter Aufzug.

Erste Scene.
(Die Strasse vor Antipholis Haus.)
(Antipholis von Ephesus, Dromio von Ephesus, Angelo und Balthasar
treten auf.)

Antipholis von Ephesus.
Mein lieber Herr Angelo, ihr müßt uns entschuldigen; meine Frau ist
verdrießlich, wenn ich nicht zur gewöhnlichen Zeit nach Hause komme;
sagt, ich habe mich bey euch in eurer Werkstatt aufgehalten, um
der Arbeit ihrer Kette zuzusehen, und ihr wollet ihr sie morgen
überbringen. Aber hier ist ein Galgenschwengel, der mir ins Gesicht
behaupten will, er habe mich auf dem Markt angetroffen; und ich
hab’ ihm Schläge gegeben, und tausend Mark an Gold von ihm gefodert,
und ich hab’ ihm meine Frau und mein Haus abgeläugnet: Du
besoffener Kerl, du, was meyntest du mit allem diesem Gewäsche?

Dromio von Ephesus.
Sagt was ihr wollt, Herr, ich weiß doch was ich weiß; daß ihr mich
auf dem Markt geschlagen habt, das kan ich mit eurer Hand beweisen;
wäre mein Fell Pergament, und die Ohrfeigen die ihr mir gegeben
habt, Dinte, so würde eure eigne Handschrift sagen was ich denke.

Antipholis von Ephesus.
Ich denke, du bist ein Esel.

Dromio von Ephesus.
Mein Six, das erhellet aus den Schlägen, die ich ohne Ursache
gekriegt habe.

Antipholis von Ephesus.
Ihr seyd düster, Herr Balthasar?Der Himmel gebe, daß unsre
Mahlzeit meinem guten Willen entspreche. Wenn ihr nicht gut
bewirthet werdet, so seyd wenigstens versichert, daß ihr nicht
willkommner seyn könntet.

(Er will die Thür aufmachen.)

Sachte! die Thür ist verriegelt; geh’, Dromio, sag’ ihnen, daß sie
uns einlassen.

Dromio von Ephesus.
Mathilde, Brigitte, Marian, Cäcile, Cathrine, Susanne!

Dromio von Syracus (hinter der Thür.)
Flegel, Schlingel, Bengel, Gek, Mauskopf, Frazen-Gesicht! Entweder
scherr dich von der Thüre, oder siz’ auf die Zaken; was für eine
verzweifelte Menge Menscher beschwörst du da zusammen, da es an
einer zuviel gegen einem ist; scherr dich von der Thür.

Dromio von Ephesus.
Was für ein Flegel ist Thürhüter bey uns worden?Mein Herr wartet
hier auf der Strasse, mach auf.

Dromio von Syracus.
Laß ihn gehn woher er gekommen ist, oder er möchte sich die Füsse,
hier erkälten.

Antipholis von Ephesus.
Wer redt da drinnen?holla; macht die Thür auf.

Dromio von Syracus.
Gleich, Herr, wenn ihr mir nur erst sagen wollt, warum?

Antipholis von Ephesus.
Warum, Schurke?Weil ich zu mittag essen will; ich habe heute noch
nichts gegessen.

Dromio von Syracus.
Und werdet heute auch in diesem Hause nichts zu essen kriegen;
kommt ein ander mal wieder.

Antipholis von Ephesus.
Wer bist du, der mich zu meinem eignen Hause hinausschließt?

Dromio von Syracus.
Der zeitige Thürhüter, Herr, und mein Nam ist Dromio, wenn’s euch
lieb ist.

Dromio von Ephesus.
O du Galgenvogel, hast du mir meinen Namen zusammt meinem Amt
gestohlen?Bist du Dromio?Ich wollte du wärst es heute gewesen; es
war ein Anlas, wo ich meinen Namen wohlfeil gegeben hätte.*

{ed.-* Man ist genöthiget, hier einen guten Theil von kleinen
sinnreichen Reden auszulassen, die zwischen den Bedienten und einer
Magd vorfallen, und in lauter Wortspielen bestehen, so sie einander
zuwerfen.}

(Weil man den Antipholis nicht einlassen will, fangt dieser an
ungeduldig werden, und will die Thür mit Gewalt einstossen, worüber
ein grosser Lerm entsteht.)

Adriana (hinter der Scene.)
Wer ist da vor der Thür, der einen solchen Lermen macht?

Dromio von Syracus.
Bey meiner Six, es giebt böse Buben in eurer Stadt.

Antipholis von Ephesus.
Seyd ihr da, Frau?Ihr hättet wol bälder kommen können.

Adriana.
Eure Frau, Herr Spizbube?Geht, pakt euch von der Thüre fort.

Angelo.
Mein Herr, ich sehe wol, hier ist weder was gutes zu essen, noch
ein freundlicher Willkomm zu haben–wir halten uns vergeblich auf.

Antipholis von Ephesus.
Geh’, hole mir was, daß ich die Thür aufbrechen kan.

Dromio von Syracus.
Versuchts, und brecht hier was, wenn ihr wollt daß ich euch den
Schädel zerbrechen soll.

Antipholis von Ephesus.
Geh’, sag’ ich, hole mir ein Stemm-Eisen —

Balthasar.
Habt Geduld, mein Herr; ich bitte euch, fangt nichts dergleichen an;
ihr würdet einen Anfall auf euren eignen guten Namen thun, und die
nie verlezte Ehre eurer Frauen in Verdacht bringen. Bedenket nur
das; die lange Erfahrung, die ihr von ihrer klugen Aufführung und
von ihrer Tugend habt, ihre bekannte Sittsamkeit, und selbst ihr
geseztes Alter rechtfertigen sie gegen allen Verdacht; es muß
irgend eine gute Ursache seyn, wenn ihr sie gleich nicht wißt,
warum die Thüren dißmal so vor euch verriegelt sind; und zweifelt
nicht, mein Herr, daß sie sich vollkommen deßwegen wird
rechtfertigen können. Folget mir, und zieht euch in Geduld zurük,
und laßt uns alle in den Tyger zum Mittag-Essen gehen, auf den
Abend geht dann allein nach Hause, und erkundigst euch um die
Ursache dieser seltsamen Begebenheit. Wenn ihr mit Gewalt ins Haus
einbrechen wolltet, am hellen Tag und da alle Strassen voller Leute
sind, so würde gleich ein allgemeines Stadt-Mährchen draus werden;
und das könnte, so wie die Welt alles aufs schlimmste auszudeuten
pflegt, eurer Ehre einen Fleken anhängen, der euch bis ins Grab
bleiben könnte.

Antipholis von Ephesus.
Ihr habt mich überzeugt; ich will in der Stille abziehen, und ich
hab’ im Sinn mich lustig zu machen, so wenig ich auch Ursache dazu
habe. Ich kenne ein Weibsbild von unvergleichlichem Umgang, hübsch
und wizig, muthwillig, und doch artig. Dort wollen wir zu Mittag
essen; meine Frau hat mir sie schon oft, aber versichert ohne
Ursache, vorgerupft; wir wollen geh’n und bey ihr zu Mittag essen.
Geht ihr heim, Angelo, und holt die Kette; sie wird izt wol fertig
seyn; bringt sie, ich bitte euch, zum Stachel-Schwein, denn das ist
das Haus; ich will die Kette meiner Wirthin dort geben, und wenn es
auch nur meiner Frauen zum Possen wäre. Säumt euch nicht, mein
werther Herr. Weil meine eigne Thüre mich nicht einlassen will, muß
ich sehen wo ich eine andre offen finde.

Angelo.
Mein Herr, ich will euch in einer oder zwo Stunden daselbst
aufwarten.

Antipholis von Ephesus.
Gut, mein Herr;

(für sich.)

Dieser Spaß wird mich Geld kosten.

(Sie gehen ab.)

Zweyte Scene.
(Das Haus des Antipholis von Ephesus.)
(Luciana und Antipholis von Syracus treten auf.)

Luciana.
Wie, ist denn möglich, daß ihr so plözlich habt vergessen können,
was die Pflicht eines Ehmanns ist?Wie, Antipholis, sollen schon im
Frühling deiner Liebe die Quellen deiner* Liebe vertroknen?Fällt
das Gebäude eurer Liebe schon zusammen, da es kaum aufgeführt ist?
Wenn ihr meine Schwester bloß um ihres Vermögens willen geheurathet
habt, so begegnet ihr, wenigstens um ihres Vermögens willen,
freundlicher; oder wenn ihr irgend eine andre lieber habt, so thut
es doch heimlich; laßt meine Schwester eure Untreu nicht so
deutlich in euern Augen lesen, und macht eure Zunge nicht zum
Redner eurer eignen Schande; seht sie freundlich an, gebt ihr gute
Worte; seyd mit einer guten Art ungetreu, kleidet das Laster wie
einen Hausgenossen der Tugend; nehmt eine schöne Gestalt an, wenn
schon euer Herz besudelt ist; mit einem Wort, seyd heimlich untreu;
wozu braucht Sie es zu wissen?Welcher Dieb ist so einfältig, mit
seinen eignen Streichen zu pralen?Beredet uns wenigstens, uns arme
Weiber, die so leicht zu bereden sind, daß ihr uns liebt; wenn
gleich andre den Arm haben, so zeigt uns wenigstens ein
freundliches Gesicht; wir werden nur von Euch in Bewegung gesezt,
und ihr könnt aus uns machen was ihr wollt. Kommt also wieder mit
mir hinein, mein lieber Bruder; tröstet meine Schwester, thut
freundlich mit ihr, nennt sie euer Weib; wenn es auch nur
Schmeicheley ist, so dient es doch zu ihrer Beruhigung.

{ed.-* Ein Wortspiel mit dem Wort Spring, welches Frühling, und Quelle
heißt.}

Antipholis von Syracus.
Anmuthsvolle Gebieterin, (keinen andern Namen weiß ich euch nicht
zu geben, noch begreiff ich, durch was für ein Wunderwerk ihr den
meinigen entdekt habt,) eure Schönheit und diese Probe eurer
Wissenschaft beweisen beyde, daß ihr eher irgend eine Gottheit als
ein irdisches Wesen seyd; lehre mich, schönste Gestalt, wie ich
denken und wie ich reden soll; entfalte vor meinen zu groben
irdischen, in Irrthum eingehüllten Sinnen, den geheimnisvollen
Inhalt deiner Reden–Warum bemüht ihr euch so sehr, mich in einem
unbekannten Feld irre zu führen?Seyd ihr eine Göttin?Wollt ihr
mich neu erschaffen?So verwandelt mich dann, ich unterwerffe mich
eurer Macht. Aber so lang ich ich selbst bin, weiß ich gewiß, und
es ist umsonst die lautre Wahrheit meiner Seele einer Falschheit
anzuklagen, daß eure weinende Schwester mein Weib nicht ist, und
daß ich keine von diesen Pflichten ihr schuldig bin, die ihr mir
einschärfet. Warum wollt ihr mich dann nöthigen sie zu lieben, da
mein Herz weit stärker, weit stärker zu euch gezogen wird?O, loke
mich nicht, holdes Meer-Mädchen, durch dein Zauberlied, um in der
Thränenfluth deiner Schwester mich zu ertränken; sing’ für dich
selbst, Syrene, und ich bin lauter Liebe; spreite deine goldnen
Loken über die Silberwellen, und ich will sie zu meinem Bette
machen, und da ligen, und den Tod, den du mir geben wirst, mit
Entzüken annehmen.

Luciana.
Wie, seyd ihr wahnwizig, daß ihr so schwärmt?

Antipholis von Syracus.
Nicht wahnwizig, aber geblendet; wie, weiß ich selbst nicht.

Luciana.
Der Fehler ligt in euern Augen.

Antipholis von Syracus.
Weil ich zu lang, o schöne Sonne, in eure Stralen schaute.

Luciana.
Schaut wohin ihr sollt, das wird euer Gesicht wieder aufklären.

Antipholis von Syracus.
Das ist soviel, meine süsse Liebe, als ob ihr mir befählet, in die
Nacht zu schauen.

Luciana.
Warum nennt ihr mich, Liebe?Nennt meine Schwester so.

Antipholis von Syracus.
Deiner Schwester Schwester.

Luciana.
Das ist meine Schwester.

Antipholis.
Nein, das bist du selbst, die bessere Helfte des meinigen, das Auge
meiner Augen, und meines Herzens theureres Herz; meine Nahrung,
mein Glük und mein Anspruch an den Himmel.

Luciana.
Alles diß ist meine Schwester, oder sollt es doch seyn.

Antipholis von Syracus.
Nenne dich selbst Schwester, meine Liebe, denn ich meyne dich; dich
will ich lieben, und mit dir mein Leben leben. Du hast noch keinen
Mann; ich noch kein Weib; gieb mir deine Hand.

Luciana.
O, sachte, mein Herr, haltet noch ein wenig ein; ich will nur
vorher meine Schwester holen, damit sie ihre Einwilligung geben kan.

(Luciana geht ab.)

Dritte Scene.
(Dromio von Syracus, (über die Bühne lauffend.)

Antipholis von Syracus.
He, holla, Dromio, wohin laufst du so eilig?

Dromio von Syracus.
Kennt ihr mich dann, Herr?Bin ich Dromio?Bin ich euer Knecht?Bin
ich ich selbst?

Antipholis von Syracus.
Du bist Dromio, mein Knecht, und du selbst.

Dromio von Syracus.
Ich bin ein Esel, eines Weibes Mann, und ausser mir selbst.

Antipholis von Syracus.
Was für eines Weibes Mann, und wie ausser dir selbst?

Dromio von Syracus.
Meiner Six, Herr, in so fern ich ausser mir selbst bin, gehör’ ich
einem Weib an; einer, die Ansprüche an mich macht, die mir
allenthalben nachläuft, und mich haben will.

Antipholis von Syracus.
Was für Ansprüche macht sie an dich?

Dromio von Syracus.
Sapperment, Herr, so einen Anspruch wie ihr auf euer Pferd machen
könnt; einen recht bestialischen Anspruch; denn ich müßte nichts
geringere als ein Stier seyn, wenn ihr Anspruch gültig wäre, so
ähnlich ist sie einer Kuh aus Flandern.

Antipholis von Syracus.
Wer ist es dann?

Dromio von Syracus.
Eine sehr respectable Person, Herr; eine Person, von der man nicht
reden darf, ohne zu sagen: Mit Respect. Ich mache nur ein sehr
mageres Glük, wenn ich den Handel eingehe, und doch ist sie eine
erstaunlich fette Parthey.

Antipholis von Syracus.
Was meynst du damit?

Dromio von Syracus.
Sapperment, Herr, sie ist das Küchen-Mensch und lauter Schmeer; ich
wüßte nicht was man aus ihr machen könnte als eine Lampe, um bey
ihrem eignen Licht vor ihr davon zu lauffen. Ich steh’ euch dafür,
ihre Lumpen und das Talg darinn, würden einen Lapländischen Winter
lang brennen.

Antipholis.
Wie heißt sie?

Dromio von Syracus.
Nell, Herr–Aber ihr Name, Herr, und drey Viertel, (das ist eine
Ell und drey Viertel,) reichte noch lange nicht zu, sie von einer
Hüfte zur andern auszumessen.

Antipholis.
Sie ist also räsonnabel breit?

Dromio von Syracus.
Nicht länger vom Kopf zum Fuß als von einer Hüfte zur andern; sie
ist rund wie ein Globus: Ich wollte Länder auf ihr finden.

Antipholis.
Wo wolltest du zum Exempel Irrland finden?

Dromio von Syracus*.
{ed.-* Der Leser wird uns vielleicht eher verzeihen, daß wir ihm die
Antwort des Dromio schuldig bleiben, als daß wir ihn und uns
bereits mit so vielen andern albernen Possen, wovon dieses Stük
wimmelt, geplagt haben. Die Idee von einem Globus hat unserm Autor
so kurzweilig gedäucht, daß Dromio seinem Herrn beynahe alle Länder
des Erdbodens auf dieser seltsamen Weltkugel aufsuchen muß; welches
er dann auf eine so ekelhafte und schmuzige Art thut, als der
Gegenstand ist, der seinem pöbelhaften Wiz diesen schönen Anlas
giebt, sich zu zeigen.}

–Mit einem Wort, diese Unholde machte
Anspruch an mich, nannte mich Dromio, schwur daß ich mit ihr
verheurathet sey, sagte mir was für geheime Merkmale ich an mir
habe, als die Fleken auf meiner Schulter, das Gewächs an meinem
Hals, die grosse Warze an meinem linken Arm; so daß ich voller
Schreken davon lief, weil ich wol sah, daß sie eine Hexe seyn mußte.
Ich glaube, meiner Treu, wenn ich nicht ein so guter Christ wäre,
sie hätte mich in einen Hund ohne Schwanz verwandelt, und mich
gezwungen, die Braten in ihrer Küche zu wenden.

Antipholis von Syracus.
Geh’, so schnell als du kanst, lauf an die Rhede, und wenn irgend
ein Wind vom Ufer wegtreibt, so will ich keine Nacht mehr in dieser
Stadt zubringen. Wenn du ein Schiff findest, das abfahren will, so
komm auf den Markt; ich will dort auf und ab gehen, bis du wieder
kommst; wenn uns jedermann kennt, und wir kennen niemand, so ist es
hohe Zeit, denk’ ich, seinen Bündel zu machen, und davon zu gehen.

(Dromio geht ab.)

Vierte Scene.

Antipholis von Syracus.
Das ist gewiß, daß lauter Zaubervolk hier wohnt, und es ist also
nicht gut, sich hier lang aufzuhalten. Es graut mir in der Seele
vor dem Gedanken, daß diejenige mein Weib seyn sollte, die mich als
ihren Mann anspricht. Aber ihre schöne Schwester hat ein so
unwiderstehlich angenehmes Wesen, und einen so bezaubernden Umgang,
daß sie mich beynahe zum Verräther an mir selbst gemacht hat. Aber
wenn ich mich selbst nicht in Unglück stürzen will, muß ich meine
Ohren gegen den Gesang dieser Syrene verstopfen. (Angelo tritt mit
einer goldnen Kette auf.)

Angelo.
Herr Antipholis–

Antipholis von Syracus.
Ja, so heiß’ ich.

Angelo.
Das weiß ich wohl, mein Herr: seht, hier ist die Kette; ich dachte
ich wollte euch im Stachelschwein antreffen, ich mußte so lange
ausbleiben, weil die Kette noch nicht fertig war.

Antipholis von Syracus.
Was wollt ihr daß ich damit thun soll?

Angelo.
Was ihr selbst wollt, mein Herr; ich habe sie für euch gemacht.

Antipholis von Syracus.
Für mich gemacht, mein Herr?Ich bestellte sie ja nicht.

Angelo.
Nicht ein oder zweymal, wohl zwanzig mal habt ihr sie bestellt,
geht heim und macht eurer Frauen eine Freude damit; gleich nach dem
Nachtessen will ich zu euch kommen, und das Geld dafür abholen.

Antipholis von Syracus.
Ich bitte euch, mein Herr, nehmt das Geld lieber izt ein, ihr
möchtet sonst weder Geld noch Kette wieder sehen.

Angelo.
Es beliebt euch zu spassen, mein Herr; lebet wohl.

(Er geht ab.)

Antipholis von Syracus.
Was ich hievon denken soll, kan ich nicht sagen; aber das denk ich,
es ist niemand so albern, der eine so schöne Kette nicht annehme,
wenn man sie ihm anbietet. Ich sehe wohl, es hat einer hier keine
Kunstgriffe nöthig, um leben zu können, da einem auf der Strasse so
kostbare Geschenke in die Hände lauffen. Ich will nun auf den Markt,
und den Dromio erwarten, und wenn irgend ein Schiff abgeht, auf
und davon!

Vierter Aufzug.

Erste Scene.
(Die Strasse.)
(Ein Kauffmann, Angelo und ein Gerichtsdiener treten auf.)

Kauffmann.
Ihr wißt, die Summe war schon um Pfingsten verfallen, und ich hab’
euch seither nicht viel beunruhiget, und würd’ es auch izt nicht
thun, wenn ich nicht eine Reise nach Persien vor mir hätte, wozu
ich Geld brauche; befriedigt mich also auf der Stelle, oder hier
ist ein Gerichtsdiener, der sich eurer versichern wird.

Angelo.
Die nemliche Summe, die ihr an mich zu fodern habt, ist Antipholis
mir schuldig, für eine goldne Kette, die ich ihm einen Augenblik eh
ich euch antraf, zugestellt hatte; diesen Abend um fünfe soll ich
das Geld davor einnehmen; seyd nur so gut mit mir zu seinem Hause
zu gehen, und ich will euch mit Dank bezahlen. (Antipholis von
Ephesus, und Dromio von Ephesus, kommen aus dem Hause der
Courtisane, und begegnen den Vorigen.)

Gerichtsdiener.
Ihr könnt euch eine Mühe ersparen; seht, da kommt er selbst.

Antipholis von Ephesus.
Indessen ich zum Goldschmidt gehe, geh’ du, und kauf mir ein
hübsches Stük von einem Seil; ich will meine Frau und Compagnie
damit begaben, dafür daß sie mich heut aus dem Haus hinaus gesperrt
haben–Aber sachte, da seh’ ich den Goldschmidt: Geh’ du, und
kauffe den Strik, und bring ihn mir nach Hause.

(Dromio geht ab.)

Antipholis.
Dem ist wohl geholfen, der sich auf euch verläßt; ihr versprachet
mir eure Gegenwart und die Kette; aber es kam weder Kette noch
Goldschmidt; ihr habt vermuthlich gedacht, unsre Freundschaft
möchte zu lange dauren, wenn sie mit einer Kette zusammengebunden
wäre, und darum seyd ihr nicht gekommen.

Angelo.
Mit Erlaubniß des lustigen Humors, worinn ihr heute seyd, hier ist
die Note, wie viel eure Kette auf den äussersten Carath wiegt, die
Feinheit des Goldes, und die mühsame Arbeit; alles beläuft sich auf
drey Ducaten mehr als ich diesem Herrn hier schuldig bin; ich bitte
euch, übernehmet es, ihn sogleich zu befriedigen; er muß über Meer
reisen, und wartet nur um dessentwillen.

Antipholis von Ephesus.
Ich habe nicht so viel baares Geld bey mir, und überdas hab’ ich
Geschäfte in der Stadt; mein lieber Herr, führt den Fremden in mein
Haus, und nehmt die Kette mit euch, und saget meiner Frau, daß sie
euch nach Empfang derselben bezahlen soll; vielleicht bin ich so
bald dort, als ihr.

Angelo.
Wollt ihr also die Kette nicht lieber selbst mitbringen?

Antipholis von Ephesus.
Nein, tragt ihr sie hin, auf den Fall, daß ich etwann nicht früh
genug kommen könnte.

Angelo.
Ganz gut, mein Herr; habt ihr die Kette bey euch?

Antipholis von Ephesus.
Wenn ich sie nicht habe, Herr, so hoff’ ich, ihr habt sie; oder ihr
könnt ohne euer Geld wieder fortgehen.

Angelo.
Nein, mein Herr, ich bitt’ euch, gebt mir die Kette; Wind und Fluth
warten auf diesen Herrn hier, ich darf ihn nicht länger aufhalten.

Antipholis von Ephesus.
Mein guter Herr, ihr wollt vermuthlich mit dieser Schäkerey
entschuldigen, daß ihr euer Wort nicht gehalten und ins
Stachelschwein gekommen seyd: Ich hätte euch deßwegen ausschelten
sollen, aber ihr macht es wie die bösen Weiber; wenn sie Keiffe
verdient haben, so fangen sie zuerst an zu schnurren.

Kauffmann.
Die Zeit verläuft; ich bitte euch, mein Herr, beschleunigt die
Sache.

Angelo.
Ihr hört ja selbst wie er mir’s macht; die Kette —

Antipholis von Ephesus.
Gebt sie meiner Frauen, sag’ ich ja, und laßt euch euer Geld geben.

Angelo.
Kommt, kommt, ihr wißt ja, daß ich sie euch nur erst gegeben habe.
Entweder schikt die Kette, oder gebt mir sonst ein Merkzeichen mit,
wodurch ich mich eurer Frauen legitimiren kan.

Antipholis von Ephesus.
Fy, Herr, ihr treibt den Spaß zu weit; kommt, wo ist die Kette; ich
bitt’ euch, laßt mich sie sehen.

Kauffmann.
Meine Geschäfte können diese Kurzweile nicht aushalten; mein Herr,
erklärt euch, ob ihr mich bezahlen wollt oder nicht; wenn nicht, so
will ich ihn dem Gerichtsdiener überlassen.

Antipholis von Ephesus.
Ich euch bezahlen?Was soll ich euch bezahlen?

Angelo.
Das Geld, so ihr mir für die Kette schuldig seyd.

Antipholis von Ephesus.
Ich bin euch kein Geld schuldig, bis ich die Kette habe.

Angelo.
Ihr wißt, daß ich sie euch vor einer halben Stunde gegeben habe.

Antipholis von Ephesus.
Ihr habt mir nichts gegeben; ihr thut mir Unrecht, wenn ihr das
sagt.

Angelo.
Ihr thut mir grössers Unrecht, Herr, daß ihr’s läugnet; bedenket,
daß mir mein Credit darauf steht.

Kauffmann.
Wohlan, Gerichtsdiener, arretirt ihn auf mein Ansuchen.

Gerichtsdiener.
Ich thu es, und befehl euch hiemit in des Herzogs Namen mir zu
folgen.

Angelo.
Das greift meine Ehre an. Entweder bezahlt das Geld für mich, oder
ich versichre mich eurer durch diesen Gerichtsdiener.

Antipholis von Ephesus.
Ich soll für etwas bezahlen, das ich nie empfangen habe?Laß mich
arretiren, du närrischer Kerl, wenn du das Herz hast.

Angelo.
Gerichtsdiener, hier ist dein Tax; sez’ ihn feste; ich wollte
meines eignen Bruders nicht schonen, wenn er mir so niederträchtig
begegnete.

Gerichtsdiener.
Mein Herr, ich arretire euch; ihr habt gehört, daß es an mich
gefordert wird.

Antipholis von Ephesus.
Ich unterwerfe mich dir, bis ich dir Bürgschaft stellen werde. Aber
ihr, Bursche, sollt mir diesen Spaß so theuer bezahlen, daß alles
Metall in euerm Laden nicht zureichen soll.

Angelo.
Herr, Herr, ich will wol Justiz in Ephesus finden, und ihr werdet
wenig Ehre davon haben, das glaubt mir.

Zweyte Scene.
(Dromio von Syracus zu den Vorigen.)

Dromio von Syracus.
Herr, es ist eine Barke von Epidamnum, die nur noch so lange wartet,
bis der Schiffspatron an Bord kommt, und dann gleich absegelt. Ich
habe unser Gepäke schon an Bord gebracht, und das Oel, den Balsam
und den Aquavit gekauft. Das Schiff ist wohl geladen, es bläßt ein
muntrer Wind vom Land her; und man wartet nur noch auf den Patron
und auf euch.

Antipholis von Ephesus.
Was, zum Henker, bist du toll?Du dummer Schöps, was für ein Schiff
von Epidamnum wartet auf mich?

Dromio von Syracus.
Ein Schiff, worauf ihr mich geschikt habt, unsre Ueberfahrt zu
miethen.

Antipholis von Ephesus.
Du besoffner Schurke, ich schikte dich um ein Seil, und sagte dir,
wozu ich es brauchen wollte.

Dromio von Syracus.
Ich weiß von keinem Seil, ich; ihr schiktet mich an die Rhede, Herr,
um ein Schiff.

Antipholis von Ephesus.
Ich will diese Materie zu einer andern Zeit berichtigen, und deine
Ohren lehren besser aufzumerken, wenn ich dir was sage. Lauf izt
straks zu Adriana, du Galgenvogel, gieb ihr diesen Schlüssel, und
sag’ ihr, in dem Pult, der mit Türkischer Tapezerey überzogen ist,
werde sie einen Beutel mit Ducaten finden, den sie mir schiken soll;
sag’ ihr, ich sey auf der Strasse arretirt worden, und dieses
müsse mich loskauffen; pake dich, Sclave, geh’;–Nur fort,
Gerichtsdiener, ins Gefängniß bis es kommt.

(Sie gehen ab.)

Dromio von Syracus.
Zu Adriana! Das ist ja, wo wir zu Mittag gegessen haben, und wo
Dowsebel mir zumuthete, daß ich ihr Mann seyn müsse; ich hoffe sie
ist zu dik, als daß wir zusammenpassen könnten. Indessen muß ich
doch gehen, weil es mein Herr so haben will.

(ab.)

Dritte Scene.
(Verwandelt sich in des Ephesischen Antipholis Haus.)
(Adriana und Luciana treten auf.)

Adriana.
Ah, Luciana, sezt’ er dir so zu?Sahest du es würklich in seinen
Augen, daß es ihm Ernst war?Sah’ er roth oder blaß aus,
verdrießlich oder aufgeräumt?Was für Beobachtungen machtest du
über die Meteore seines Herzens, die in seinem Gesichte kämpften?

Luciana.
Fürs erste, so läugnete er, daß ihr ein Recht an ihn habet.

Adriana.
Er meynt’, er lasse mir mein Recht nicht wiederfahren.

Luciana.
Hernach schwur er, er sey hier fremde.

Adriana.
Und schwur die Wahrheit, ob er gleich dadurch meineydig wurde.

Luciana.
Und da nahm ich eure Parthey.

Adriana.
Und was sagt’ er dazu?

Luciana.
Die Liebe, um die ich ihn für euch bat, erbat er von mir.

Adriana.
Durch was für Ueberredungen sucht’ er eure Liebe zu gewinnen?

Luciana.
Durch Worte, die bey ehrlichen Absichten hätten bewegen können; er
lobte zuerst meine Schönheit, hernach meinen Verstand.

Adriana.
Redtest du freundlich mit ihm?

Luciana.
Seyd geduldig, ich bitte euch.

Adriana.
Ich kan nicht mehr still halten, ich will nicht; ich will
wenigstens meiner Zunge den Lauf lassen. Er ist ungestalt, krumm-
beinicht, alt und kalt, häßlich, mißgeschaffen, lasterhaft,
ungesittet, albern, grob und unartig; eine Mißgeburt am Leib, und
noch schlimmer am Gemüth.

Luciana.
Wie mögt ihr denn über so einen eifersüchtig seyn?Man beweint den
Verlust eines Uebels nicht, dessen man los worden ist.

Adriana.
Ach! ich denk’ ihn doch besser als ich sage; mein Herz betet für
ihn, ob ihm gleich meine Zunge flucht.

Vierte Scene.
(Dromio von Syracus zu den Vorigen.)

Dromio von Syracus

(ausser Athem.)

Hier, geht; der Pult, der Beutel; ich bitt’ euch, macht hurtig.

Luciana.
Wie bist du so aus dem Athem gekommen?

Dromio von Syracus.
Weil ich stark geloffen bin.

Adriana.
Wo ist dein Herr, Dromio?Ist er wohl?

Dromio von Syracus.
Nein, er ist im Tartar-Limbo, der noch ärger als die Hölle selbst
ist. Ein Teufel in einem immerwährenden Rok hat ihn; einer, dessen
Herz mit Stahl zugeknöpft ist; ein böser Feind, eine unbarmherzige
Furie, ein Wolf, nein, noch was ärgers, ein Kerl über und über in
Büffelsleder; ein Rüken-Freund, ein Schulter-Klopfer, einer der die
Zugänge der Strassen, die Schiff-Länden und enge Pässe besezt;
einer der, vor Gericht, arme Seelen zur Hölle führt; mit einem Wort,
Frau, ein Gerichtsdiener.

Adriana.
Wie, Mann, was ist die Sache?

Dromio von Syracus.
Das weiß ich nicht; aber das weiß ich, daß er im Arrest ist. Wollt
ihr ihm kein Lösegeld schiken, Frau?Das Geld ist in seinem Pult.

Adriana.
Geht, Schwester, holt es.

(Luciana geht ab.)

Das ist wunderbar, daß er Schulden haben soll, wovon ich nichts
weiß! Sag mir, hat man ihn wegen einer Obligation in Verhaft
genommen?

Dromio von Syracus.
Wegen etwas weit stärkerm, wegen einer Kette; einer Kette; hört ihr
sie nicht klingeln?

Adriana.
Was, die Kette?

Dromio von Syracus.
Nein, die Gloke; es ist Zeit, daß ich gehe; es war zwey, da ich ihn
verließ, und nun schlägt die Glok, eins.

Adriana.
Das hab ich nie gehört, daß die Stunden zurük gehen.

Dromio von Syracus.
O ja, wenn eine Stunde einen Gerichtsdiener antrift, so lauft sie
vor Schreken zurük. (Luciana kommt wieder.)

Adriana.
Geh, Dromio; hier ist das Geld, trag es hin, und bring deinen
Herren unmittelbar nach Hause.–Kommt, Schwester, ich weiß nimmer,
wo ich hin denken soll —

(Sie gehen ab.)

Fünfte Scene.
(Verwandelt sich in die Strasse.)
(Antipholis von Syracus tritt auf.)

Antipholis.
Es begegnet mir kein Mensch auf der Strasse, der mich nicht grüsse,
als ob ich längst mit ihm bekannt wäre, und jedermann nennte mich
bey meinem Namen. Einige bieten mir Geld an, andre laden mich ein,
andre danken mir für Höflichkeiten die ich ihnen erwiesen haben
soll; andre tragen mir Sachen zum Kauf an. Diesen Augenblik rief
mir ein Schneider in seine Werkstatt, und zeigte mir einen seidnen
Zeug den er für mich gekauft habe, und wozu er das Maaß von mir
nahm. Es kan nicht anders seyn, es besteht hier alles in lauter
Einbildungen, und es wohnen lauter lapländische Zauberer hier.
(Dromio von Syracus tritt auf.)

Dromio von Syracus.
Herr, hier ist das Geld, warum ihr mich geschikt habt; wie, seyd
ihr von dem neugekleideten Ebenbild des alten Adams los gekommen?

Antipholis von Syracus.
Was für Geld ist das?Und was meinst du für einen Adam?

Dromio von Syracus.
Nicht den Adam der das Paradies hütete, sondern den Adam, der das
Gefängniß hütet; den, der in des Kalbs Fell geht, das für den
verlohrnen Sohn geschlachtet wurde; der, wie ein böser Engel hinter
euch hergeschlichen kam, und euch eure Freyheit vergessen ließ.

Antipholis von Syracus.
Ich verstehe dich nicht.

Dromio von Syracus.
Nicht?die Sache ist doch ganz deutlich; der Kerl, der dahergieng,
wie eine Baßgeige in einem ledernen Ueberzug–* mit einem Wort, den
Gerichtsdiener.

{ed.-* Hier folgen im Original noch etliche sinnreich seyn-sollende
Umschreibungen, die aber in lauter Wortspielen bestehen, so sich
nicht deutsch machen lassen.}

Antipholis von Syracus.
Laß einmal deine unzeitige Schäkereyen, und sag’ mir, hast du ein
Schiff gefunden, das diese Nacht abgeht?

Dromio von Syracus.
Wie, Herr?ich brachte euch ja Nachricht, daß die Barke Expedition
diese Nacht auslauffe, aber ihr wurdet von dem Gerichtsdiener
aufgehalten, euch an Bord zu begeben; hier sind die Engel, nach
denen ihr mich schiktet, um euch zu befreyen.

Antipholis von Syracus.
Der Bursche weiß nicht recht wo ihm der Kopf steht; und so gehts
mir auch; wir irren hier unter lauter Blendwerken herum; irgend ein
guter Geist bring uns unbeschädigt wieder hinweg!

Sechste Scene.
(Die Courtisane zu den Vorigen.)

Courtisane.
Wir treffen einander recht gelegen an, Herr Antipholis. Ich seh’
ihr habt endlich den Goldschmidt gefunden; ist das die Kette, so
ihr mir heute versprochen habt?

Antipholis von Syracus.
Zurük, Satan! Versuche mich nicht, sag’ ich dir.

Dromio von Syracus.
Herr, ist dieses Frauenzimmer der Satan?

Antipholis von Syracus.
Es ist der Teufel.

Dromio von Syracus.
Nein, sie ist noch etwas ärgers, sie ist des Teufels Großmutter.*

Courtisane.
Euer Diener und ihr seyd erstaunlich spaßhaft, mein Herr. Wollt ihr
mit mir gehen, wir wollen unser Mittag-Essen hier verbessern.

Antipholis von Syracus.
Zurük, böser Feind! Was sagst du mir vom Nacht-Essen?Du bist eine
Hexe, wie ihr alle seyd; ich beschwöre dich, daß du von mir
ablassest, und deines Wegs gehest.

Courtisane.
Gebt mir entweder meinen Diamant-Ring wieder, den ihr mir beym
Essen abgezogen, oder die Kette, die ihr mir versprochen habt, so
will ich gehen und euch nicht beunruhigen.

Dromio von Syracus.
Andre Teufel verlangen nur Kleinigkeiten, einen abgeschnittnen
Nagel, einen Strohhalm, ein Haar, einen Tropfen Bluts, eine
Steknadel, eine Nuß oder einen Kirschenstein; aber diese ist so
gierig, daß sie eine Kette haben will. Herr, seyd gescheidt; wenn
ihr’s thätet, wer weiß was für ein Unglük daraus entstehen würde.

Antipholis von Syracus.
Pake dich, du Hexe! Komm, Dromio, wir wollen gehen.

Dromio von Syracus.
Es wird das sicherste seyn–

(Sie gehen ab.)

{ed.-* Hier ist man wieder genöthigt, die Einfälle des Dromio
wegzulassen, die sich alle um die Zweydeutigkeit des Worts (light)
herumdrehen, welches Licht und leicht heißt. (a light Wench) (ein
leichtes Mensch) ist im Englischen so viel als eine Hure. Diß giebt
dann dem Dromio Anlas zu sagen: Dieses Frauenzimmer sey des Teufels
Mutter in Gestalt einer Hure

(of a light Wench.)

Nun (sagt er) steht geschrieben, die Teufel erscheinen den Leuten
in Gestalt der Engel des Lichts,

(Angels of light.)

Licht ist eine Würkung des Feuers, und Feuer brennt, ergo brennen
die Huren,

(light-Wenches will burn)

folglich kommt ihr nicht zu nahe.}

Siebende Scene.
(Die Courtisane bleibt zurük.)

Courtisane.
Ausser allem Zweifel ist Antipholis närrisch worden, sonst würd’ er
sich nimmermehr so aufführen. Er hat einen Ring von mir, der
vierzig Ducaten werth ist; er versprach mir eine Kette für den Ring,
und nun schlägt er mir beydes ab. Noch ein andrer Umstand, der
mir’s glaublich macht, daß er toll ist, ist ein närrisches Mährchen
so er heute bey Tisch erzählte, man habe seine eigne Hausthüre vor
ihm verschlossen; seine Frau müßte es dann darum gethan haben, weil
sie schon weiß, wenn er seinen Anstoß von Tollheit zu kriegen
pflegt. Izt will ich nach seinem Hause gehen, und seiner Frau
erzählen, er sey heute, da er eben in seiner tollen Stunde gewesen,
in mein Haus eingedrungen, und habe mir mit Gewalt meinen Ring
genommen. Das däucht mir das sicherste; denn vierzig Ducaten
verliehren, das wäre zuviel auf einmal.

(Sie geht ab.)

Achte Scene.
(Die Strasse.)
(Antipholis von Ephesus, mit einem Kerkermeister.)

Antipholis von Ephesus.
Besorge nichts, guter Freund; ich will nicht ausreissen; ich will
dir, eh ich dich verlasse, so viel Geld zum Unterpfand geben, als
die Summe beträgt um derentwillen ich in Verhaft bin. Meine Frau
ist heute nicht im guten Zeichen; sie wird meinem Bedienten nicht
getraut haben. Ich versichre dich, es würd’ ihr hart in den Ohren
tönen, wenn sie hörte, daß ich in Ephesus feste sizen soll. —
(Dromio von Ephesus mit einem Strik.)–Hier kommt mein Knecht; ich
denk’, er bringt das Geld. Nun, Herr Patron, habt ihr das, wornach
ich euch geschikt habe?

Dromio von Ephesus.
Hier ist etwas, ich bin euch gut dafür, das sie alle bezahlen soll.

Antipholis von Ephesus.
Aber wo ist das Geld?

Dromio von Ephesus.
Wie, Herr, ich gab es für den Strik.

Antipholis von Ephesus.
Zu was Ende befahl ich dir denn nach Hause zu gehen?

Dromio.
Zum* End’ eines Seils, Herr, und zu dem Ende bin ich wieder da.

Antipholis von Ephesus.
Und zu dem Ende will ich dich bewillkommen.

(Er giebt ihm Schläge.)

Gerichtsdiener.
Mein lieber Herr, habt Geduld.

Dromio von Ephesus.
Wahrhaftig, es ist an mir, Geduld zu haben; ich bin in der
Anfechtung.

Gerichtsdiener.
Halt du dein Maul, guter Freund.

Dromio von Ephesus.
Beredet ihn vielmehr, daß er seine Hände halte.

Antipholis von Ephesus.
Du Hurensohn von einem sinnlosen Galgenschwengel.

Dromio von Ephesus.
Ich wollt’ ich wäre sinnlos, Herr, so würd’ ich eure Schläge nicht
fühlen.

Antipholis von Ephesus.
Du bist für nichts empfindlich als für Schläge, wie ein andrer Esel
auch.

Dromio von Ephesus.
Daß ich ein Esel bin, daß ist wahr; das könnt ihr mit meinen langen
Ohren beweisen. Ich hab’ ihm von meiner Geburts-Stund’ an gedient,
und habe für alle meine Dienste noch nichts von ihm empfangen, als
Ohrfeigen. Wenn mich friert, so wärmt er mich mit Schlägen; wenn
mir warm ist, so kühlt er mich mit Schlägen ab; er wekt mich mit
Schlägen, wenn ich schlafe; und macht mich mit Schlägen aufstehn,
wenn ich size; mit Schlägen treibt er mich zur Thür hinaus, wenn
ich ausgehe, und bewillkommt mich wieder mit Schlägen, wenn ich
zurükkomme; ich trage seine Schläge auf meinen Schultern, wie eine
Bettlerin ihr Kind; und ich denke, wenn er mich lahm geschlagen hat,
so werd ich noch damit von Haus zu Haus betteln gehen müssen.

{ed.-*
Der Geist dieser Scherze ligt wie durchgängig in diesem Stük, in
einem Wortspiel. (End), hat wie das deutsche Wort Ende, mehrere
Bedeutungen–(- rope), heißt ein Seil, und (a rope’s-end), (ein
Ende von einem Seil,) ein Strik. Antipholis befahl dem Dromio (a
rope’s-end) zu kauffen; da er nun izt fragt, zu was End

(to what end)

schikt ich dich; so antwortet dieser: (to a rope’s-end.)}

Neunte Scene.
(Adriana, Luciana, die Courtisane und Doctor Zwik, zu den Vorigen.)

Antipholis von Ephesus.
Kommt weiter; ich sehe dort meine Frau kommen.

Dromio von Ephesus.
(Respice finem), Madam, schaut auf euer End; nehmt euch vor dem
Strik in acht —

Antipholis von Ephesus.
Willst du das Maul halten.

(Er schlägt ihn wieder.)

Courtisane.
Was sagt ihr izt?Ist euer Mann nicht toll?

Adriana.
Ich kan nicht mehr daran zweiflen, da er so wild thut. Lieber
Doctor Zwik, ihr seyd ein Beschwörer, gebt ihm seine Vernunft
wieder, und fordert was ihr nur wollt dafür.

Luciana.
Au weh, wie feurig und wild er um sich schaut!

Courtisane.
Bemerkt, wie er vor Wuth zittert.

Zwik.
Gebt mir eure Hand, damit ich euern Puls befühlen kan.

Antipholis von Ephesus (giebt ihm eine Ohrfeige.)
Hier ist meine Hand, die euer Ohr befühlen soll.

Zwik.
Ich beschwöre dich, Satan, der du diesen Mann besessen hast, bey
allen Heiligen des Himmels beschwör’ ich dich, auszufahren, und in
deinen Ort der Finsterniß straks zurük zu kehren.

Antipholis von Ephesus.
Stille, wahnwiziger Hexenmeister, ich bin nicht toll.

Adriana.
O wollte Gott, du wär’st es nicht, arme verrükte Seele!

Antipholis von Ephesus.
Ihr Schäzgen, ihr, sind das eure Gesellschafter?War es dieser
Geselle mit dem saffrangelben Gesicht hier, der heut in meinem
Hause mit euch schmaußte und lustig machte, indessen daß die Thüre
schändlicher Weise vor mir verschlossen, und der Eingang in mein
Haus mir mit Gewalt verwehrt wurde?

Adriana.
O mein lieber Mann, Gott weiß, daß ihr bey Hause zu Mittag gegessen
habt; wollte der Himmel ihr wäret dort geblieben, und hättet euch
nicht so öffentlich auf der Strasse in ein böses Geschrey gebracht.

Antipholis von Ephesus (zu Dromio.)
Aß ich in meinem Hause zu Mittag, Galgenschwengel?Was sagst du?

Dromio von Ephesus.
Herr, die Wahrheit zu sagen, ihr habt nicht bey Hause zu Mittag
gegessen.

Antipholis von Ephesus.
Waren meine Thüren nicht verriegelt, und wurd’ ich nicht
ausgesperrt?

Dromio von Ephesus.
Parbleu, eure Thüren waren verriegelt, und ihr ausgesperrt.

Antipholis von Ephesus.
Und wies sie mich nicht selbst schimpflich ab?

Dromio von Ephesus.
Scherz (à part), sie wies euch schimpflich ab.

Antipholis von Ephesus.
Schimpfte und verspottete mich nicht ihr Küchen-Mensch?

Dromio von Ephesus.
Ma foi, die Küchen-Vestalin verspottete euch.

Antipholis von Ephesus.
Und gieng ich nicht endlich voller Wuth fort?

Dromio von Ephesus.
(En verité), das thatet ihr; meine Knochen sind Zeugen, die seitdem
die Stärke eurer Wuth gefühlt haben.

Adriana (zu Zwik.)
Ist es gut, ihm in diesen verkehrten Einfällen recht zu geben?

Zwik.
Es ist nicht unrecht; der Kerl merkt wo es ihm fehlt, und, um ihn
nicht noch mehr aufzubringen, sagt er zu allen seinen phrenetischen
Reden ja.

Antipholis von Ephesus (zu Adriana.)
Du hast den Goldschmidt aufgehezt, daß er mich in Verhaft nehmen
lassen sollte.

Adriana.
Himmel! Durch diesen Dromio hier hab ich euch Geld geschikt, euch
zu befreyen, da er in gröster Eil dafür gelauffen kam.

Dromio von Ephesus.
Ihr schiktet Geld durch mich?Guten Willen mögt ihr wol geschikt
haben; aber das versichre ich euch, nicht einen Heller Geld.

Antipholis von Ephesus.
Giengest du nicht zu ihr, um einen Beutel mit Ducaten zu holen?

Adriana.
Er kam zu mir, und ich gab ihn ihm.

Luciana.
Und ich bin Zeuge, daß sie es gethan hat.

Dromio von Ephesus.
Gott und der Seiler sind Zeugen, daß ich nach nichts als nach einem
Strik geschikt worden bin.

Zwik.
Madam, der Herr und der Knecht ist einer so besessen als wie der
andre; ich seh es an ihrem blassen und tödtlichen Aussehen; man muß
sie binden, und in ein dunkles Gemach einsperren.

Antipholis von Ephesus.
Sag’, warum verschlossest du das Haus vor mir; und du, Kerl, warum
läugnest du den Beutel mit Geld ab?

Adriana.
Ich habe euch nicht ausgeschlossen, mein lieber Mann.

Dromio von Ephesus.
Und ich, mein lieber Herr, ich habe kein Gold empfangen; aber das
bekenn’ ich, Herr, daß wir ausgeschlossen worden sind.

Adriana.
Du verstellter Galgenstrik, du lügst beydes.

Antipholis von Ephesus.
Du verstellte Meze, du bist in allem falsch, und hast dich mit
einem verdammten Gesindel zusammen verschworen, mich um meine Ehre
zu bringen, und zum Spott und Scheusal vor der Welt zu machen. Aber
mit diesen Nägeln will ich dir diese falschen Augen ausreissen,
welche ihre Lust daran sehen wollen, daß ein so schändliches Spiel
mit mir getrieben wird. (Drey oder vier Kerle treten auf, und
erbieten sich, ihn zu binden; er wehrt sich.)

Adriana.
O bindet, bindet ihn, laßt ihn mir nicht nahe kommen.

Zwik.
Noch mehr Leute–Der böse Feind ist mächtig in ihm.

Luciana.
O weh, der arme Mann, wie bleich und verstellt er aussieht!

Antipholis von Ephesus.
Wie, wollt ihr mich ermorden?Du, Gerichtsdiener, ich bin dein
Gefangner; willst du leiden, daß sie mich dir entführen?

Gerichtsdiener.
Ihr Herren, laßt ihn gehen; er ist mein Gefangner, und ihr sollt
ihn nicht haben.

Zwik.
Geht, bindet diesen Mann auch, er ist so gut mondsüchtig als die
andern.

Adriana.
Was willt du hier, du unverständiger Gerichtsdiener?Was für eine
Freude hast du daran, zu sehen, daß ein armer verrükter Mann sich
selbst Schaden und Leids zufügt?

Gerichtsdiener.
Er ist mein Gefangner; wenn ich ihn gehen lasse, muß ich die Schuld
bezahlen, wegen welcher er in Verhaft gekommen ist.

Adriana.
Ich will dich stehendes Fusses befriedigen; führe mich nur zu
seinem Geläubiger;

(Sie binden Antipholis und Dromio.)

sobald ich weiß, wie hoch sich die Schuld beläuft, will ich sie
bezahlen. Lieber Herr Doctor, sorget dafür, daß er unversehrt heim
in mein Haus gebracht werde. O unglükseliger Tag!

Antipholis von Ephesus.
O unglükselige Meze!

Dromio von Ephesus.
Herr, ich bin hier euertwegen in Banden.

Antipholis von Ephesus.
Geh’ zum T** du Galgenschwengel! Willst du mich rasend machen?

Dromio von Ephesus.
Wollt ihr denn um nichts gebunden seyn?Raset, mein lieber Herr;
ruft, der Teufel —

Luciana.
Gott helf uns! Die armen Tröpfe, was sie für Reden führen!

Adriana.
Geht, führt ihn weg; Schwester, bleib du bey mir.

(Zwik, Antipholis und Dromio gehen ab.)

Nun, sagt mir, auf wessen Klag ist er im Verhaft?

Gerichtsdiener.
Auf eines Goldschmidts, Namens Angelo; kennt ihr ihn?

Adriana.
Ja; wie viel ist er ihm schuldig?

Gerichtsdiener.
Zweyhundert Ducaten.

Adriana.
Und wofür?

Gerichtsdiener.
Für eine Kette, die euer Mann von ihm hatte.

Adriana.
Er bestellte eine Kette für mich, aber er hat sie noch nicht
empfangen.

Courtisane.
Gleich darauf, nachdem euer Mann in seiner Tollheit in mein Haus
eingefallen war, und mir meinen Ring genommen hatte, begegnet’ ich
ihm auf der Strasse, und sah’ daß er eine Kette am Halse trug.

Adriana.
Es mag seyn, aber ich habe sie nie gesehen. Kommt, Gerichtsdiener,
führt mich zu dem Goldschmidt; es verlangt mich sehr, die Umstände
von der Sache zu erfahren.

Zehnte Scene.
(Antipholis von Syracus mit gezognem Degen, und Dromio von Syracus
zu den Vorigen.)

Luciana.
Um’s Himmels willen, sie sind schon wieder los.

Adriana.
Und kommen mit blassen Degen auf uns zu; wir wollen um Hülfe ruffen,
daß wir sie wieder binden können.

Gerichtsdiener.
Fort, fort, oder sie bringen uns um.

(Sie lauffen davon.)

Antipholis von Syracus.
Ich sehe, diese Hexen fürchten sich vor blossen Degen.

Dromio von Syracus.
Sie, die eure Frau seyn wollte, lief izt zuerst davon.

Antipholis von Syracus.
Komm, zum Centaur, und hol dort unsre Sachen ab; ich kan es kaum
erwarten, bis wir mit ganzer Haut von hinnen und am Bord sind.

Dromio von Syracus.
Glaubt mir, bleibt diese Nacht noch hier; sie thun uns gewiß nichts;
ihr habt ja gesehen, daß sie freundlich mit uns redten und uns
Gold gaben; mich däucht, sie sind ein so leutseliges Volk, daß,
wenn der Berg von abgestandnem Fleisch nicht wäre, der ehliche
Ansprüche an mich macht, ich recht von Herzen gern immer hier
bleiben, und selbst ein Zauberer werden möchte.

Antipholis von Syracus.
Nicht um die ganze Stadt wollt’ ich hier über Nacht bleiben; fort
also, und pake unser Zeug zusammen.

(Sie gehen ab.)

Fünfter Aufzug.

Erste Scene.
(Eine Strasse vor einem Frauen-Kloster.)
(Der Kauffmann und Angelo treten auf.)

Angelo.
Es ist mir sehr leid, mein Herr, daß ich euch habe aufhalten müssen;
ich versichre euch aber, er hatte von mir eine Kette, ob er’s
gleich so schändlicher Weise läugnet.

Kauffmann.
Was für einen Namen hat der Mann sonst in der Stadt?

Angelo.
Einen sehr ehrenvollen Namen, mein Herr; er ist ein Mann von
unendlichem Credit, sehr beliebt, und weicht keinem einzigen in der
Stadt, wer es sey; ein Wort von ihm gilt immer soviel, als mein
ganzes Vermögen.

Kauffmann.
Redet leise; mir däucht, dort seh ich ihn gehen. (Antipholis und
Dromio von Syracus treten auf.)

Angelo.
Es ist so; und er trägt eben diese Kette um seinen Hals, die er
empfangen zu haben auf eine so unerhörte Art wegläugnete. Mein
werther Herr, kommt mit mir, ich will ihn anreden–Herr Antipholis,
ich verwundre mich nicht wenig, warum ihr mich in solche Schmach
und Unruh habt sezen mögen, und daß ihr nicht wenigstens für eure
eigne Ehre mehr Sorge getragen, als mit solchen Umständen und
Schwüren diese Kette abzuläugnen, die ihr izt so öffentlich am
Halse tragt?Ausser der Beschimpfung und dem Verhaft, so ihr mir
und euch selbst zugezogen, habt ihr diesem meinem wakern Freund
einen grossen Schaden zugefügt, indem er, durch unsern Streit
aufgehalten, um die Gelegenheit, heute von hier abzufahren,
gekommen ist. Könnt ihr’s läugnen, daß ihr diese Kette von mir
hattet?

Antipholis von Syracus.
Ich denk’, ich hatte sie von euch; ich hab’ es nie geläugnet.

Kauffmann.
Ja, das thatet ihr, Herr; und schwuret noch dazu.

Antipholis von Syracus.
Wer hörte mich’s läugnen und verschwören?

Kauffmann.
Diese meine Ohren, du weißst es, hörten dich; schäme dich,
niederträchtiger Mann; es ist zu bedauren, daß es dir erlaubt ist,
unter ehrlichen Leuten frey herum zu gehen.

Antipholis von Syracus.
Du selbst bist ein Schurke, mir solche Dinge schuld zu geben; ich
will diesen Augenblik meine Ehre und meine Unschuld gegen dich
beweisen, wenn du das Herz hast, stand zu halten.

Kauffmann.
Das hab’ ich, und fordre dich als einen Schurken heraus —

(Sie ziehen den Degen.)

Zweyte Scene.
(Adriana, Luciana, Courtisane, und andre zu den Vorigen.)

Adriana.
Haltet ein, thut ihm kein Leid, um Gottes willen haltet ein; er ist
rasend; bemächtigt euch seiner, ihr; nehmt ihm seinen Degen; bindet
den Dromio auch, und führt sie in mein Haus.

Dromio von Syracus.
Lauft, Herr, lauft; um Gottes willen, flüchtet euch in ein Haus;
hier ist ein Kloster, denk’ ich; hinein, oder wir sind verlohren.

(Sie lauffen in das Kloster.)
Die Frau Abbtißin tritt nach einer Weile auf.)

Abbtissin.
Seyd ruhig, ihr Leute; warum drängt ihr euch so zu?

Adriana.
Um meinen armen verrükten Mann abzuholen; laßt uns hinein, damit
wir ihn binden, und heim führen, um ihn wieder zurechte zu bringen.

Angelo.
Ich merkt’s, daß er nicht recht bey Vernunft seyn müsse.

Kauffmann.
Wenn es so ist, so ist mir leid, daß ich gegen ihn gezogen habe.

Abbtissin.
Wie lang’ ist der Mann schon in diesem Zustande?

Adriana.
Diese ganze Woche war er immer schwermüthig, dunkel und
niedergeschlagen, und gar nicht, gar nicht mehr der Mann, der er
ehmals war; aber bis zu diesem Nachmittag ist seine Krankheit nie
bis zur völligen Wuth ausgebrochen.

Abbtissin.
Hat er etwann durch einen Schiffbruch grosses Gut verlohren?Hat er
vielleicht irgend einen geliebten Freund begraben?Oder haben
etwann seine Augen sein Herz zu einer gesezwidrigen Liebe
verleitet?Eine Sünde, die bey jungen Männern, die ihren Augen die
Freyheit herumzuschweiffen gestatten, nur allzugewöhnlich ist.
Welches von diesen dreyen ist die Ursache seiner Zerrüttung?

Adriana.
Keine davon, es müßte dann die lezte seyn; nemlich, irgend eine
Liebe, die ihn oft aus seinem Hause zog.

Abbtissin.
Ihr hättet ihn deßwegen zur Rede stellen sollen.

Adriana.
Ey, das that ich auch.

Abbtissin.
Ja, aber nicht scharf genug.

Adriana.
So scharf, als es mir meine Schamhaftigkeit erlauben wollte.

Abbtissin.
Vermuthlich nur, wenn ihr allein waret.

Adriana.
Nein, auch vor andern Leuten.

Abbtissin.
Aber vielleicht nicht oft genug.

Adriana.
O, es war der beständige Innhalt unsers Umgangs; im Bette schlief
er nicht, so sehr rükt’ ich’s ihm vor; bey Tische aß er nicht, so
sehr rükt ich’s ihm vor; allein, war es das Thema meiner
Beschwerungen; in Gesellschaft stichelt’ ich immer darauf;
unaufhörlich sagt ich ihm, wie schlimm und unrecht es sey.

Abbtissin.
Und daher kam es, daß der Mann närrisch wurde. Das giftige Geschrey
eines eifersüchtigen Weibes verwundet tödtlicher als der Biß eines
wüthenden Hunds. Du gestehst, daß ihn dein Schmälen nicht schlafen
gelassen, daher kam es daß ihm sein Hirn austroknete; du sagst, du
habest ihm sein Essen mit deinen Vorwürfen gewürzt, unruhige
Mahlzeiten verursachen üble Verdauung: Daher zulezt das tobende
Feuer des Fiebers, und was ist Fieber anders als ein Anstoß von
Raserey?Du sagst, dein Gezänke hab’ ihn bis in seine Ergözungs-
Stunden verfolgt; wenn einem Mann alle angenehme Zeitkürzung
verwehrt wird, was kan daraus erfolgen, als düstre Melancholie, ein
verstörtes Temperament, ein zähes Blut, und verdorbne
Feuchtigkeiten, die endlich das Leben selbst untergraben?In seiner
Nahrung, in seinen Ergözungen, und in seinem Schlaf gestört werden;
das wäre genug, einen Menschen zu einem Thier zu machen. Der Schluß
ist also leicht gemacht, daß es bloß deine eifersüchtigen Grillen
sind, die deinen Mann um seinen Verstand gebracht haben.

Luciana.
Sie macht’ ihm niemals andre Vorstellungen als sehr gelinde, da er
hingegen sich mürrisch und wild aufführte–Warum leidet ihr diese
Vorwürfe so geduldig, Schwester?Warum antwortet ihr nicht?

Adriana.
Sie hat mir das Gewissen ein wenig gerührt.–Lieben Leute, geht
hinein, und bemächtigt euch seiner.

Abbtissin.
Nein, kein lebender Mensch untersteh’ sich in mein Haus
einzudringen.

Adriana.
So laßt eure Bedienten meinen Mann heraus bringen.

Abbtissin.
Auch diß nicht; er wählte diesen heiligen Ort zu seiner Freystatt,
und er soll darinn vor euern Händen sicher seyn; er soll so lange
darinn bleiben, bis ich ihn wieder zurechte gebracht, oder alle
meine Mühe im Versuch verlohren habe.

Adriana.
Ich will meinem Mann schon abwarten, ich will seine Krankenwärterin
seyn, es ist (meine) Pflicht; ich will keine andre Wärterin bey ihm
leiden, als mich selbst; und also gestattet, daß ich ihn mit nach
Hause nehme.

Abbtissin.
Geduldet euch, ich werd’ ihn ganz gewiß nicht fortlassen, bis ich
meine bewährten Mittel an ihm versucht haben werde. Gesunde Säfte,
Tränke und heilige Fürbitten, werden ihn, wie ich hoffe, in den
gehörigen Stand wieder herstellen; es ist eine Pflicht der
Christlichen Milde, die mein Ordens-Gelübde mir auflegt; begebt
euch also weg, und laßt ihn hier bey mir.

Adriana.
Ich will nicht fort, und meinen Mann hier lassen; es steht Euer
Hochwürden sehr übel an, Mann und Weib von einander trennen zu
wollen.

Abbtissin.
Sey ruhig und geh’, du sollst ihn nicht haben.

Luciana.
Beschwert euch bey dem Herzog über diese Gewaltthätigkeit.

(Die Abbtissin geht ab.)

Adriana.
Kommt mit mir; ich will ihm zu Füssen fallen, und nicht aufstehen,
bis meine Thränen und Bitten Se. Durchlaucht gewonnen haben, in
eigner Person hieher zu kommen, und meinen Mann der Abbtißin mit
Gewalt abzunehmen.

Kauffmann.
Ich seh’ an der Uhr, daß es bald fünfe seyn wird; ich bin
versichert, der Herzog wird nicht lange mehr verziehen, in Person
diesen Weg zu kommen, zu dem melancholischen Thal hinter den Gräben
der Abbtey hier, wo die zum Tode Verurtheilten gerichtet zu werden
pflegen.

Angelo.
Warum dieses?

Kauffmann.
Um einen Syracusischen Kauffmann sterben zu sehen, der unglüklicher
Weise gegen die Geseze dieser Stadt, hier angeländet ist, und
deßwegen den Kopf verliehren muß.

Angelo.
Seht, da kommen sie schon; wir wollen der Hinrichtung zusehen.

Luciana (zu Adriana.)
Thut einen Fußfall vor dem Herzog, indem er bey der Abtey
vorbeygeht.

Dritte Scene.
(Der Herzog, und sein Gefolge, Aegeon mit blassem Haupt, der
Nachrichter und andre Gerichtsdiener treten auf.)

Herzog.
Noch einmal ruft es öffentlich aus; wenn irgend ein Freund die
Summe für ihn bezahlen will, so soll er nicht sterben; das ist
alles, was wir für ihn thun können.

Adriana.
Justiz, Gnädigster Herr, gegen die Abbtißin.

Herzog.
Sie ist eine tugendhafte und ehrwürdige Frau; es kan nicht seyn,
daß sie dir unrecht gethan haben sollte.

Adriana.
Erlaubet mir zu reden, Gnädigster Herr; Antipholis, mein Mann, (den
ich auf euere vollgültige Empfehlung zum Herrn von meiner Person
und meinem Vermögen machte,) bekam an diesem unglüklichen Tag einen
so heftigen Anstoß von Raserey, daß er in seiner Tollheit durch die
Strassen lief, und den Leuten in der Stadt Ungemach zufügte, indem
er in die Häuser einfiel, und Ringe, Juweelen, und was ihm nur in
der Wuth anständig war, mit sich nahm. Ich bemächtigte mich endlich
seiner, ließ ihn binden und heimbringen; indeß daß ich den Schaden
zu vergüten bemüht war, den er hier und da in der Raserey
angerichtet hatte. Allein er riß, ich weiß nicht wie, sich von
denen wieder los die ihn hüten sollten, und begegnete uns, er und
sein Knecht, der so rasend als sein Herr ist, abermal voller Wuth
und mit gezognem Degen auf der Strassen, fiel uns an, und jagte uns
fort; wie wir aber in stärkerer Anzahl zurük kamen, um sie zu
binden, flohen sie in diese Abbtey, wohin wir ihnen folgten; und
hier schlägt die Abbtißin die Thüre vor uns zu, und will weder
leiden, daß ihr ihn holen, noch ihn heraus schiken, damit wir ihn
forttragen können. Laßt also, Gnädigster Herr, laßt ihn auf euern
Befehl heraus gebracht, und zu seiner Wiederherstellung
heimgetragen werden.

Herzog.
Dein Mann hat mir vor langer Zeit schon in meinen Kriegen gute
Dienste gethan; und ich versprach dir, (da du ihn zum Herrn von
deinem Bette machtest,) bey meinem fürstlichen Wort, daß ich ihm
allezeit so viel Gnade und Gutes beweisen wolle, als ich könne.
Geh’ jemand von euch, und klopfe an der Pforte an, und heisse die
Abbtißin zu mir heraus kommen; ich will diese Sache ausmachen, eh
ich weiter gehe.

Vierte Scene.
(Ein Bote zu den Vorigen.)

Bote.
O Frau, Frau, eilet und rettet euch; mein Herr und sein Diener
haben sich beyde losgerissen, die Mägde im Reihen herum geprügelt,
und den Doctor gebunden; sie haben ihm den Bart mit Feuerbränden
angestekt, und da er aufloderte, gossen sie ganze Kübel voll
Mistpfüzen-Wasser über ihn her, um das Haar wieder zu löschen: Mein
Herr predigt ihm Geduld, und unterdessen zwikt ihn sein Diener mit
einer Scheere, daß er närrisch werden möchte; wenn ihm nicht
augenbliklich jemand zu Hülfe geschikt wird, so bin ich gewiß, sie
werden den armen Teufelsbanner ums Leben bringen.

Adriana.
Schweige, du alberner Kerl, dein Herr und sein Diener sind hier; es
ist alles falsch was du uns da erzählst.

Bote.
Frau, auf mein Leben, ich sagte euch die Wahrheit; ich habe kaum
Athem geholt, seitdem ich es mit meinen Augen gesehen habe; er tobt
entsezlich über euch, und schwört, wenn er euer habhaft werde, so
woll’ er euch so zeichnen, daß ihr euch selbst nimmermehr gleich
sehen sollet.

(Man hört ein Geschrey hinter der Bühne.)

Horcht, horcht, ich hör ihn, Frau; flieht, flieht.

Herzog.
Kommt, steht neben mich, fürchtet nichts; Wache, habet Acht!

Adriana.
Weh mir, es ist mein Mann; ihr seyd Zeugen, daß er unsichtbar
wieder heraus gekommen ist. Eben izt sahen wir ihn in die Abbtey
hier hinein flüchten, und nun ist er hier, ohne daß ein Mensch
begreiffen kan, wie es zugegangen ist.

Fünfte Scene.
(Antipholis und Dromio von Ephesus zu den Vorigen.)

Antipholis von Ephesus.
Justiz, Gnädigster Herr, o, lasset mir Justiz angedeyhen. Um des
Dienstes willen den ich euch einst that, da ich in der Schlacht
meinen Leib zu euerm Schild machte, und die Wunden auffieng, die
auf euch gezielt waren; um des Blutes willen, so ich damals verlohr,
euer Leben zu retten; lasset mir izt Justiz angedeyhen.

Aegeon.
Wenn Todesfurcht mein Auge nicht verfälscht, seh’ ich hier meinen
Sohn Antipholis und Dromio.

Antipholis von Ephesus.
Justiz, theurer Fürst, gegen dieses Weibsbild hier; sie, die ihr
selbst mir zum Weibe gegeben habt, und die mich auf den äussersten
Grad betrogen und beschimpft hat. Sie übersteigt alles was man sich
einbilden kan, die Beleidigung, so sie mir heute angethan hat.

Herzog.
Erzähle worinn, und du sollst mich gerecht finden.

Antipholis von Ephesus.
An diesem heutigen Tag, grosser Herzog, schloß sie die Thüre vor
mir zu, und schmaußte indessen mit Huren in meinem Hause.

Herzog.
Ein schweres Vergehen; sag’, Weibsbild, thatest du das?

Adriana.
Nein, Gnädigster Herr; ich selbst, er und meine Schwester haben
heute mit einander zu Mittag gegessen; möge meine Seele verlohren
seyn, wenn dieses falsch ist; er legt mir das ungebührlich zu.

Luciana.
Nimmermehr mög’ ich den Tag wieder sehen, wenn das nicht die reine
Wahrheit ist, was sie Euer Durchlaucht gesagt hat.

Angelo.
O meineidige Weibsstüke! Sie schwören beyde falsch; hierinn klagt
sie der tolle Mann mit Recht an.

Antipholis von Ephesus.
Gnädigster Herr, ich weiß was ich rede; ich bin weder betrunken
noch von Zorn und Wuth verrükt, ob ich gleich auf eine Art
beleidiget bin, die einen gescheidtern Mann als ich bin, rasend
machen könnte. Dieses Weibsbild rigelte mich heut, um Mittagessens-
Zeit zum Hause hinaus; dieser Goldschmidt hier, wenn er nicht mit
ihr in Verständniß wäre, könnt’ es bezeugen, denn er war damals bey
mir; und hernach verließ er mich um eine Kette zu holen, die er mir
ins Stachelschwein zu bringen versprach, wo Balthasar und ich mit
einander zu Mittag assen. Wie wir gegessen hatten, und er nicht kam,
gieng ich aus, ihn aufzusuchen; ich traf ihn auf der Strasse an,
und diesen Herrn hier in seiner Gesellschaft. Hier schwur mich
dieser meineidige Goldschmidt zu Boden, daß ich die Kette würklich
schon von ihm empfangen hätte, die ich doch, weiß Gott, nicht
gesehen habe; und um deswillen ließ er mich durch einen
Gerichtsdiener in Verhaft nehmen. Ich bequemte mich, und schikte
meinen Kerl um eine Summe Ducaten nach Hause, er brachte mir aber
nichts zurük. Darauf bat ich den Gerichtsdiener höflich, daß er in
Person mit mir in mein Haus gehen möchte. Unterwegs traffen wir auf
mein Weib, ihre Schwester, und ein ganzes Pak ihrer nichtswürdigen
Mitgenossen; sie brachten einen gewissen Zwik mit, einen
ausgehungerten dürren Spizbuben, ein pures Gerippe, einen
Marktschreyer, der den Leuten wahrsagt, einen armseligen, hol-
augichten, scharfblikenden Tropf, einen lebendigen Todten-Körper;
dieser verfluchte Lumpen-Kerl, den sie als einen Beschwörer
mitgebracht hatten, gaffte mir in die Augen, fühlte mir den Puls,
und schrie: Ich sey besessen. Sogleich fielen sie alle über mich
her, banden mich, führten mich heim, und liessen mich und meinen
Knecht dort, beyde zusammengebunden, in einem dunkeln und dumpfigen
Gewölbe ligen; bis ich, nachdem ich meine Bande mit den Zähnen von
einander gebissen, meine Freyheit wieder erhielt, und unmittelbar
hieher zu Eu. Durchlaucht lief; welche ich ersuche, mir wegen
solcher unerhörten Beschimpfungen und Kränkungen die vollständigste
Genugthüung zu verschaffen.

Angelo.
Gnädigster Herr, in so weit kan ich ihm Zeugniß geben, daß er nicht
bey Hause zu Mittag aß, sondern hinaus geschlossen wurde.

Herzog.
Aber hatte er eine solche Kette von dir, oder nicht?

Angelo.
Er hatte sie, Gnädigster Herr, und da er hieher gelauffen kam,
sahen diese Leute, daß er die Kette am Halse trug.

Kauffmann.
Überdiß kan ich darauf schwören, daß diese meine Ohren euch
bekennen gehört haben, daß ihr die Kette von ihm empfangen, nachdem
ihr vorher auf dem Markte das Gegentheil geschworen hattet; ich zog
deßwegen den Degen gegen euch, und da flohet ihr in diese Abtey
hier, aus der ihr, denk ich, durch ein Wunderwerk wieder heraus
gekommen seyn müßt.

Antipholis von Ephesus.
Ich bin niemals in diese Abtey hinein gekommen, und niemals hast du
deinen Degen gegen mich gezogen; auch hab ich, so wahr mir der
Himmel helfe, die Kette nie gesehen; ihr beschuldiget mich alles
dessen mit Unrecht.

Herzog.
Wie, was für ein verworrener Handel ist das?Ich glaube, ihr habt
alle aus Circe’s Becher getrunken: Wenn ihr ihn in dieses Kloster
getrieben hättet, so würd’ er drinn seyn; wenn er rasend wäre, so
würd’ er seine Klage nicht mit so kaltem Blut vorbringen. Ihr sagt
er habe zu Hause mit euch zu Mittag gegessen; der Goldschmidt hier
widerspricht euch das–Kerl, was sagst du?

Dromio von Ephesus.
Gnädigster Herr, er aß mit dieser hier zu Mittag, im Stachelschwein.

Courtisane.
Das that er, und da zog er mir den Ring vom Finger.

Antipholis von Ephesus.
Das ist wahr, Gnädigster Herr, diesen Ring hatt’ ich von ihr.

Herzog (zur Courtisane)
Sahst du ihn in die Abbtey hier hinein gehen?

Courtisane.
So gewiß, Gnädigster Herr, als ich izt Eu. Durchlaucht sehe.

Herzog.
Wie, das ist wunderlich; geht, ruft die Abbtißin heraus; ich denke
ihr seyd alle bezaubert oder toll.

(Einer geht zu der Abbtissin ab.)

Sechste Scene.

Aegeon.
Großmächtigster Herzog, verstattet mir ein Wort zu reden: Ich sehe
hier glüklicher Weise einen Freund, der mein Leben retten, und mein
Lösegeld bezahlen wird.

Herzog.
Rede frey, Syracusaner, was du willst.

Aegeon (zu Antipholis.)
Mein Herr, ist euer Name nicht Antipholis?Und ist das nicht euer
Sclave, Dromio?Ich bin gewiß, ihr werdet mich beyde kennen–Wie?
Warum seht ihr mich so fremd an?Ihr kennet mich wol.

Antipholis von Ephesus.
Ich hab’ euch, bis izt, in meinem Leben nicht gesehen.

Aegeon.
O! Gram und Kummer haben mein Gesicht unkenntlich gemacht, seitdem
wir das leztemal uns sahen; aber sag’ mir, kennst du nicht
wenigstens meine Stimme?

Antipholis von Ephesus.
Eben so wenig.

Aegeon.
Du auch nicht, Dromio?

Dromio von Ephesus.
Nein, meiner Treu, Herr, ich nicht.

Aegeon.
Ich bin gewiß, du kennst mich!

Dromio von Ephesus.
Und ich bin gewiß, daß ich euch noch nie gesehen hab’ als izt!

Aegeon.
Meine Stimme nicht mehr kennen! O Zeit, hast du denn in sieben
kurzen Jahren meine arme Zunge so gebrochen, daß mein einziger Sohn
hier ihren sorgenvollen Ton nicht mehr erkennt?Obgleich diß mein
graues Gesicht in des saftverzehrenden Winters Schnee eingehüllt
ist, und alle Canäle meines Bluts zugefroren sind; so hat doch die
Nacht meines Lebens einiges Gedächtniß, meine ausgebrannte Lampe
noch einen schwachen Schimmer übrig, und meine tauben Ohren noch
ein wenig Gehör; alle diese Zeugen lassen mich nicht irren, indem
sie mir sagen, daß du mein Sohn Antipholis bist.

Antipholis von Ephesus.
In meinem Leben hab’ ich meinen Vater nie gesehen.

Aegeon.
Und doch weißst du, daß es erst sieben Jahre sind, daß wir in der
Bay von Syracus von einander Abschied nahmen; aber vielleicht
schämest du dich izt, mein Sohn, mich in meinem elenden Zustande zu
erkennen.

Antipholis von Ephesus.
Der Herzog und alle in der Stadt die mich kennen, können meine
Zeugen seyn, daß es nicht so ist; ich habe Syracus in meinem Leben
nie gesehen.

Herzog.
Ich sage dir, Syracusaner, zwanzig Jahre bin ich des Antipholis
Patron gewesen, und in dieser ganzen Zeit hat er Syracus nie
gesehen. Ich sehe, dein Alter und die Todesfurcht machen dich
schwärmen.

Siebende Scene.
(Die Abbtißin mit Antipholis und Dromio von Syracus zu den Vorigen.)

Abbtissin.
Gnädigster Herr, sehet hier einen Mann, dem das gröste Unrecht
geschehen ist.

(Alle drängen sich, ihn zu sehen.)

Adriana.
Was seh ich?betrügen mich meine Augen?Ich seh meinen Mann
gedoppelt.

Herzog.
Einer von diesen beyden Männern ist der Genius des andern. Und so
ist es auch mit diesen. Welcher von Beyden ist der natürliche
Mensch, und welcher der Geist?Wer entziefert sie?

Dromio von Syracus.
Ich, Herr, bin Dromio; heißt ihn fortgehen.

Dromio von Ephesus.
Ich bin Dromio, Herr; laßt mich da bleiben.

Antipholis von Syracus.
Bist du nicht Aegeon, mein Vater?oder bist du sein Geist?

Dromio von Syracus.
O! mein guter alter Herr, wer hat euch so gebunden?

Abbtissin.
Wer ihn auch so gebunden haben mag, ich will ihn los machen, und
durch seine Freyheit einen Ehemann gewinnen. Rede, alter Aegeon,
wenn du der Mann bist, der einst ein Weib, Aemilia genannt, hatte,
die dir auf einmal zween schöne Söhne gebahr?O wenn du eben dieser
Aegeon bist so rede, und rede zu eben dieser Aemilia.

Herzog.
Wie, hier fangt die Geschichte, die er diesen Morgen erzählte, sich
zu entwikeln an; diese zween Antipholis und diese zween Dromio sind
diese Brüder, die nicht von einander unterschieden werden konnten;
hier sind die Eltern dieser Kinder, und der Zufall hat sie heute
zusammen gebracht.

Aegeon.
Wenn ich nicht träume, so bist du Aemilia, wenn du sie bist, so
sage mir wo ist der Sohn, der mit dir auf dem fatalen Boote schwamm?

Abbtissin.
Er und ich, und der Zwilling Dromio, wurden alle von Männern von
Epidamnum aufgefangen; allein bald darauf nahmen ihnen rohe
Fischers-Leute von Corinth, Dromio und meinen Sohn mit Gewalt ab,
und mich liessen sie bey denen von Epidamnum. Was hernach aus ihnen
wurde, kan ich nicht sagen; ich bin in diesen Stand gekommen,
worinn ihr mich seht.

Herzog (zum Antipholis von Syracus.)
Antipholis, du kamst ja anfangs von Corinth hieher?

Antipholis von Syracus.
Nicht ich, Gnädigster Herr; ich kam von Syracus.

Herzog.
Stellt euch einander gegen über; ich verwechsle euch immer mit
einander.

Antipholis von Ephesus.
Ich kam von Corinth, Gnädigster Herr.

Dromio von Ephesus.
Und ich mit ihm.

Antipholis von Ephesus.
Von dem berühmten Helden, dem Herzog Menaphon, euerm ehren-vollen
Oheim, in diese Stadt gebracht.

Adriana.
Welcher von euch beyden aß heute mit mir zu Mittag?

Antipholis von Syracus.
Ich, werthe Madam.

Adriana.
Ihr seyd also nicht mein Mann?

Antipholis von Ephesus.
Nein, dazu sag’ ich nein.

Antipholis von Syracus.
Das thu ich auch, ob ihr mich gleich so nenntet, und dieses schöne
Frauenzimmer, eure Schwester, mich Bruder hieß. Was ich euch damals
sagte, werde ich, wie ich hoffe, Gelegenheit bekommen, zu
bestätigen, wenn anders das, was ich sehe und höre nicht ein Traum
ist.

Angelo.
Diß ist die Kette, mein Herr, die ihr von mir bekamet.

Antipholis von Syracus.
Ich denk’ es ist so; ich läugn’ es nicht.

Antipholis von Ephesus.
Und ihr, Herr, seztet mich um dieser Kette willen in Verhaft?

Angelo.
Ich denk’, ich that es; ich läugn’ es nicht.

Adriana.
Ich schikt’ euch durch den Dromio Geld, mein Herr, um euch wieder
frey zu machen; aber, ich denk, er bracht’ es euch nicht.

Dromio von Ephesus.
Nicht durch mich.

Antipholis von Syracus.
Diesen Beutel mit Ducaten erhielt ich von euch, und Dromio, mein
Sclave, bracht ihn mir. Ich sehe, wir begegneten immer einer des
andern seinem Diener, und er wurde für mich, und ich für ihn
gehalten; und daraus entstanden alle diese Irrungen.

Antipholis von Ephesus.
Diese Ducaten verpfände ich für meinen Vater hier.

Herzog.
Es ist nicht nöthig, dein Vater hat sein Leben.

Courtisane.
Mein Herr, ich muß diesen Diamant wieder haben.

Antipholis von Ephesus.
Hier nehmt ihn, und grossen Dank für meine gute Bewirthung.

Abbtissin.
Gnädigster Herzog, geruhet die Mühe zu nehmen, und mit uns in diese
Abbtey hier zu gehen, und der umständlichen Erzählung aller unsrer
Schiksale zuzuhören; und ihr alle hier, die durch den
sympathetischen Irrthum dieses Tages Unrecht erlidten habt, kommt
und leistet uns Gesellschaft, und ihr sollt vollständige
Genugthüung erhalten. Fünf und zwanzig Jahre, meine Söhne, bin ich
mit euch in Kinds-Nöthen gewesen, und erst in dieser glüklichen
Stunde, bin ich meiner schweren Bürden entbunden. Der Herzog, mein
Mann, meine beyden Kinder, und ihr, die Calender ihrer Geburt,
sollen alle mit mir zu einem Gevatterschmaus kommen, und nach so
vielem Weh über diese Geburt sich mit mir freuen.

Herzog.
Von Herzen gern will ich euer frölicher Gast seyn.

(Sie gehen ab.)

Achte Scene.
(Die beyden Antipholis, und die beyden Dromio bleiben.)

Dromio von Syracus.
Herr, soll ich euere Sachen wieder von dem Schiff abholen?

Antipholis von Ephesus.
Dromio, was für Sachen von mir hast du eingeschifft?

Dromio von Syracus.
Eure Waaren, Herr, die in unserm Gasthof zum Centaur lagen.

Antipholis von Syracus.
Er redt mit mir; ich bin euer Herr, Dromio. Kommt, geht mit uns,
wir wollen hernach für das sorgen; umarme deinen Bruder hier, freut
euch mit einander.

(Die beiden Antipholis gehen ab.)

Dromio von Syracus.
Es ist eine gewisse fette Freundin in euers Herrn Haus, die mich
heut beym Essen in der Küche für euch ansah; sie wird nun meine
Schwester seyn, nicht mein Weib.

Dromio von Ephesus.
Mir däucht, ihr seyd mein Spiegel, nicht mein Bruder; ich seh’ an
euch, daß ich ein hübscher junger Kerl bin; wollt ihr hinein gehen,
und sehen wie sie sich lustig machen?

Dromio von Syracus.
Nicht ich; ihr seyd ja mein älterer Bruder.

Dromio von Ephesus.
Das ist noch die Frage; wie wollt ihr das beweisen?

Dromio von Syracus.
Wir wollen Halme ziehen, wer der ältere sey; bis dahin, geht ihr
zuerst.

Dromio von Ephesus.
Nein, so soll es seyn.

(Er schlingt den Arm um ihn.)

Wir kamen zugleich mit einander in die Welt, und Hand in Hand
wollen wir auch hier neben einander hinein gehen.

(Sie gehen ab.)